Préscolaire

Il fut un temps où le premier examen auquel était soumis un enfant était le certificat d’études primaires. Cela date; car, au jour d’aujourd’hui, la progéniture est soumise à un test pour qu’elle soit acceptée dans telle école maternelle ou telle autre.Dés deux ans, la préparation commence, allant crescendo avec le temps et nécessitant un investissement de plus en plus important. On pourra rétorquer qu’il s’agit là d’enfants de bourges qui sont privilégiés par rapport au grand nombre de mioches que compte le royaume.

Ce n’est pas une raison pour laisser ces «kiliminis» á la merci des différents investisseurs dans le domaine de l’enseignement privé. C’est mauvais pour les «kiliminis» eux-mêmes qui sentent la pesanteur du fardeau et constatent avec amertume qu’ils ont le couteau sur la gorge pour assurer aux petit(e)s chéri(e)s une place leur assurant une motricité, un éveil et une personnalité en devenir dignes du 21ème siècle. Il semble que le cerveau humain se relâche à partir de l’adolescence d’où la grande importance de cet enseignement précoce pour le développement des éléments de la société future. Le secteur public étant dans l’indigence, voire dans l’absence de toute offre, pour le préscolaire, il ne reste qu’à subir le parcours du combattant pour trouver une place à ses rejetons.

Après la garderie, la maternelle n’est pas une mince affaire. Les curricula n’étant pas homogènes alors que l’encadrement dépend du renom de l’école; c’est de portes ouvertes à portes ouvertes et de bouche à oreilles que les parents se fassent une idée sur les établissements du préscolaire. Inscriptions au préalable, tests et attente des résultats pour abouler immédiatement des frais afin de préserver la place. Certains établissements obligent les parents à se fixer sur eux ; faute de quoi, l’enfant ne pourra jamais être repris en leur sein après. La maternelle n’est pas une mince affaire ! Elle prépare le primaire qui lui aboutit au secondaire. C’est un package que personne ne veut rater! L’intégration de ces trois niveaux se fait de plus en plus par les investisseurs. Cela fidélise; et, pécuniairement ça rapporte d’autant plus que la contribution fiscale se discute.

Il faut dire que pour les parents, les frais pour l’occasion ne sont pas légers. Pour les enfants, la discrimination se creuse d’ores et déjà et il faudrait attendre le service militaire nouvellement rétabli pour assurer probablement la mixité sociale nécessaire.

C’est vrai que «notre avenir n’attend pas». Il peut même reculer quand il ne titube pas ou ramper au ras des pâquerettes du plancher des vaches. L’amère réalité est inflexible, il faut disposer de quelques dizaines de milliers de dirhams pour assurer l’inscription de son enfant dans une école qui tient le coup. Et d’autres dizaines de milliers de dirhams pour assurer les frais scolaires de l’année… Tout cela n’étant pas déductible de l’assiette fiscale que représente le (la) kilimini. Privilégiés qu’ils sont ! Pour le reste de la population, la réforme est en cours. Sa vision stratégique est en cours … C’est une question de temps ! Patience.

Nés de parents instruits, ils sont aussi instruits, productifs et consommateurs de biens et de services. Ils n’ont connu ni la marche verte, ni le plan d’ajustement structurel ni les années de plomb et encore moins le manifeste du 11 janvier ou le dahir berbère. A quelques années près, ils constituent les femmes et les hommes bercés par la consolidation du processus démocratique initiée par l’alternance consensuelle. Ambitieux pour eux-mêmes dans l’attente de l’être pour leur pays, d’origine ou d’adoption. Cerveaux en fuite alors que le corps est envahi de mille et un projets, ils constituent l’assise de l’abstention envers un système dont ils ne comprennent pas tous les tenants et les aboutissants. Pour l’instant ils s’interrogent sur eux et sur l’aboutissement du préscolaire de leurs enfants. C’est l’avènement du printemps qui prépare les moissons de l’été … Des interrogations conjoncturelles qui nécessitent des réponses structurelles.

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