Malgré le stress hydrique, les 1ères estimations de production sont en hausse

Entretien de Ahmed Derrab, SG de l’ASPAM

Propos recueillis par Fairouz El Mouden

Nous arrivons à titrer notre épingle du jeu, déclare à Al Bayane, Ahmed Derrab, SG de l’ASPAM (association des producteurs des agrumes du Maroc) malgré les conditions climatiques et sanitaires difficiles. Les premières estimations de production annoncent une hausse de 25% du rendement de la campagne 2020/2021 par rapport à celle de 2019/2020. Aussi, le secteur affiche une très forte demande des agrumes riches en vitamine C, fortement recommandée pour lutter contre la covid-19 et les grippes saisonnières. Nous arrivons à acheminer nos produits vers le consommateur dans les meilleures conditions de fraicheur et de gustativité confirme Derrab qui se veut confiant et serein malgré la conjoncture difficile. Pour lui, la micro irrigation utilisée dans la production des agrumes est salvatrice et appelle à sa généralisation dans d’autres cultures. Les propos.

Al Bayane : comment se déroule la campagne des agrumes 2020/2021 comparativement à celle de 2019/2020?

Ahmed Derrab : Nous travaillons actuellement sur la campagne agrumicoles 2020/20121 qui a démarré au mois d’août dernier. Il faut noter deux éléments essentiels. La première porte sur une estimation de production attendue des agrumes en hausse de 25% par rapport à la campagne écoulée et ce malgré le stress hydrique et le problème d’eau dans la région du Sous.  En attendant, les prévisions officielles du ministère de l’agriculture, les producteurs tablent sur un rendement de 2,2 millions de tonnes cette année contre 1,7 millions de tonnes la campagne précédente.

Ces chiffres démontrent que le secteur des agrumes a été un peu affecté par le manque de pluie. Le niveau actuel des barrages permet dans certaines zones la poursuite de l’irrigation d’une partie des vergers. L’autre partie qui est irriguée directement par les puits souffre aujourd’hui de la raréfaction des eaux dans les nappes phréatiques. D’où le surcoût pour les producteurs dû par le coût élevé de l’eau puisé plus profondément via des moteurs et des pompes à eau plus performants et donc plus coûteux.

Il faut dire que la plupart des régions agrumicoles sont touchées à des degrés divers. La situation dans celle du Sous reste aujourd’hui la plus difficile mais pas pour autant catastrophique.

En attendant des pluies dans les prochains jours, les producteurs luttent pour sauver les cultures. Le calibre des produits dépend essentiellement de la quantité d’eau.

Mis à part les conditions climatiques difficiles, comment évaluez-vous les effets de la Covid-19 sur le secteur des agrumes?

La situation sanitaire actuelle a eu un double effet sur le secteur. Le premier est plutôt positif dans la mesure où la demande sur les produits des agrumes devient plus forte que d’habitude, que ce soit sur le marché local que sur les marchés étrangers. La vitamine C contenue dans les agrumes est très recommandée pour lutter contre le corona virus.

Le second effet est négatif. La pandémie a occasionné des perturbations en termes de logistiques et de transports, notamment au niveau de l’export. Les opérateurs ont eu beaucoup de difficultés pour desservir les marchés et les centres commerciaux malgré une forte demande. Je rappelle que le Maroc a exporté plus de 540 milles tonnes en 2019/2020.  Une hausse de 10 à 15% du tonnage d’exportation par rapport à la campagne précédente.

Ainsi, malgré les conditions difficiles liées à l’absence des pluies et à la pénurie d’eau dans certains barrages, les producteurs d’eau arrivent à tirer leurs épingles du jeu grâce à une forte demande et une production et des exportations en hausse. Nous gardons l’espoir en attendant une bonne pluviométrie dans les jours et mois à venir.

Quelles sont les mesures qui ont été prises pour éviter l’arrêt de la production des produits par nature périssable?

Depuis le déclenchement de la Covid-19, nous travaillons beaucoup sur la préservation de la main d’œuvre agricole pour éviter la fermeture des fermes et l’arrêt du travail dans les exploitations agricoles. Nous sommes très soucieux du respect des conditions sanitaires et de distanciation. Nous avons mené des compagnes de vulgarisation pour imposer le port du masque dans le milieu rural. Et d’autres compagnes de sensibilisation en partenariat avec l’office national du conseil agricole (l’ONCA) pour améliorer les conditions et les outils de travail dans les fermes organisées. Cela a été un peu plus difficile chez les petits producteurs.

Dans quelles mesures les conditions climatiques difficiles ont-elles affecté le niveau de production et la qualité des produits?

La situation change d’une région à l’autre et varie selon qu’il s’agit de petit ou grand producteur. En effet, l’utilisation de la micro irrigation dans les grandes exploitations permet une économie de 40% des besoins en eau. Cette technique nous permet aussi de poursuivre le processus de productions sans interruption en cas de retard des pluies ou de baisse du niveau des stocks d’eau dans les barrages. Certes la priorité aujourd’hui est d’assurer l’eau potable et l’eau d’abreuvage pour les bêtes, malgré tout ça nous arrivons à recevoir notre part d’eau que nous utilisons avec parcimonie puisque 80% des propriétés d’agrumes au Maroc sont équipées de techniques de la micro irrigation.  Il ne faut oublier que les agrumes sont des produits périssables et l’arrêt de la chaine de production ou de conditionnement risque d’être désastreux pour le producteur et pour la main d’œuvre qui y travaille. Un arbre qui n’est pas arrosé pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines meurt. Pour le planter, on a besoin de 4 à 5 années pour devenir mature et productif.

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