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Ce samedi, près de 9,6 millions d’électeurs afghans ont été appelés aux urnes pour élire leur nouveau président au terme d’un scrutin qui se tient sous la triple menace de la fraude même si les autorités ont assuré avoir déployé toute une batterie de moyens techniques, de l’abstention dès lors que nombreux sont ceux qui ont perdu tout espoir que leurs dirigeants améliorent leurs conditions d’existence et des attentats de la part des talibans du moment que les pourparlers entre ces derniers et les Américains sont au point mort; ce qui éloigne incontestablement la perspective d’un dialogue inter-afghan.

Et si ce scrutin, qui est la quatrième élection présidentielle dans l’histoire du pays, met en lice 18 candidats dont les favoris sont le président sortant Ashraf Ghani et son Premier ministre Abdullah Abdullah, il y a lieu de rappeler que les deux hommes s’étaient déjà affronté en 2014 dans une élection où les irrégularités étaient tellement évidentes que Washington avait dû intervenir pour les départager en «créant» un poste Abdullah Abdullah, arrivé second.

Pour dissuader les Afghans d’aller voter ce samedi, les talibans avaient clairement déclaré la veille que « les  bureaux et les centres (de vote) accueillant ce spectacle » allaient être la cible d’attaques; ce à quoi le ministère de l’Intérieur a répondu en déployant 72 000 hommes à l’effet de sécuriser les 5 000 bureaux de vote qui devaient ouvrir leurs portes dès 7 h du matin (2 h 30 GMT) et en interdisant, dès mercredi, l’accès à la capitale à tous les camions et camionnettes par crainte d’attentats à la voiture piégée.

Pour rappel, la campagne électorale avait été émaillée, dès son commencement,  par une série d’attaques revendiquées aussi bien par les Talibans que par le Groupe Etat islamique qui s’était déjà attribué la paternité, en Août dernier, d’un attentat contre un mariage qui avait fait 80 morts.

Et si, de son côté, Stephane Dujjarric, le porte-parole du Secrétaire général des Nations-Unies, avait, dans une mise en garde, déclaré que «tous les actes de violence contre le processus électoral… sont inacceptables», ses propos n’ont eu que très peu d’effet car, très tôt le jour du vote, des explosions ont retenti dans plusieurs villes du pays. Ainsi, un attentat perpétré dans la matinée à Kandahar dans le sud du pays a fait 16 blessés alors qu’une attaque à la bombe ayant eu lieu à Jalalabad, dans l’est du pays, aurait fait un mort et deux blessés et que des attaques perpétrées en d’autres endroits n’auraient pas fait de victimes d’après des responsables locaux.

Espérant une réélection qui ferait de lui un interlocuteur incontournable pour négocier avec les Talibans, Ashraf Ghani, que ses détracteurs qualifient de «marionnette» dépourvue de toute légitimité, a déclaré, après avoir glissé son bulletin dans l’urne, que ce scrutin va lui permettre «d’aller vers la paix avec une vraie légitimité».

Enfin, si les résultats préliminaires sont attendus pour le 19 octobre et que les résultats définitifs ne soient pas rendus avant le 7 novembre, force est de reconnaître, toutefois, que le vainqueur de cette élection prendra les rênes d’un pays en guerre où, d’après l’ONU, le conflit avec les Talibans aurait fait plus de 1 300 morts au premier semestre 2019 alors que 55% de la population vivrait avec moins de deux dollars par jour (estimations de 2017). L’Afghanistan va-t-il connaître la paix après plus de quatre décennies de guerre avec la reconduction d’Ashraf Ghani pour un second mandat ou avec l’accession d’Abdoullah à la magistrature suprême du pays ? Attendons, pour voir…

Nabil El Bousaadi

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