Le PPS associe toute l’élite au débat sur la culture

En prévision de son 10e congrès national 

Le siège national du Parti du progrès et du socialisme à Rabat a accueilli, mercredi soir, une pléiade d’intellectuels, d’artistes, de philosophes, d’écrivains, de journalistes, d’universitaires, d’hommes politiques et de militants de différentes sensibilités, venus échanger sur la culture au Maroc, au cours d’un forum organisé sous le thème : «faire de la culture un secteur prioritaire».

D’entrée de jeu, le modérateur de la rencontre, Houssein Echaâbi, coordonnateur national du secteur de la culture, de la communication et des arts relevant du PPS, a indiqué que ce forum de discussion s’inscrit dans le cadre des forums initiés par le PPS dans le sillage des préparatifs de son 10e congrès national, prévu en mai prochain. Après avoir examiné d’autres sujets à caractère économique et social ayant trait notamment au modèle de développement du pays, aux inégalités sociales et territoriales ainsi qu’à d’autres problématiques, le PPS se penche aujourd’hui sur un sujet aussi important que la culture, qui occupe une place de choix dans ses préoccupations.

Nabil Benabdallah : il n’y a point de culture sans portage politique

Sans détour, le Secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme a affirmé qu’il n’y a point de culture sans portage politique, notant qu’il ne peut y avoir de chose culturelle en l’absence de ceux qui sont sensés la porter.

Mais encore faut-il disposer d’un cadre démocratique ouvert où les porteurs d’idées et les intellectuels puissent s’exprimer librement et soumettre au débat les idées et autres initiatives relatives à la chose culturelle, dans le but de favoriser l’épanouissement de la culture et sa promotion et permettre à la culture d’être présente dans la chose politique.

L’on aspire en effet au PPS à une société fondée sur une culture d’ouverture et de liberté, où il est possible de s’exprimer pour impacter les politiques publiques, les institutions et les partis politiques, a-t-il déclaré avant de se questionner sur les raisons justifiant la réticence des hommes de culture pour la politique.

Il faut réhabiliter la chose culturelle à travers sa réconciliation avec la société et la chose politique, a-t-il dit, soulignant que l’avenir du pays est tributaire en fin de compte de l’approfondissement de la démocratie qui offrirait à tous, dont les intellectuels, la possibilité de participer à l’œuvre de développement du pays.

Et Benabdallah de dénoncer sans ambages le vide qui marque à présent la scène politique et culturelle. On n’y discute ni d’économie, ni de culture, ni de la situation d’une telle ou telle région. On a vidé le débat de sa substance, a-t-il affirmé, rappelant que c’est dans cette optique que la culture est sensée intervenir pour donner un contenu à ce débat.

Tout en appelant à un tel débat constructif, le PPS se trouve dans une position difficile comparable à celle d’un équilibriste sur un cheveu, entre la gauche et la droite, a-t-il expliqué. Mais sans se lasser et fidèle à son engagement et choix, le parti du Livre poursuit le combat pour la recherche d’un projet culturel porté par les intellectuels, les hommes de culture, les artistes, un projet au service de l’épanouissement de la société et de la promotion du développement du pays.

Mohamed Amine Sbihi, membre du BP du PPS : le besoin pressant d’une culture émancipatrice

En l’état actuel des choses, le besoin d’une culture émancipatrice se fait sentir de manière pressante à tous les niveaux au Maroc, a affirmé Mohamed Amine Sbihi, membre du Bureau politique du PPS, notant au passage que la politique culturelle à laquelle on aspire se doit de participer à la promotion de différents modèles de développement avec la participation de l’Etat qui se doit de mobiliser les moyens pour ce faire. Et ce, sans que l’Etat ne confisque la liberté de création. Ce qui n’est pas le cas actuellement, car l’Etat ne soutient en fait que les projets de son choix.

Le modèle culturel auquel on aspire devra être fondé sur la liberté et l’initiative privée dans lequel le privé et l’Etat doivent jouer pleinement leurs rôles respectifs, à travers notamment le soutien étatique de l’industrie culturelle, sans laquelle la production culturelle et artistique sera handicapée par le manque de diffusion.

