Le combat d’aujourd’hui et de demain

Par: Mohamed Khalil

Le Xème Congrès national du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS) se teint dans un contexte politique et social complexe et particulier, marqué par une grande inertie des acteurs politiques, dont le rôle a miraculeusement changé pour se limiter à des porte-voix de forces obscures aux objectifs inavoués.

Résumons un peu le diagnostic.

Le contexte général dans lequel se tient le Xe congrès de notre parti s’avère très difficile. Le pays est en crise démocratique.Il n’y a, pratiquement qu’un seul son de cloche politique et la démarquage politique devient presque interdit. Nous assistons à une inertie dangereuse, qui veut cantonner la chose politique, la déprécier et la dépraver pour la mettre entre quelques mains puissantes qui en tiennent les ficelles et les reines, et combattent, dans l’obscurité et des fois en plein jour, toute alternative de progrès social et démocratique qui remettrait en cause leurs intérêts égoïstes, et ce en recourant à des supports de presse muselés mais consentants à reproduire tous les mensonges possibles.

Un état des lieux objectif, fait par la direction du PPS, révèle les faiblesses du Parti, le potentiel militant existant et des pistes de progrès et de changement.

Aussi, à la veille de notre congrès et face aux bouleversements quotidiens qui hantent nos esprits, la réalité d’une absolue nécessité du réveil des consciences nous semble évidente.

Il apparait désormais clairement aux yeux de la population ou tout du moins pour des pans entiers de la société marocaine, qu’avoir des valeurs, se battre pour des idées, ou tout simplement faire de la politique ou encore moins adhérer à un parti et sans avoir une activité conséquente soit devenu un art de la dissimulation et du mensonge. C’est grave.

Hélas, cette idée négative de la politique s’instaure confortablement dans la mémoire collective, la présentant comme un fonds de commerce et un moyen de négocier sa place et défendre son beefsteak pour que le changement soit illusoire et que tout continue comme avant.

La Koutla démocratique et la Gauche marocaine, avec toutes ses sensibilités ont été considérablement affaiblies, depuis l’ère de l’alternance. Cela continue, avec des formes plus perfides, sans que la conscience des dangers d’une société dépolitisée et soumise ne secoue les décideurs politiques.

L’USFP, parti pendant longtemps majoritaire et dominant de la scène politique nationale, jusqu’au début de la décennie 90 du siècle dernier, est complètement discrédité et se trouve en chute libre, étant incapable, aujourd’hui, de former un groupe parlementaire n’eut été la «générosité» de quelques «bienfaiteurs». La droite administrative, représentée par les anciens partis et ceux de la dernière vague, revient en force et veut imposer son jeu politique, en jouant le rassemblement, basé sur le clientélisme et la phagocytose des partis qui peuvent amener le changement et osent crier leur différence, sous le faux prétexte du danger  islamiste et des menaces contre la Monarchie. Ces partis poursuivent leurs manœuvres politiciennes dont la finalité est de tuer toute aspiration à la démocratie et à la justice sociale et de faire reculer les avancées matérialisées par la Constitution de juillet 2011. A tour de rôle, des hommes puissants découvrent la politique et veulent devenir des leaders incontestés et semblent exceller dans l’art de la calomnie et de la négoce politique….

Une soumission presque totale…

Des rêves latents sont apparents et, sous le fallacieux motif de recomposition de la scène politique, l’on assiste à une véritable dépravation de la pratique politique, en inféodant les directions politiques soumises à de vils marchandages et aux chantages les plus inouïs pour faire plier toute résistance au projet de domestication des partis politiques.

Ce qui conforte l’idée que tout est entrepris pour faire éloigner toutes les citoyennes et les citoyens qui aspirent au progrès multiforme du pays, irréalisable sans véritable démocratie et autonomie politique. Car c’est le pluralisme politique (qualitatif et non quantitatif… il y a 36 partis politiques au Maroc !) qui est, en fait, dans le collimateur.

Mais les initiateurs de la nouvelle démarche ne peuvent ignorer que le séisme politique produit en douceur et l’inertie des principaux acteurs politiques et leurs formations, finiront par une véritable montée des revendications sociales et spatiales dont l’ampleur peut menacer la stabilité politique et sociale. Ils tablent sur l’étouffement des chances d’ouvrir une alternative politique progressiste qui implique les citoyennes et les citoyens.

Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil aux coups portés contre les mouvements sociaux (Al Hoceima, Jerrada, etc.) et les violences réciproques pour comprendre le prolongement les incertitudes possibles et imaginables qui trouvent une résonance dans tout le corps social.

