Un rendez-vous qui intervient dans un contexte particulier

L’OMDH tient son dixième congrès

«La construction de l’Etat de droit et le passage de la loi de la force à la force de la loi n’est pas une chose facile», Boubker Largo 30 ans après son congrès constitutif, interdit à trois reprises en 1988, l’Organisation marocaine des droits de l’Homme (OMDH) a organisé, du vendredi 11 au dimanche 13 mai, son dixième Congrès.

Occasion de dresser un bilan de son action, ce rendez-vous, qui intervient dans une conjoncture particulière marquée par une montée des protestations et un recul sur le plan du respect des droits de l’Homme, devra aussi permettre à l’OMDH de s’attarder amplement sur la situation des droits de l’Homme ici-bas ainsi que sur plusieurs autres enjeux.

 Le plus important d’entre ces derniers est «la transition du plaidoyer devant le gouvernement au plaidoyer devant l’ensemble des élites», nous a confié le président sortant de l’OMDH, Boubker Largo.  Pour lui, cette transition a conduit les militants de l’organisation «à s’orienter vers l’acteur gouvernemental, parlementaire, universitaire, partisan, syndical, droit-de-l’hommiste, civile, médiatique et le secteur privé…». Car, affirme-t-il, «l’appropriation de l’approche droit-de-l’hommiste par l’ensemble des acteurs est seule capable d’aplanir les entraves qui vont à l’encontre de la mise en œuvre et de la concrétisation des droits de l’Homme». Et ce, « parce que l’ensemble de ces dits acteurs participe de manière directe ou indirecte à la gestion de la chose publique», a-t-il soutenu en admettant qu’il s’agit «d’un pari difficile mais inéluctable».

Tout en avouant que «la construction de l’Etat de droit et le passage de la loi de la force à la force de la loi n’est pas chose facile», Boubker Largo tient à indiquer que pour ce faire, «il va falloir combattre l’impunité et renforcer les libertés publiques et mettre en adéquation l’actuelle législation avec les dispositions constitutionnelles et avant celles-ci, avec les dispositions des conventions internationales ratifiées par le Maroc».

Insistant sur la vocation essentielle de son organisation, à savoir la lutte pour les droits de l’Homme, Largo affirme qu’il ne trouve aucun mal à collaborer avec toutes les tendances idéologiques pour réaliser cette mission. «Pour nous, en tant qu’organisation droit-de-l’hommiste, la question de qui tient le gouvernail de la chose publique est secondaire, car nous allons applaudir tous ceux qui vont soutenir effectivement les droits de l’Homme et dénoncer et décrier tous les contrevenants de ces droits», a-t-il mis en avant en réitérant sa position : «Nous allons assurer cette mission quelles que soient les circonstances».

Tout en rappelant que « le Maroc connaît un mouvement de contestation depuis le début du siècle et des milliers de rassemblement et de marches chaque année», le président sortant qui pourrait être reconduit dans ses fonctions considère que «ces sit-in et rassemblements, dont la plupart n’ont pas reçu d’autorisation préalable, ont été, sauf quelques rares exceptions, tous pacifiques».

Ce droit-de-l’hommiste avéré tient à souligner aussi que« les autorités publiques n’ont pas été hostiles vis-à-vis de ces formes de contestation dans la majorité des cas». «Ce qui constitue en soi un acquis qu’il faut consacrer», de son point de vue. Dit autrement, «consacrer la liberté de rassemblement et de manifestation d’une manière civile et pacifique sans toucher ou porter quelconque préjudice aux parties tiers», a-t-il expliqué.

Dans la même veine, cet ancien secrétaire général de l’organisation (de 2006 à 2012) met en exergue une réelle problématique qui s’est révélée au grand jour avec la montée des contestations, à savoir celle de l’encadrement des foules.

 «Il est certain qu’il y a une problématique qui se pose en relation avec l’encadrement de certaines formes de contestations, que ce soit à Al Hoceima ou à Jerada, Tendrara et Zagora… ce qui appelle les acteurs que nous sommes, comme je l’ai signalé avant, à développer notre prestation au sein de nos institutions, car toute dépréciation des partis politiques, des syndicats, de la société civile, des autorités publiques, des institutions représentatives nationales, régionales et locales,va miner  l’Etat des institutions», a-t-il souligné.

A plus forte raison que nous sommes face à une foule de citoyens et de citoyennes victimes de la déperdition scolaire et de la rareté des opportunités d’emploi…», a-t-il regretté.  Tout ceci impose, de l’avis de cet initié, «une sérieuse réflexion quant au traitement d’urgence de ces phénomènes afin de trouver les mécanismes capables d’assurer la formation à cette tranche de la société pour pouvoir l’insérer aisément dans cette dernière».

Interpellé par Al Bayane sur le congrès de l’organisation qu’il a présidé par le passé, Dr Mohammed Nechnach a considéré que cette échéance marquante sera marquée par «le renouvellement des cadres dirigeants de l’OMDH (élection d’un Conseil national) et la présentation, comme à l’accoutumée, d’un rapport sur les trois années précédentes qui contient les événements marquants et les positions que l’OMDH avait prises là-dessus».

A propos de la situation des droits de l’Homme au Maroc, il a considéré qu’«il y a eu, dernièrement,  comme une espèce de recul de la part de l’administration marocaine, notamment ce qui s’est passé à Jerada et à Al Hoceima, l’interdiction de manifestations pacifiques». Considérant que la situation est inquiétante, Nechnach constate «qu’il n’y a pas eu d’avancée sur le plan des droits économiques». «La réforme de l’enseignement est toujours un projet permanent à revoir de manière régulière. Le congrès devra normalement examiner toutes ces questions et évidemment la nouvelle équipe qui sera élue prendra les mesures qu’il faut prendre», a-t-il soutenu.

En notant que «les représentants qui vont venir des quatre coins du Maroc apporteront avec eux leurs inquiétudes», Nachnach s’attend à ce que le dixième congrès «interagisse avec les préoccupations de la société marocaine. «Nous attendons qu’on puisse répondre en tant qu’ONG des droits de l’Homme aux inquiétudes de la société marocaine quant au destin du pays et par rapport au développement démocratique de la nation», a-t-il conclu.

Mohamed Taleb

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