Azzedine Bounnit : le débat culturel est confisqué par les soit disant experts

Pour sa part, le chercheur Azzedine Bounnit a souligné que les subventions étatiques sont indispensables pour la promotion de la chose culturelle qui se heurte à présent à une série de défis découlant du fait que le débat est confisqué. Ce qui ne profite guère à la situation, les médias étant toujours attirés par des sujets sans valeur pour la transition politique et culturelle avec le recrutement de ce qu’on appelle les experts qui déprécient le débat public.

Selon lui, il ne peut y avoir aucun développement durable, en l’absence de la culture, qui constitue l’expression de l’intelligence collective et la quintessence de son âme.

Lahlou et Naciri plaident pour une industrie culturelle :

Plusieurs artistes représentant le cinéma, le théâtre dont Abdellatif Lahlou ou Said Naciri ont insisté sur la nécessité de promouvoir la production culturelle et artistique, pour en faire un secteur productif capable de créer de la valeur ajoutée et des emplois. A Paris par exemple, la vie culturelle rapporte énormément, car la ville dispose de l’infrastructure culturelle nécessaire (salles, théâtres, musées, etc…) et mobilise pour ce faire les moyens qu’il faut, a expliqué Said Naciri.

Taoufik Bouachrine : les nouveaux diffuseurs de la chose culturelle

Pour le journaliste et directeur de publication, Taoufik Bouachrine, il est désormais nécessaire de réhabiliter la culture, dont les nouveaux diffuseurs et média en altèrent désormais le contenu.

Il s’agit en premier lieu des mosquées au nombre de 30.000 au Maroc, selon le ministère de tutelle, et qui réunissent tous les vendredis quelque 7 millions de fidèles, qui écoutent des prêches porteurs de différents messages à caractère religieux, politique, culturel, etc…Il s’agit également de Facebook. Quelque 15 millions de Marocains ont des comptes Facebook. Ils y véhiculent surtout les tares et défaillances sociales.

S’ajoute à ces deux supports, selon Bouachrine, l’école dont la production est en panne. Seule la moitié des élèves décroche leur bac alors que l’autre se trouve dans l’incapacité de le faire.

Il a cité aussi dans le même ordre d’idées YouTube (20 millions de Marocains accèdent à l’Internet), mais également la télévision et la presse nationales qui ne jouent plus qu’un rôle en constante diminution. Quant à la télévision nationale, elle s’est ruralisée, a-t-il dit, estimant que ces changements sont la conséquence directe du développement des nouvelles technologies.

El Mazned: le Maroc se distingue par les festivals dans la zone Mena

Pour sa part, Brahim El Mazned, directeur artistique du festival Timitar à Agadir a fait savoir que le Maroc se distingue dans la zone Mena par les festivals. Le Maroc fait l’exception dans ce domaine, compte tenu de ses traditions en rapport avec les Moussems qui ont été de tout temps célébrés, en général en été en plein espace public. Les festivals sont donc organisés dans la continuité de cette tradition des Moussems au Maroc qui jouaient un rôle commercial, mais également culturel et cultuel contrairement aux pays d’Orient où c’est le salon qui abrite les activités culturelles.

Berrada de SAPRESS: l’écran conforte l’écrit

Tout en affichant d’entrée son désaccord avec Bouachrine sur l’impact négatif des mass média et des nouvelles technologies sur le développement de la culture,  Mohamed Abderrahmane Berrada, journaliste, éditeur et ex-président directeur général de l’entreprise de distribution «Sapress» a rappelé que c’est justement dans les pays de l’Internet où la culture se porte bien. C’est pourquoi, l’on dit par exemple en France que l’écran conforte l’écrit.

Pour lui, ce qui est vrai pour la presse écrite, l’est aussi pour la culture au Maroc où la presse écrite était dominée par les partis politiques de gauche. En faisaient partie notamment Al Bayane, Al Ittihad Al Ichtiraki, Al Mouharrir, Al Alam et d’autres.

Pour l’Etat, il était problématique de soutenir une telle presse qui ne répondait pas à ses «objectifs», alors que la presse comme la culture est la conscience de la nation.

Il est donc clair que la volonté de soutenir la presse marocaine et en particulier la presse écrite fait défaut au Maroc, malgré la subvention annuelle de 60 MDH qui lui est accordée et qui ne lui a permis guère d’améliorer sa situation.

Massaoud Bouhcine : le culturel est le domaine des paradoxes par excellence

La culture est un produit commercial. Oui et non. C’est une marchandise commercialisable mais en même temps une activité créatrice de valeurs dont la société a besoin pour progresser et s’épanouir.