Mais au lieu de revoir ces copies, l’on assiste à un grand bal de prétendus défenseurs de la patrie et des institutions qui se produit, au fil des jours, pour dénuer le droit à la différence et présenter la vision qui se veut dominante de la société, quel qu’en soit le prix.

L’amalgame est de mise pour taxer de traitres ceux qui tiennent à une valorisation substantielle de l’action politique, ou ceux qui réclament une vie décente.

Un sursaut salvateur passe par le regain de pans entiers de la population, notamment parmi l’élite politique du pays, et son retour à la pratique saine de la politique qui exclut la pléiade de politiciens de nos jours…

Rassembler au maximum

Car, par manque de sursaut salvateur, pourtant clamé par tous les partis politiques confondus, de la part de la classe politique et tout particulièrement son segment progressiste, le rapport des Marocains à la politique restera fondamentalement inchangé. La déception et le manque de confiance sont immenses et ravagent les esprits des citoyens. Ils ont pour résultat le boycott de tous les scrutins électoraux, laissant la voix libre à la manipulation et aux fraudes électorales de tous genres, même si d’aucuns démocrates estiment que globalement «la liberté de vote est respectée» ;;; dans les zones urbaines et beaucoup moins dans le monde rural…

Il en découle que de nombreux anciens militants sincères, qui assistent en spectateurs impuissants à cette évolution nuisible de la pratique politique,n’ont pas renoncé aux idéaux du changement démocratique.

Ils se comptent par dizaines de milliers ces femmes et hommes et les militants politiques, syndicaux, associatifs qui s’opposent à l’autoritarisme et à la remise en cause de la pratique saine de la politique et de ses acquis.

On ne le sait que trop, des militants sincères et assidus de la cause patriotique et démocratique ont quitté, au fil des ans, le navire partisan. La cadence de la séparation s’est accrue depuis 2007 plus particulièrement avec l’arrivée d’un nouveau parti politique, le PAM pour ne pas le nommer qui veut toujours mettre la classe politique sous sa tutelle. Il a fait appel et enrôlé de nombreux anciens «démocrates» portés aujourd’hui à sa direction et qui font le beau et le mauvais temps dans le bled. A coups de chantages et de règlements de comptes, ses dirigeants tablent sur le temps et la guerre d’usure pour faire fléchir les plus irréductibles des militants. Cela a accentué le phénomène d’abandon de la politique et les militants sincères dont les partis sont mis à genoux préfèrent vaquer à leurs occupations sans résistance aucune, dans la nature, et scrutent un deus ex machina qui leur permettrait de renouer avec l’action et l’engagement politiques.

Encore une fois, ne parlons pas de ceux qui ont «tourné leurs vestes» et pris le chemin de la «trahison» politique (j’inverse l’accusation…) en épousant les nouvelles idées de l’accaparement et de l’autoritarisme politiques et se sont retrouvés enrôlés pour de basses besognes. Mais de ceux qui ont gardé leur dignité d’hommes et de femmes et de militants désintéressés et qui assistent, dans l’impuissance à défaut d’alternative démocratique, à la dépréciation et à la dépravation de la chose politique.

Unitaire à tout prix ?

Le Parti doit tirer profit de cette situation et se démarquer par rapport à l’ensemble des formations politiques qui y fait face par un silence coupable. Il peut en faire un moyen de se renforcer en se présentant comme le grand rassembleur de toutes les forces mais aussi de toutes les individualités qui restent attachées aux valeurs de la démocratie et de la justice sociale.

Pour cela, que faire de l’expérience de la Koutla démocratique? Surtout après les revirements et les explosions qu’une majorité de ses composantes a connus.

A cette question, entre autres sur lesquelles le Xème Congrès doit se pencher, il est impératif que ces assises nationales apportent une réponse claire et nette, tout comme il s’agit aussi de définir la «Gauche plurielle», que l’on pourrait préconiser aujourd’hui?

Et si, à force d’avoir défendu bec et ongles le travail unitaire avec l’UNFP puis l’USFP ainsi qu’avec le Parti de l’Istiqlal, mais aussi avec des partis dits administratifs (autour de la question nationale). Le Parti en a payé un lourd tribut, et il a fallu de grands sacrifices et efforts pour qu’il soit reconnu à sa juste valeur et qu’il prenne la place de choix qui lui revient sur l’échiquier politique.

Les derniers positionnements du PPS et sa fidélité à ses alliances lui ont coûté une punition sans précédent. Le Parti assume et encaisse mais il se veut intraitable sur les principes et les valeurs de liberté, de démocratie et de justice.

