Abdellah Amrani, un artiste tout simplement…

Le théâtre national est en deuil ! Abdellah Amrani est décédé mardi 14 mai 2019 à l’âge de 78 ans. Alors que les comédiens fêtaient ce jour-là, la journée nationale du théâtre, l’information de son départ est tombée comme un couperet. L’homme de théâtre est parti en silence après un long combat contre la maladie.

Issu d’une famille conservatrice, Abdellah Amrani s’est toutefois laissé toujours guidé par sa passion jusqu’aux derniers jours de sa vie. À l’école, il dégageait un engouement et un intérêt pour le théâtre et la scène avant de rejoindre la troupe « Al amal » (espoir) avec Mohamed Hassan Al Joundi, Malika El Omari et d’autres comédiens.  Très jeune,  le fils prodige de Marrakech a fait ses premiers pas dans le domaine théâtral en intégrant en 1959, à l’âge de 18 ans, une école de recherches théâtrales où il apprit, après trois ans de formation, les grandes de leçons et bases du père des arts.

Il fit une entrée en force avec la troupe du « Théâtre national » créée en 1952 et constituait  à l’époque une pépinière et une véritable école regroupant une belle brochette de comédiens et d’acteurs, entre autres Mohamed El Jem, Aziz Maouhoub, El-Hachmi Benamar, Nezha Regragui ou encore Malika El Ammari.

«Abdellah Amrani est parti lors de la journée nationale du théâtre. Un jour qui a pour nous une portée symbolique. Tout se passe comme s’il avait quelque chose à nous dire, un message à nous confier, implicitement bien entendu. Cet artiste a beaucoup  donné à la scène nationale. Il a su jouer avec brio tous les personnages qu’il avait interprétés et les rôles qu’il avait incarnés   avec beaucoup de profondeur  et de professionnalisme», témoigne  le dramaturge marrakchi, Abdeljabar Khoumrane sur le départ d’Amrani.

Le défunt, juge-t-il, distinguait avec beaucoup d’intelligence entre le jeu sur les planches, à la télévision et dans le cinéma. «Il n’acceptait pas de jouer dans n’importe quel spectacle. Il choisissait minutieusement ses rôles dans les pièces.  Des rôles qui dégagent une sincérité inouïe et un travail professionnel sur tous les plans. C’est un modèle à suivre pour les jeunes artistes. C’est un nom qui s’est formé dans la  troupe du « Théâtre national » et qui a marqué le théâtre national avec sa voix, sa posture, sa présence et son jeu  hors pair», nous a confié  Khoumrane.

Sa première apparition effective dans le théâtre s’est faite dans la pièce «le dernier chapitre» écrite par Aziz Seghrouchni et réalisée par le monstre sacré, Tayeb Saddiki. «Il était l’exemple de comédien qui ne passe pas inaperçu dans les travaux artistiques sans laisser son empreinte. Un homme qui avait des valeurs et  qui aidait les jeunes. Parmi les personnages qui marqueront le public, le personnage d’Abû Hayyân al-Tawhîdî  joué dans la pièce de Tayeb Seddiki », ajoute Abdeljabar Khoumrane. Après de longues années de travail rigoureux, le défunt a joué dans des pièces adaptées de Molière et de William Shakespeare. En 1969, il a décroché le Prix du meilleur acteur au 1er festival africain tenu en Algérie. Après un passage réussi dans le théâtre radiophonique, l’étoile d’Amrani a brillé dans les cieux du cinéma et de la télévision en jouant dans des films connus mondialement  dont le long métrage «Lawrence d’Arabie» réalisé par David Lean, «Al Rissala» réalisé par Moustapha Akkad, «Zeft» de Tayeb Saddiki… Une carrière époustouflante…

Mohamed Nait Youssef

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