« Tenir nos engagements et parachever l’arsenal juridique»

A l’heure où le Maroc, cité en exemple en matière de gestion migratoire,  s’apprête à accueillir la Conférence internationale pour l’adoption du pacte mondial pour la migration, Boubker Largo, président de l’Organisation marocaine des droits humains (OMDH), estime que le Royaume devrait encore déployer davantage d’efforts pour renforcer sa politique en la matière. D’ailleurs, de son point de vue, le Pacte mondial s’avère un outil important que le Maroc devrait exploiter dans ce sens.

Al Bayane : Quelle évaluation faites-vous aujourd’hui  de la politique menée par le Maroc en matière de migration?

Boubker Largo : La politique marocaine portant sur la migration est encore hésitante.  En fait, on s’attend à ce que le législateur se penche sérieusement sur l’élaboration et l’adoption des règles régissant la question de la migration et celle de l’Asile. Certes, le Royaume a franchi un pas en avant en adoptant la loi relative à la lutte contre la traite des êtres humains, mais un long chemin reste à parcourir. D’ailleurs, le Maroc a fait un choix en décidant de souscrire aux principes et conventions internationales. Ainsi,  nous avons l’obligation de tenir nos engagements et parachever l’arsenal juridique et ce, par l’adoption des lois plus humanistes, sachant que notre pays compte plus de 100 mille migrants sur son territoire, sans omettre aussi que 5 millions de Marocains résident à l’étranger.

Depuis l’histoire, le Maroc a toujours été considéré comme une  terre d’accueil et d’immigration, connecté à son environnement extérieur via des routes empruntées par les caravanes. Il est à souligner que des familles marocaines, telle la famille Diouri, ont décidé de s’installer au Sénégal ou au Mali ou ce que  l’on désigne par le Sud du Soudan. Idem pour des familles sénégalaises qui ont opté pour le Maroc. Il s’agit de relations historiques qui démontrent les liens indélébiles du Royaume et son interactivité avec l’extérieur.   Bref, le Maroc est un pays cosmopolite et un lieu de brassage des cultures voire un carrefour migratoire.

Selon vous, quel impact aura le «Pacte mondial pour les migrations sûres, ordonnées et régulières» sur le Maroc?

Tout bonnement, la question de la migration et de l’Asile est en passe de devenir une cause commune pour tous les Etats. En plus de cela, le Pacte de Marrakech veut renforcer les mécanismes de solidarité  et de soutien à l’échelle internationale en favorisant davantage une action collective et plus organisée. D’où l’urgence de procéder à l’élaboration des lois. Aujourd’hui, on parle de ce que l’on désigne par  «immigration régulière et sécurisée».  Je fais allusion à tire d’exemple au cas de l’Espagne qui accueille des ouvrières marocaines pour la cueillette des fraises. Le Maroc pourra procéder de la sorte en accueillant une main d’œuvre pour travailler dans l’agriculture. Autre point non moins important pour le Maroc c’est celui de faciliter les procédures de transfert d’argent pour les Marocains résidant à l’étranger afin de les encourager à contribuer au développement de notre pays. Cela ne peut se faire sans une révision de la fiscalité relative au traitement comptable des opérations de transfert d’argent. En termes plus clairs, le Pacte de Marrakech traite de la problématique : migration et développement. Cela démontre le rôle positif de la migration.

La politique du Maroc consacrée à la migration est basée sur une approche humaine. Et pourtant, on a remarqué ces derniers temps, quelques atteintes aux droits de certains migrants. Qu’en dites-vous?

Il faut souligner que cette politique a été ponctuée par quelques défaillances, notamment en ce qui concerne le renvoi dans des bus et  dans des conditions inhumaines de  certains immigrés qui se trouvaient au nord vers le sud du pays. Des mesures que nous rejetons catégoriquement.  La régularisation de la situation des migrants sans-papiers doit être accompagnée par des mesures palpables. Grosso modo, seule une approche socio-économique pourrait résoudre le problème.

Qu’est ce que la loi sur l’immigration et l’asile va apporter concrètement à la politique publique de la migration?

Cette loi n’a pas encore trouvé le chemin du Parlement. Aussi, nous ne disposons pas d’éléments pour apporter des réponses quant au contenu de ce texte juridique.

Mais, assurément,  le texte va faciliter l’action et le travail effectué par les ONG et les associations de la société civile. La loi sera ainsi comme un référentiel incontournable en fixant les obligations et les droits des parties concernées.

 Propos recueillis  par Danielle Engol

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