«Le modèle de développement souhaité devrait intégrer les valeurs de la solidarité, de l’éthique et du vivre-ensemble»

Entretien avec Ahmed Boukous, Recteur de l’IRCAM

Propos recueillis par Mohamed Nait Youssef

Comme à l’accoutumée, l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM) a célébré dernièrement le 19ème anniversaire du discours royal d’Ajdir. En effet, placée sous le thème «la promotion de la culture amazighe et l’accompagnement de ses producteurs, leviers du développement», la célébration de cette date historique est une occasion pour renforcer  les acquis de l’amazighe et s’arrêter sur  les grands défis auxquels face cette composante essentielle de notre identité.

«Concernant la situation de l’amazighe, on ne peut que souligner l’énorme progrès et les avancées notables enregistrés dans différents domaines prioritaires comme l’enseignement (primaire et universitaire), les médias, la culture et au sein de certains départements ministériels. Cependant, nous relevons également la persistance de contraintes, de blocages et de reculs, notamment dans le domaine de l’enseignement. Nous restons néanmoins optimistes», explique Ahmed Boukous, Recteur de l’IRCAM. Entretien.

Al Bayane: L’IRCAM a célébré dernièrement le 19ème anniversaire du discours royal d’Ajdir. De prime abord, comment se porte l’amazighe dans notre pays?

Ahmed Boukous: La commémoration du Discours Royal d’Ajdir est un événement phare pour notre institution en particulier et pour la nation marocaine en général. Ledit discours représente une date historique qui marque la reconnaissance officielle de l’amazighe comme composant essentiel de notre identité nationale. C’est aussi un moment qui permet à l’IRCAM de dresser le bilan de ses activités pour mettre en exergue les acquis et indiquer les manques. Concernant la situation de l’amazighe, on ne peut que souligner l’énorme progrès et les avancées notables enregistrés dans différents domaines prioritaires comme l’enseignement (primaire et universitaire), les médias, la culture et au sein de certains départements ministériels. Cependant, nous relevons également la persistance de contraintes, de blocages et de reculs, notamment dans le domaine de l’enseignement. Nous restons néanmoins optimistes. Il revient au pouvoir exécutif de mettre en œuvre les clauses de la loi organique relative à la mise en œuvre de l’officialisation de l’amazighe.

La rentrée scolaire de cette année était exceptionnelle avec la pandémie. Quid alors de l’enseignement de l’amazighe sachant que des associations, acteurs et activistes amazighs ont pointé du doigt le recul «considérable» et le mauvais état de santé de l’enseignement de l’amazigh dans l’école publique?

Effectivement, cette année constitue une exception à tous points de vue. La pandémie a eu, et aura probablement encore, un impact sur plusieurs secteurs. Les défaillances pointées par les uns et les autres sont une réalité qui impacte négativement la généralisation de l’enseignement de l’amazighe et le recrutement et la formation des enseignants. La «spécialisation» des enseignants de la langue amazighe n’est pas tout à fait respectée et certains enseignants se sont vus proposer d’enseigner des matières autres que l’amazighe en dépit des instructions adressées par M. le Chef du gouvernement aux institutions concernées. Prenant en considération les doléances émanant de différents acteurs, l’IRCAM a réagi en saisissant le ministère de tutelle. Il faut ici saluer comme il se doit l’engagement exemplaire des enseignants de l’amazighe car il est de nature à contribuer à arriver à bout de ces problèmes. La situation qui prévaut dans les départements et les filières d’études amazighes au niveau de l’université est non moins préoccupante. Les principales raisons en sont le manque d’enseignants, le non emploi des lauréats et la non implication des responsables de plusieurs universités dans l’ouverture aux études amazighes.

Quelles sont les nouveautés de l’IRCAM à l’occasion de la rentrée?

Comme toutes les institutions nationales et pour garantir les meilleures conditions de travail à son personnel, l’IRCAM a créé une commission Covid 19, chargée du suivi de l’évolution de la pandémie et veille à l’application des mesures préventives mises en place. C’est dans ce cadre que tout le personnel de l’Institut a passé un test PCR qui s’est révélé négatif lors de la reprise de service en septembre 2020. Rappelons aussi que l’IRCAM a apporté un soutien financier conséquent au Fonds Covid-19. L’IRCAM a par ailleurs relevé le défi, dans des conditions particulières, en organisant le Prix de la culture amazighe au titre de l’année 2019, en éditant un nombre appréciable d’ouvrages et en organisant des activités dont la célébration à distance de la Journée mondiale de l’enseignant le 5 octobre et la commémoration du XIXe anniversaire du Discours royal d’Ajdir le 16 octobre 2020. Il a aussi organisé des manifestations par vidéoconférence.

Aujourd’hui, il y a ce grand débat sur le nouveau modèle de développement. A votre avis, quelle place occupera l’amazighe dans ce nouveau modèle de développement? Et quelles sont vos propositions pour que cette composante importante de notre culture et de notre identité ait la place qui lui revient?

La langue et la culture amazighes sont l’expression de l’unité dans la diversité. Leur développement dans le cadre des politiques publiques à l’échelon national, régional et local est un levier de développement de la démocratie, du développement durable et de respect des droits humains. Les acteurs et les promoteurs de la culture amazighe devraient, dans ce sens, participer au nouveau modèle de développement culturel du royaume. A notre sens, le modèle de développement souhaité devrait intégrer les valeurs de la solidarité, de l’éthique et du vivre-ensemble. Sans verser dans la nostalgie du communautarisme, nous pouvons affirmer que ce sont des valeurs que porte l’amazighité. Rappelons que l’IRCAM a adressé à la commission idoine une note détaillée dans ce sens.

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