Quelle politique d’intégration sociale des jeunes?

Certes, l’approbation de la Stratégie Nationale Intégrée de la Jeunesse (SNIJ) 2015-2030 par le gouvernement Benkirane, en 2014, constitue un axe majeur qui place la jeunesse marocaine au-devant de la scène politique marocaine. Appuyée par la banque mondiale, cette stratégie cible les jeunes de 15 à 29 ans, une catégorie représentant plus de 30% de la population du Royaume (soit plus de 8.4 millions de personnes) et s’étale sur les 15 années qui viennent.

Aujourd’hui, les jeunes représentent un atout important et peuvent contribuer à l’innovation, à la consommation et à la productivité croissantes, dans la mesure où ils participent activement au processus économique. Pourtant un nombre considérable des jeunes sont au chômage et un nombre encore plus important demeurent inactifs, découragés par les minces perspectives de trouver un emploi. Parmi les jeunes qui ont un travail, une bonne majorité évolue dans le secteur informel avec peu ou pas de sécurité d’emploi ni d’avantages sociaux. En même temps, l’engagement des jeunes dans des activités civiques est très faible, ces derniers ne participent pas, dans une large mesure, à des associations de la société civile et aux affaires communautaires.

Une situation qui a poussé l’Etat à bougier depuis 2011 afin de créer un cadre cohérent pour une meilleure intégration de cette catégorie de la population marocaine, mais aussi pour faciliter l’inclusion active et significative de la jeunesse dans la vie économique et civique.L’adoption de la nouvelle Constitution en en 2011 était inscrite dans cette ligne directrice en faveur des processus de développement, l’égalité devant la loi et les conditions effectives de liberté, égalité et de participation, préconise des instances de concertation en vue d’associer les différents acteurs sociaux à l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques publiques; et stipule la jouissance de tous les droits, y compris à l’égalité genre.

Pièce maîtresse dans la politique publique du pays et de sa jeunesse, la SNIJ est le résultat d’un processus d’élaboration débuté en 2009 et culminant avec le dialogue national sur la jeunesse initié en 2012 par le ministère de la Jeunesse et des Sports pour renforcer la concertation avec les jeunes du Maroc, les acteurs économiques, la société civile et les donateurs. Adoptant une approche intégrée et s’appuyant sur la coordination entre 7 départements gouvernementaux concernés, la SNIJ comporte 62 mesures prioritaires à l’horizon 2020, et 75 mesures complémentaires à l’horizon 2030, articulés autour de 5 axes d’interventions. Il s’agit d’augmenter les opportunités économiques pour les jeunes et promouvoir leur employabilité ; accroître l’accès et la qualité de services de base pour la jeunesse et réduire les disparités géographiques ; promouvoir la participation active des jeunes dans la vie sociale et leur participation à la prise de décision ; promouvoir encore plus le respect des droits de l‘Homme  et le renforcement les dispositifs institutionnels de communication, d’information, d’évaluation et de gouvernance.

L’année 2015 marquera le début de la mise en œuvre de la SNIJ, en même temps qu’elle est marquée par la finalisation d’importants chantiers structurants pour la mise en place des politiques publiques en général, et de la SNIJ en particulier. Il convient de citer ici en effet l’élaboration d’un Plan d’action 2015‐2020 de la SNIJ pilotée par le ministère de la Jeunesse et des Sports dès l’adoption du texte ; la préparation de deux projets de loi portant sur la jeunesse : l’une portant sur la création d’un Conseil consultatif de la jeunesse et de l’action associative (CCJAA) et l’autre consistant en loi cadre dédiée à la jeunesse ; ou encore la discussion/adoption du projet de loi de réforme des collectivités territoriales.

Dans ce contexte, il est incontestable que tous ces chantiers, tant stratégiques que normatifs, auront un impact sur le processus de mise en œuvre, de gouvernance et de suivi/évaluation de la SNIJ, en même temps qu’ils représentent des défis et des opportunités pour réaliser la convergence et la cohérence de l’action gouvernementale envers la jeunesse. Pour les organisations de jeunesse, il convient de mener une réflexion approfondie des mécanismes de la représentation de toutes les sensibilités de jeunes et des organisations de la société civile, et de mener une réflexion commune, sur la Stratégie Nationale Intégrée de la Jeunesse à la lumière de trois principes fondamentaux à savoir l’approche droit, la convergence et la reddition des comptes.

