«La philosophie doit être au devant de la scène»

A-t-on besoin de la philosophie, aujourd’hui? Quelles sont les tâches des philosophes et des penseurs des temps actuels? Quid de la philosophie et de la pensée philosophique au Maroc ? Où en sommes nous de la philosophie à l’ère du numérique et du triomphe de la technologie?  Ces questions et bien d’autres ont été posées lors d’une rencontre avec le penseur et philosophe marocain Mohamed Mesbahi organisée, jeudi 21 mars à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi à Rabat,  par le Centre d’études et de recherches Aziz Belal (CERAB) en partenariat avec le Centre interdisciplinaire de recherche en performance et compétitivité.

Le recours à la philosophie et à la pensée critique est désormais une urgence dans le contexte actuel. La problématique qui se pose, c’est la  régression des peuples arabes due essentiellement à l’absence de la philosophie, explique Mohammed Chiguer, président du Centre d’études et de recherches Aziz Belal (CERAB).

Selon lui, cette rencontre s’inscrit dans le cadre du programme du centre qui s’ouvre sur une approche participative avec tous les acteurs culturels, politiques, économiques et sociaux afin de trouver des pistes de réflexion et d’échange de visions.

Dans cet esprit, des études seront publiées prochainement sur les différents sujets afin de contribuer à l’enrichissement des débats  sur les différentes thématiques qui touchent la société marocaine.

Pour le vice-président du CERAB et modérateur de la rencontre, Oualalou Hafid, ce besoin de la philosophie est important pour les étudiants et les amoureux de la sagesse qui veulent lire la réalité marocaine sous le prisme philosophique.  «Le besoin de la philosophie et la nécessité de se poser des questions sur les différentes problématiques et sujets actuels constituent un pilier pour penser autrement et construire une véritable société sur tous les plans», a-t-il dit.

Mohamed Mesbahi est l’un des penseurs marocains qui ont travaillé sur Averroès (Ibn Rochd) avec d’autres lunettes. Pourquoi le nom de ce philosophe a-t-il toujours été associé à Mesbahi? «Je m’intéresse beaucoup à Ibn Rochd parce que je suis d’abord un amoureux de la rationalité et  j’apprécie l’ouverture de ce philosophe sur le monde.  Je le considère comme un modèle pour ouvrir la charia sur le reste de la pensée et la philosophe grecques», a-t-il confié.

A-t-on besoin de la philosophie?

Pour Mesbahi, la philosophie n’est pas uniquement une matière d’enseignement, une philosophie des slogans, mais une manière de penser, de poser de nouvelles questions et de réfléchir  sur les divers sujets. Penser, c’est se poser des questions, de bonnes questions bien évidemment.

«La philosophie est vitale pour l’humain. Tout le monde peut être philosophe. La philosophie existe dans toutes les actions et tous les projets. Mais la philosophie a cette capacité de  s’aventurer dans la critique des évidences, des postulats  et se penche sur les questions dans leurs profondeurs», a-t-il expliqué. D’après l’intervenant, la misère de la réalité a  besoin de la philosophie.

Alors dans les temps modernes, peut-on parler d’un sens de la philosophie avec la révolution technologique?

Cette révolution a  changé le destin de l’humanité, précise  Mesbahi dans son intervention. Selon lui, tout est éphémère dans la technologie. Certes, explique-t-il,  la technologie a des retombées bénéfiques, mais elle a envahi des peuples et des Etats. En d’autres termes, la  technologie a remplacé l’homme. «Aujourd’hui les réseaux sociaux ont guidé les peuples. Donc le temps des partis politiques, des syndicats, des institutions est révolu», a-t-il fait savoir. Et d’ajouter : «la révolution technologique et le capitalisme farouche menacent l’existence humaine et la terre. Dans cette optique, la philosophie doit poser de nouvelles questions dans cette ère actuelle de la technologie. C’est désormais une urgence», a-t-il affirmé.

Et le Maroc dans tout ça?

La dominance du discours métaphasique et l’envahissement de la technologie tirent notre pays vers le bas, de même que l’absence du logos et l’effondrement des valeurs humaines, a-t-il souligné. D’après l’intervenant, la dimension politique est présente dans la réflexion des penseurs et des philosophes marocains en faisant une double critique du patrimoine ou de la modernité.

Selon lui toujours, il faut renouveler les questions, les concepts et les visions pour faire face aux enjeux. «Il faut jeter un nouveau regard sur la philosophie et la réflexion. Nous voulons une philosophie, une méthode de penser pour renouveler les questions afin de  trouver une solution aux problématiques actuelles», a-t-il rappelé.  Pour Mesbahi, il est temps de créer un centre pour la philosophie.

Mohamed Nait Youssef

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