  C’est pourquoi, l’on parle ailleurs de l’exception culturelle car il s’agit d’une économie à risques, capable de contribuer à la croissance du PIB à hauteur de 7% comme en France. C’est un secteur productif et créateur de plus value auquel il est nécessaire d’accorder des crédits suffisants pour lui permettre de jouer pleinement son rôle. Au Maroc, le budget du ministère de la culture tourne autour de 0,25% du budget général, a-t-il rappelé. La culture est aussi une activité transversale qui manque toutefois d’un cadre institutionnel, destiné à assurer la convergence des actions de tous les intervenants gouvernementaux et privés.

Le chorégraphe Lahcen Zinoun : le patrimoine de danse en voie d’extinction

Pour le chorégraphe Lahcen Zinoun, il est urgent de prendre les mesures nécessaires pour la préservation du patrimoine national de danse, à l’image de la danse d’Ahouache dont les femmes sont désormais exclues.  C’est le cas d’autres danses dans d’autres régions du pays, a-t-il déclaré, appelant à l’ouverture de nouveaux établissements (conservatoires et autres) d’apprentissage de la danse pour battre le tabou. La danse a le secret de permettre la réconciliation avec le corps, a-t-il dit.

Le producteur Hassan Choaui : le budget alloué à la production est insuffisant

Pour le producteur Hassan Chaoui, qui s’est lancé dans l’autoproduction, les crédits alloués à la production de films sont très insuffisants. C’est pourquoi, pas moins de 64 films sont actuellement en litige avec le CCM (Centre cinématographique marocain).

Il a également déploré le manque de salles de cinéma, après la fermeture de quelques 200 salles et la prolifération du piratage, deux phénomènes qui bloquent pratiquement la diffusion du film marocain. L’utilisation du dialecte marocain constitue aussi un autre handicap qui entrave l’exportation du film marocain, a-t-il dit, précisant que pas moins de 45% des films marocains ne sont pas exportables.

Rachid Idrissi, chercheur,  revient sur l’expérience du théâtre du Boulevard en Europe

 Pour l’ancien militant, diplomate et parlementaire, Rachid Idrissi, l’expérience européenne vécue au lendemain de la 2e guerre mondiale dans les années 20 est très édifiante avec l’apparition du théâtre du Boulevard. Initiée par le Parti communiste français, l’expérience avait permis l’éclosion d’une véritable culture populaire en France, notamment avec la naissance dans le quartier latin de nouvelles générations de poètes, de chanteurs et d’artistes.

Au Maroc, une expérience similaire devait avoir lieu avec le soutien de l’UMT. Nass El Ghiwane, Bouchaib El Bidaoui et autres en sont le produit. Malheureusement, les choses n’ont pas évolué dans le sens voulu par le pouvoir qui tenait à sa culture, ce qui s’est traduit par une asphyxie du secteur dont il n’a pas pu à se remettre, a-t-il estimé.

Le philosophe Mohamed Mesbhi : il n’y a pas d’arme plus efficace que la culture pour combattre Daech

En guise de conclusion de ce débat très riche, enrichissant et ouvert, le Pr Mohamed Mesbahi (philosophe et auteur de plusieurs ouvrages et écrits), a souligné qu’il n’ya pas d’armes aussi tranchantes et efficaces que la culture pour combattre l’intolérance, l’extrémisme, la violence et la culture du désespoir et du suicide de Daech, qui se répand partout dans le monde, y compris au Maroc où des touristes sont visés à Fès notamment par des propos haineux et des insultes, selon leurs guides, a-t-il dit.

Pour faire face à la montée de ce fanatisme, il a proposé d’abord la réhabilitation de l’université marocaine pour qu’elle ne soit plus le terrain de prédilection des groupes qui véhiculent l’intolérance et l’exclusion. Il a appelé plutôt à la promotion d’une culture fondée sur les valeurs d’ouverture, d’acceptation et du dialogue. Selon lui, le Maroc dispose de tous les atouts pour y arriver: Au sein du monde arabe, 80% des Marocains brillent, le livre marocain se vend bien, l’architecture comme la musique marocaine occupent une place de choix. Même au niveau religieux, Fès reste la destination prisée par des fidèles qui n’ont pas le moyen d’effectuer leur pèlerinage à la Mecque, a-t-il conclu.

M’barek Tafsi

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