Mais il n’y a pas lieu de rester isolé sur l’échiquier politique. Une reconstruction politique, autour de l’essentiel, doit regrouper toutes celles et tous ceux qui, conscients des enjeux et des menaces sur l’avenir du pays, entendent s’opposer aux actes autoritaires qui veulent mettre la main sur l’autonomie des partis politiques et instaurer la pensée unique.

C’est pourquoi il est indispensable, aujourd’hui, de s’ouvrir sur les autres composantes nées de la segmentation politique.

L’objectif est de redonner de l’élan et du souffle à l’action politique, en renouant le dialogue avec les anciens militants du Parti mais également avec ceux qui ont quitté le navire de la Koutla démocratique et même des formations d’extrême gauche.

Méfions-nous, il ne s’agit pas de céder aux poussées extrémistes mais de créer un cadre bien défini d’actions et d’engagement, loin des débats stériles, inféconds et des approches nihilistes auxquels nous nous sommes habitués et dont les réseaux sociaux foisonnent en ces temps de révolution digitale…

Il s’agira surtout de convaincre que la seule alternative, pour faire vivre l’ambition du changement démocratique, est l’union autour d’un programme très restreint mais ouvert à d’autres développements, une fois que la confiance mutuelle s’instaure.

Il faudra, si nous voulions changer et rassembler, changer également nos façons de fonctionner, en tant que Parti.

Il y a de grands espaces de dialogue pour construire des projets communs avec les acteurs du mouvement social. Il faudra aller vers eux.

Les militantes et les militants du Parti mais aussi ceux et celles qui ont à cœur le progrès démocratique et social doivent s’interroger sur les pratiques politiques, les nôtres, pour aller de l’avant et sauver le pays.

Il y a un grand besoin d’un effort de simplification et de clarification des enjeux en vue d’arrêter des choix cruciaux et courageux. Il faudra savoir poser clairement les grands problèmes qui rongent la société et décliner, de manière explicite et didactique, les objectifs que nous visons.

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One Comment;

  1. Mokhtar Homman a dit:

    Cher Mohamed. J’ai lu avec attention et beaucoup de plaisir ta contribution au débat. Je partage presque tout ce que tu écris, et je suis de ceux qui restent attachés aux valeurs qui ont animé mon militantisme au sein du PPS de 1978 à fin 2011. Tu écris : « Les derniers positionnements du PPS et sa fidélité à ses alliances lui ont coûté une punition sans précédent ». Je suis bien d’accord, et j’étends cette « punition » à l’affaiblissement de tout le camp progressiste, au désencadrement des luttes populaires, au silence d’un parti pris necessaire au développement et à l’unité du Maroc : le rôle qu’aurait dû jouer le PPS s’il était resté fidèle à ses principes, à sa ligne, à son identité. Mais le 10 Décembre 2011, le CC adopta une ligne CONTRAIRE à celle du Congrès, ce qui est illégal au regard des statuts et du devoir de préservation de l’identité et de l’offre politique singulière et nécessaire que portait le PPS pour le peuple marocain. La sanction de ce volte face était inéluctable : abandon de la gauche, coupure avec les syndicats et les travailleurs, assimilation du PPS à tous ces partis opportunistes et arrivistes, soumission sans contrepartie (sauf les postes ministériels) au PJD, qui se traduit aussi par un échec électoral. Le SG ira jusqu’à déclarer le 20 Mai 2016 que « le peuple de gauche vote désormais PJD » (rendant inutile le vote PPS ?) tout en prêtant allégeance/capitulation au PJD pour les élections de 2016 (communiqué du 16 Avril 2016). Tu as bien du courage et de l’optimisme en croyant que le 10e Congrès va s’attaquer aux questions que tu poses. Oui, au niveau du discours il y aura la même rhétorique, désormais surannée, répétition sans fin faute de pouvoir créer la discours d’AUJOURD’HUI. Mais je pense sincèrement que l’arrivisme et l’opportunisme dominent et gangrènent le PPS à tel point que rien ne changera dans le fond, sa gestion relevant davantage du clientélisme, de la politique politicienne, du pilotage à vue. Ce que le colonialisme et la repression n’ont pas réussi, détruire le Parti, l’organisation du PPS y est arrivée depuis fin 2011. Le PPS n’est plus le Parti, il est une organisation qui vit pour elle même, coupée des travailleurs, menant au Gvt une politique néolibérale aux ordres du FMI, anti populaire, privant le peuple d’une alternative progressiste, responsable et patriotique. Est-il étonnant que des mouvements de protestation spontanés et mal canalisés jaillissent dans tout le Maroc, fruits du ras-le-bol légitime des couches populaires ? C’est la signature même de du virage à 180 degrés opéré en Décembre 2011.

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