Le Maroc et la ZLECA : le défi de l’adhésion à la CEDEAO

Après avoir signé en 2018 l’accord de la ZLECA, le Maroc reste toujours suspendu à la décision de la CEDEAO à propos de sa demande d’adhésion à la Communauté économique ouest-africaine. Et pourtant, à l’heure où l’on se dirige vers l’entrée en vigueur de la zone de Libre échange continentale africaine (ZLECA) attendue en cette année, l’intégration régionale s’avère nécessaire pour permettre au Royaume de tirer pleinement profit de la zone économique continentale, a affirmé Abdou Diop, managing partner du cabinet Mazars Audit et Conseil, lors d’une conférence, jeudi 31 janvier à Casablanca.

L’entrée en vigueur de la ZLECA reste un défi pour le Maroc, a affirmé Abdou Diop, lors d’une conférence organisée par la fondation du groupe Attijariwafa Bank, la semaine dernière à Casablanca. En raison, la demande d’intégration la CEDEAO formulée par le Maroc, reste encore en débat aujourd’hui. Et pourtant, comme le souligne l’intervenant, pour bénéficier de la ZLECA, les Etats sont appelés à évoluer au sein des régions. «Maintenant, l’Afrique se dirige vers une zone de libre échange continentale, le Maroc a développé des relations internationales avec de nombreux pays africains. L’Union du Maghreb ne fonctionne pas.

Vu le contexte où l’on ne peut vivre tout seul dans son environnement, qu’on est le seul pays qui n’appartient à aucune région économique, il est naturel que le Maroc qui a réintégré l’Union africaine demande à intégrer la CEDEAO avec laquelle il a développé des relations et où il a des intérêts économiques», explique-t-il. «Aujourd’hui, le dossier d’adhésion du Maroc à la CEDEAO suit son cours. Il a fait l’objet de levée de bouclier. On espère qu’avec la fin des enjeux électoraux dans un certain nombre de pays africains, le dossier aura moins de tension et ceci sera dans l’intérêt du Maroc», ajoute-t-il.

Pour l’expert en audit et conseil, il n’est pas normal qu’en tant que  premier investisseur dans la CEDEAO, que le Maroc ait encore autant de barrières tarifaires. «Si malgré ces barrières douanières, le Maroc a pu développer d’énormes échanges avec les pays de la région, je crois que l’on pouvait encore être plus avancé si le Maroc parvenait à intégrer cette zone économique, particulièrement dans le contexte où l’on se dirige vers la ZLECA et où les communautés économiques vont avoir un poids important», souligne-t-il. Pour l’expert en audit et conseil, cette intégration pourra booster en autres le secteur automobile, aéronautique du Maroc, avec des opportunités sur la Guinée, le Ghana avec la bauxite, l’aluminium, les carrosseries, ou encore en Côte d’Ivoire qui transformera désormais son hévéa en caoutchouc.

«Rien ne peut se faire sans intégration régionale», avance Abdou Diop. Pour l’intervenant, le contexte actuel impose aux Etats africains de travailler en synergie et d’arrêter chacun de vouloir se positionner comme hub du continent. L’Afrique devrait réfléchir plus en termes régional. «Nous ne pouvons pas avoir 10 hubs dans le continent. Par exemple dans la CEDEAO, le Sénégal ne peut pas se positionner comme hub, en même temps que la Côte d’Ivoire», souligne-t-il. Pour tirer profit de la ZLECA, les Etats sont appelés à évoluer au sein des régions censées se spécialiser dans un secteur précis : industrie, technologie… «C’est ce raisonnement régional qui va nous permettre de rentrer dans la zone de libre échange continentale en étant en harmonie», estime-t-il. Et de mettre en garde: «ce sera une énorme zone de convoitise. Ceux qui n’auront pas les reins solides et qui ne se seront pas arrimés à une vraie zone d’intégration régionale, vont être sur le carreau».

En effet, l’accord portant création de la ZLECA a été signé par 44 pays dont le Maroc, en mars 2018 lors du sommet extraordinaire de l’Union africaine à Kigali au Rwanda. Son principal objectif est d’augmenter le commerce intra-africain de 50% en éliminant les barrières tarifaires (droits de douane) à l’horizon 2022. Il s’agit par ailleurs de lever les barrières non tarifaires sur les biens et services et de doubler ainsi le volume des échanges. Cette année, l’accord devrait obtenir le nombre de ratifications nécessaire pour rentrer en vigueur (22) contre 15 actuellement.

A noter que la conférence «le Monde, l’Afrique et le Maroc : quelles perspectives pour 2019 ?» a été organisée dans le cadre du cycle «Echanger pour mieux comprendre» du groupe Attijariwafa bank. Elle a également été marquée par les interventions de Fréderic Louat, DG de Riser Maghreb et El Mehdi Fakir, économiste et sénior consultant en stratégie et risk management.

Danielle Engolo

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