Vous avez dit gauche marocaine ?!

Saoudi El Amalki

Tout récemment, le parti du Progrès et du Socialisme vient de décortiquer la question de la gauche marocaine, à l’occasion du 80ème anniversation de sa création. Pour ce faire, le PPS a fait appel, pour un débat franc et serein, à des mouvances de cette « famille » influente de la scène politique marocaine, émanant depuis des lustres, du mouvement national. En fait, cette gauche, est-elle toujours en vie ? Pourrait-elle se ragaillardir les rangs, en ces moments de crise politique ? Il serait vraiment aberrant et triste de répondre par la négative ! Jusqu’ici, il faudrait reconnaître qu’elle n’a pas encore pu gérer toutes ses divergences pour pouvoir se focaliser essentiellement sur les priorités et les exigences des causes suprêmes du peuple et de la Nation. Son éclipse qui ne fait que durer aura sans doute permis à « la réaction et à l’obscurantisme » de prendre le dessus, au sein d’une société outrée et abattue. Sa situation actuelle s’aggrave, au fil du temps et ne donne aucune lueur de rapprochement, du moins à court terme. Elle perd beaucoup de sa notoriété incisive, en particulier certaines de ses composantes dont le passé fut retentissant. Au lieu de se refaire une santé, dans multiples de ses structures, elle s’est endormie sur ses lauriers et s’est bercée dans ses tours d’ivoire, se croyant détenir les vérités absolues, tout en ignorant les mutations profondes opérées dans le vécu quotidien des populations. Au point que le tapis s’est tiré sous ses pieds !

Il bien vrai que sa relégation au second plan dans l’échiquier politique est aussi l’œuvre du « Pouvoir », depuis déjà bien longtemps. Elle était victime de formes diverses de la répression et de l’oppression de la part du régime, depuis les années de plomb jusqu’à nos jours, avec des méthodes qui différent d’une époque à l’autre. Nombre de ses leaders ont connu la torture, la détention, l’exil, l’enlèvement et autres sortes d’intimidations pour l’affaiblir et briser son épine.

Pour museler son rayonnement et surtout la « gêne » que lui inspire son enracinement, le régime a « préfabriqué » des créatures partisanes, sans aucune légitimité ni d’impact, encore moins de crédibilité et les « dote » de tous les moyens pour qu’elles mettent la main sur la gestion des affaires publiques et locales du pays. Une manière de demeurer dans un pluralisme « sournois » et en faire une fausse façade, sans trop se soucier du sort des citoyens et de l’image extérieure. Cette « fantaisie burlesque » qui représente un réel danger sur le pouvoir lui-même, a conduit à la débâcle politique que nous vivons à présent. Cependant, nul ne peut occulter, en revanche, la défaillance criarde de la gauche marocaine, en face des enjeux majeurs devant constituer une alliance forte, soudée et homogène, des forces démocratiques et progressistes, en dépit des différends et des différences internes, relatives aux particularités référentielles qui distinguent les unes et les autres de ses constituantes. La langue de bois qu’elle continue à entreprendre, malgré les échecs et « l’éloignement assassin » dont elle fait preuve vis-à-vis des couches sociales déshéritées, ont beaucoup affecté son apport sur le champ politique national. Faut-il prétendre encore à la résurrection de la gauche marocaine, quoiqu’il paraisse assez complexe, du moins, en ces temps-ci ? En tous cas, ce serait le vœu des populations, en quête de la délivrance salutaire.

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