Les ménages marocains tiraillés entre les exigences de l’estivage, Al Aid et la rentrée

Les plages des grandes villes, très fréquentées par les citoyens de la classe moyenne et les couches défavorisées, sont devenues très exigeantes.

En effet, les locataires de ces espaces, permettant aux jeunes et moins jeunes de se prélasser, entre ciel, terre et mer sur les rives marocaines, imposent leurs lois. La formule se résume ainsi : louer un parasol, un espace ou quitter les lieux. Toutes les plages sont entrecoupées et réparties en lots gérés par des locataires. Sur place, des marchands ambulants, qui adaptent leur activité commerciale à la saison, harcèlent les estivants à longueur de journée. Dans les parages, des gardiens de parkings aménagés sauvagement imposent des prix comme bon leur semble. Voilà le constat.

Le prix du soleil

Pour débarquer à la plage de Aïn Diab à Casablanca, il va falloir en découdre avec tout ce beau monde. Et il faut passer à la caisse pour pouvoir s’en sortir. A qui incombe la responsabilité de cette anarchie ? C’est la question qui revient sur toutes les lèvres des estivants qui ne cachent pas leur colère à propos de ce chaos, exprimant leur indignation. «Si on nous prive des sables de nos plages, seules issues pour respirer et oublier momentanément les nuisances des quartiers peuplés et leur pollution, que reste-t-il ?», s’indignent plusieurs personnes sur les lieux à Aîn Diab.

«Cette plage de Aïn Diab, qui signifie source de loups, serait toujours fidèle à sa signification d’origine», commente un étudiant, faisant allusion à ces pratiques qui ternissent l’image de la ville. Et si l’on ajoute à ces problèmes soulevés et dénoncés sur les lieux, d’autres peines liées au transport, notamment dans des bus déglingués, le décor devient pratiquement infernal. Un triste tableau. Face à cette situation intenable, les mairies demeurent aux abonnés absents. A Casablanca, la mairie serait complètement hors zone. Et pourtant, la gestion de ces espaces relève des compétences du conseil de la ville qui lance chaque année des appels d’offres pour la location et l’exploitation temporaire du domaine public dans la zone de Aïn Diab.

Les autorisations sont délivrées après examen des cahiers des charges par des commissions compétentes. Cependant, aucun suivi n’est effectué par la suite. Cette absence de contrôle est mise à profit par des délégataires qui cèdent à leur tour le marché en sous-traitance à d’autres qui agissent de la même manière en louant l’espace à d’autres gérants. Ces différents intervenants dans le circuit ne font qu’augmenter le prix à payer par le citoyen afin de respirer et de se détendre sur les sables des plages de sa ville.

la femme et les rayons… de la société

En plus de ces pratiques liées à l’espace et ses parages, d’autres phénomènes émergent, empêchant la gent féminine de se détendre confortablement sous le soleil. Du coup, des traditions liées à l’été, aux baignades, à la détente et au soleil sont en train de disparaitre. Ainsi, des femmes en bikini, qui se dorent au soleil, se font de plus en plus rares sur les plages des grandes villes côtières. Un autre phénomène s’installe, sommant la femme à se couvrir des rayons solaires émis par la société, privant la pauvre de tirer profit de la nature, de l’exposition de la peau au soleil et des effets du bronzage. Des femmes vêtues d’un simple voile et d’autres portant un burkini sont en passe d’être majoritaires sur les sables des plages. Et puisqu’elles sont majoritaires rien ne les empêcherait d’appliquer les règles de la démocratie imposant à la minorité de s’adapter à la situation. Ce spectacle a d’ailleurs enflammé les réseaux sociaux, avec des images insolites montrant des femmes complètement «enveloppées» en train de se baigner. La mer est agitée.

Une rentrée douloureuse

Cette année, les familles marocaines empruntent un virage sinueux avec cette coïncidence entre les vacances de l’été, la fête du mouton avec ses accessoires et les préparatifs de la rentrée scolaire. Trois occasions, qui exigent des dépenses particulières, interviennent ainsi après le mois sacré du Ramadan, qui avait, à son tour, occasionné énormément de sacrifices. Ce qui impacte les budgets des familles modestes et même celles de la classe moyenne. Du coup, plusieurs familles préfèrent sacrifier les vacances pour pouvoir financer le mouton et son rituel et la rentrée scolaire. Une priorité. Mais d’autres se trouvent dans l’obligation de contracter des crédits et de plonger leurs comptes dans le rouge pour pouvoir voyager, égorger le mouton et assurer la rentrée des chérubins.

La formule se répercute négativement sur toute l’année et ces familles se trouvent noyées par les dettes qui provoquent d’autres problèmes sociaux. C’est ainsi que le malaise social fait des ravages dans la société. D’ailleurs, le discours royal, adressé par SM le Roi Mohammed VI à l’occasion du 19ème anniversaire de l’accession du souverain au Trône, a bien fait un diagnostic à ce déficit social qui devrait être comblé et qui nécessite une mobilisation des différents intervenants, acteurs politiques, société civile et administration publique.

B. Amenzou

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