«Le ministère de l’enseignement ou la politique de l’atermoiement»

Lettre ouverte au ministre de l’Education nationale

Par Mokhtar Chaoui*

Monsieur le ministre,

Que faut-il comprendre du retard dans la prise des décisions de votre ministère à propos de la suite à donner au maintien ou non des programmes scolaires et universitaires, de la poursuite ou non de l’enseignement à distance, du retour ou non des élèves et étudiants en classes, de la tenue des examens ou de leur annulation?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que votre ministère, et nous par la même occasion, baignons dans la confusion totale. Les professeurs, les élèves, les étudiants et les parents sont suspendus à des ordonnances qui tardent à venir.

Le message véhiculé par cette indécision et cet atermoiement, c’est que vous, ainsi que vos conseillers, semblez perdus et incapables de nous communiquer un planning précis et convenable.

Au lieu de trancher et de nous en informer de façon officielle, votre ministère passe son temps à publier des démentis. Les fake news qui portent sur la situation ubuesque que nous vivons n’arrêtent pas de circuler sur la toile, ajoutant aux parents et aux enfants des doses de tension dont ils se seraient bien passés en ces temps sombres. Il faut, certes, sévir contre ceux et celles qui sont à l’origine de ces fake news.

Toutefois, vous êtes-vous déjà demandé pourquoi il y’en a autant ? La réponse est plus que limpide : PARCE QUE VOTRE MUTISME CREE LES FAKES NEWS. Si vous et vos conseillers prenez le taureau par les cornes et communiquez de façon nette et permanente les décisions prises, plus personne ne s’avisera de poster de fausses informations.

Le pire dans tout cela, c’est que votre mutisme est la preuve irréfutable qu’aucune décision n’a été encore prise, que vous ne savez pas quoi faire, que vous êtes perdus, ou bien que vous attendez les instructions qui vous parviennent d’ailleurs. Nous ne voulons pas savoir si c’est vous ou ce sont vos supérieurs qui prennent les décisions, nous voulons que ces dernières soient prises le plus vite possible, car les apprenants et leurs familles n’en peuvent plus et ne savant point où donner de la tête.

Si votre mutisme et vos indécisions perdurent encore, j’ai bien peur que les conséquences sur les Marocains seront désastreuses sur tous les plans : éducatif, physique, psychique, financier et comportemental ; d’autant plus que ce ne sont pas les solutions qui manquent, encore faut-il trancher. Au final, puisque l’option de l’année blanche a été écartée, que restent-ils comme scénarii possibles?

1. Faire passer tous les élèves et étudiants sans contrôles. Option peu plausible et injuste pour les apprenants studieux. 

2. Ratifier les résultats du premier semestre, plus les notes des contrôles continus du deuxième semestre, et les rendre définitifs. Option probable, à condition de revoir les coefficients. 

3. Ratifier seulement les résultats du premier semestre et les valider en tant que résultats de l’année. Option plausible aussi. 

4. Continuer à dispenser l’enseignement à distance jusqu’à fin juin et reporter les examens à fin septembre. Option faisable mais injuste puisque l’enseignement à distance a connu beaucoup de couacs et a fait accroitre l’inégalité des chances entre les apprenants. 

5. Ne pas prendre en considération l’enseignement à distance, se contenter de ce que les apprenants ont déjà acquis comme savoir et leur donner rendez-vous en septembre pour les contrôles qui porteront seulement sur les cours d’avant confinement. Option, à mon sens, la plus réalisable et la plus juste.

Alors, monsieur le ministre,

Ayez le courage de trancher et de nous communiquer, aujourd’hui avant demain, les décisions définitives de votre ministère à propos de l’enseignement primaire, secondaire et supérieur. Elles plairont ou déplairont, elles seront applaudies ou critiquées, elles seront validées ou ratifiées, mais elles auront le mérite de constituer une feuille de route, une plateforme de travail claires et précises, de faire cesser une fois pour toutes les fake news et surtout de nous épargner plus de spéculation et de stress.

Il va sans dire qu’aucun scénario précité ne sera satisfaisant à cent pour cent, mais rester dans l’indécision et l’atermoiement est la pire décision ; c’est laisser la porte grande ouverte à toutes les éventualités, pas forcément heureuses, voire à tous les dérapages.

Monsieur le ministre, 

Faites preuve de volonté et de responsabilité et présentez-nous un calendrier le plus vite possible. 

Bien à vous. 

*(Père de famille,

enseignant-chercheur et écrivain)

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