Moldavie: Maïa Sandu, nouvelle présidente

Nabil El Bousaadi

La Moldavie, cette ancienne république soviétique d’Europe orientale de 3,5 millions d’habitants qui, après avoir été amputée de la Transdniestrie – une partie de son territoire, désormais, contrôlée par des séparatistes pro-russes – s’est retrouvée coincée entre une Ukraine résolument pro-occidentale et la Roumanie, membre de l’Union Européenne, a vécu, ce dimanche, à l’heure des élections présidentielles ayant mis aux prises Igor Dodon, le président sortant, résolument pro-russe, et Maia Sandu, l’ex-Première ministre farouchement pro-européenne.

Economiste de formation, Maia Sandu avait travaillé pour la Banque mondiale à Chisinau, la capitale moldave, de 1998 à 2005 et à Washington de 2010 à 2012 avant de diriger le ministère moldave de l’Education puis d’accéder au rang de Première ministre.

Après avoir axé sa campagne sur la lutte anti-corruption alors que, durant ses quatre années d’exercice, le président sortant avait été, très souvent, visé par des accusations de corruption dont notamment cet énorme scandale qui, en 2015, avait porté sur la disparition d’un milliard de dollars, correspondant à 15% du PIB, Maia Sandu, qui, ce dimanche, a recueilli 57,75% des suffrages exprimés et qui veut que «l’on arrête d’associer la Moldavie avec la pauvreté, la corruption et l’émigration» puisque, d’après certaines estimations, près de 40% de sa population est partie vivre à l’étranger pour échapper à la misère, s’est engagée à «construire un vrai équilibre dans la politique étrangère» en entamant un «dialogue pragmatique avec tous les pays», notamment l’Union européenne, les Etats-Unis et la Russie. En faisant une allusion claire au président sortant, Maia Sandu rappellera à ses compatriotes qu’ils ont, désormais, «le pouvoir de punir» ceux qui les ont «volés, réduits à la misère et contraints à quitter (leurs) maisons».

Reconnaissant, de son côté, qu’au second tour de la présidentielle de ce dimanche, son adversaire «a gagné cette élection», Igor Dodon, l’ancien président moldave, a félicité cette dernière. Et même s’il a fait état, par ailleurs, de «l’ingérence directe des leaders occidentaux» dans ce scrutin – puisque Moscou avait déjà accusé Washington d’orchestrer «un scénario révolutionnaire pour la Moldavie en novembre» – et d’un nombre «sans précédent» de violations, le président sortant, soucieux d’éviter toute «déstabilisation», a, tout de même, appelé ses supporters à ne pas «descendre dans la rue» et exhorté sa rivale à en faire de même.

Or, si l’on en croit Iulian Groza, le directeur exécutif de l’Institut de la politique européenne et des réformes à Chisinau, même si même si elle est «normalement» mal vue par la Russie qui craint de perdre son influence dans la région, la victoire de Maia Sandu va, sans nul doute, «faire avancer les réformes et défendre les intérêts nationaux en dialoguant avec la Russie» qui soutenait ouvertement le président Dodon. En effet, en faisant face, aujourd’hui, au très fort vent de contestation qui souffle au Kirghizistan et en Biélorussie, la Russie qui a perdu l’Ukraine en 2014, tentera, par tous les moyens, de garder pied à Chisinau car cette dernière a de très forts liens historiques avec Bucarest qui a ouvertement soutenu la candidature de la nouvelle présidente de Moldavie.

Considérant, enfin, qu’en l’absence d’une majorité parlementaire loyale, la marge de manœuvre de Maia Sandu reste fortement restreinte et que, même en cas d’organisation de législatives anticipées, rien n’indique qu’elle pourra obtenir le contrôle de l’assemblée ; attendons pour voir…

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