Les objectifs majeurs de la SNIJ 2015-2030

Il est important de rappeler que plusieurs consultations avec les jeunes marocains de tout le pays ont été effectuées avant l’élaboration de cette stratégie. Pendant la première phase des consultations 2009-2010, plusieurs entretiens avec les différentes parties prenantes (ministères, parties politiques, etc.) ont été organisés pour identifier l’offre existante en faveur de la jeunesse et rechercher les synergies possibles, 16 forums régionaux ont été tenus, réunissant 4500 jeunes en vue de discuter les besoins des jeunes consacrés par la tenue des premières assises de la jeunesse en mai 2011 auxquelles plus de 700 jeunes ont pris part. Dans une deuxième phase, à la suite des événements du printemps arabe, le changement de Gouvernement et la mise en place de la nouvelle Constitution, de nouvelles consultations nationales ont été organisées le 22 Septembre 2012, avec la participation de plus de 27 000 jeunes à travers le pays.

De manière générale, la Stratégie Nationale a pour but d’assurer des investissements de qualité dans la jeunesse marocaine. Similaire aux investissements dans l’enfance, les investissements dans les jeunes sont à la base du développement économique et social d’un pays.Dans ce contexte, la stratégie vise à fournir à l’ensemble des acteurs publics et privés les grandes lignes et les orientations stratégiques en matière de promotion des jeunes au Maroc. Elle représente un nouveau pacte social en matière d’intervention dans le secteur de la jeunesse pour prévenir l’exclusion des jeunes et faciliter leur participation pleine et entière dans toutes les sphères de la société.

Elle consolide un processus de réflexion, de consultation et d’analyse en associant tous les acteurs publics et privés, et en premier lieu les jeunes…Il est à noter que toute politique jeunesse relève de champs et de périmètres ministériels multiples, touchant tant à l’éducation qu’à l’emploi, au logement, à la santé, la culture, etc. La Stratégie Nationale se concentre principalement sur l’aspect transversal traduit en axes stratégiques nécessitant des réponses intersectorielles concertées afin de mieux aligner l’offre publique avec les attentes et besoins des jeunes.

Aujourd’hui, le défi pour le Maroc est de parvenir à intégrer ses jeunes dans le processus de développement économique et social. Cette intégration demeure tributaire de la capacité du pays à valoriser ce capital humain afin d’en tirer profit pour son développement. La valorisation de la jeunesse est un facteur majeur pour la mise à niveau générale du pays en vue d’une insertion avantageuse dans l’économie mondiale. Cette valorisation de la jeunesse passe inéluctablement par la satisfaction de ses besoins en termes d’éducation et de formation, de santé, de loisirs et d’emploi dans le cadre de politiques cohérentes et intégrées entre les différents intervenants tant au niveau des départements ministériels, que des collectivités territoriales, du secteur privé et de la société civile.

La stratégie cible, également, d’améliorer les conditions de vie de ses citoyens, promouvoir le développement humain, et lutter contre la pauvreté. La stratégie nationale de la jeunesse doit s’adresser à tous les jeunes marocains indépendamment du genre, du statut socioéconomique, du niveau d’éducation, de l’activité et du lieu. Dans cette perspective, la stratégie nationale de la jeunesse donnera la priorité à des objectifs et secteurs d’intervention pour les groupes spécifiques de la jeunesse selon leurs besoins, laissant de ce fait la priorisation stratégique des ressources. En conséquence, la stratégie favorisera des opportunités et l‘accès aux services pour toute la jeunesse marocaine, tout en s’assurant que des efforts ciblés vont améliorer les vies de ces jeunes qui ont traditionnellement moins bénéficié des services publics et qui font face à des difficultés particulières dans la transition à un âge adulte en bonne santé et productif.

Afin d’augmenter les opportunités de travail pour les jeunes et faciliter leur insertion dans la vie économique, il s’agit davantage de mettre en place un environnement favorable pour l’acquisition de compétences utiles et les possibilités d’accéder à des expériences professionnelles. Ainsi, il s’agit de renforcer les systèmes d’Education et de Formation de manière à ce qu’ils puissent mieux répondre aux besoins du marché de travail, notamment à travers l’implication du secteur privé dans l’orientation professionnelle et le développement de capacités, et de mettre en place les dispositifs qui puissent faciliter l’embauche des jeunes et l’auto-emploi.

Aujourd’hui, l’insertion des jeunes et la réalisation de cette stratégie globale ne peut se faire qu’à travers une contribution effective de la société civile, des opérateurs privés, des partenaires bilatéraux et multilatéraux est sollicitée en appui aux efforts consentis par l’Etat et les collectivités territoriales pour la valorisation de la jeunesse.

Jalal El Omari

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