L’école de Si Ali

Par: Abdeslam Seddiki

«Journalisme et politique, l’expérience de Ali Yata», tel est le thème de la table ronde organisée vendredi dernier par la Fondation portant le nom du défunt Ali Yata pour célébrer le 20ème anniversaire de sa disparition.  Pour sa première sortie publique, l’institution que préside le camarade Ismail Alaoui a réussi le pari. Ce fut une occasion idoine pour remonter dans l’histoire contemporaine du Maroc à travers cette dialectique concrète «politique et journalisme», deux jumeaux inséparables pour reprendre l’expression abondamment utilisée par les animateurs de cette rencontre.

Ce qui a rendu cette rencontre attrayante et féconde c’est justement la qualité des intervenants qui sont loin d’être des néophytes en la matière. Les deux connaissent bien la matière et savent de quoi ils parlent. Qu’il s’agisse de Mohamed Berrada, ancien Directeur de Sapress et compagnon de lutte de Ali Yata ou de Khalil Hachimi Idrissi Directeur général de la MAP et journaliste talentueux, les deux ont vraiment gratifié l’assistance par leurs interventions à la fois concises et pertinentes.  Ils ont pu, chacun àsa manière, restituer des séquences de l’expérience de Si Ali qui mérite vraiment d’être enseignée dans les écoles et instituts de formation des journalistes. Une expérience forgée dans la lutte pour l’indépendance d’abord et prolongée durant l’indépendance politique pour asseoir les bases de la démocratie, de la justice sociale et de l’Etat de   droit.

Pour Ali Yata, le journalisme fut un moyen de donner plus de sens à l’action politique. Ce n’est pas un journalisme «gagne -pain» pour ainsi dire. Ecrire, c’est d’abord soutenir et défendre une cause, une idée, un projet. Et c’est cette forme de journalisme, «professionnel et politique», qui a dominé le champ médiatique des décennies durant et que d’aucuns appellent par raccourci la presse partisane. Ce journalisme-là, fait avec le minimum de moyens, était d’une efficacité remarquable. Un simple éditorial écrit par Si Ali, comme il en avait l’habitude, pourrait à lui seul créer l’événement dans la vie politique!

Les missions assignées au journalisme étaient d’abord politiques : s’intéresser aux affaires de la cité,défendre les intérêts de le nation, populariser les positions du parti  et les porter à la connaissance du public sans pour autant verser dans le sectarisme et le clanisme, contribuer à l’éducation de la jeunesse en faisant barrage aux idées rétrogrades et à l’obscurantisme, soutenir et défendre les causes  des peuples  opprimés et les mouvements de libération de par le monde…

Ce journalisme s’appuie d’abord sur les militants et leur engagement. A côté de Si Ali comme chef d’orchestre, il y avait toujours un groupe de militants qui faisaient la Une du journal Al Bayane dans les deux langues.  C’est l’occasion de rendre un hommage particulier à tous ceux qui nous ont quittés. Je pense tout particulièrement à Nadir Yata et sa rubrique «Mais dit l’autre», Mohamed Ferhat, alias Abou Mounia, et sa rubrique «A chaque jour suffit sa peine», Mimoun Habriche, alias Hachem, et sa rubrique «A propos», Mohamed Anik et sa rubrique judiciaire.  Nous ne pouvons omettre le rôle joué par les figures de proue et les dirigeants historiques du parti : Abdeslam Bourquia qui écrivait sous le pseudonyme de «Abou tha3laba», Abdellah Ayachi, Simon Lévy, Chouaib Rifi, Aziz Belal, Abdelmajid Douieb et d’autres… Ils faisaient tous de l’écriture une arme politique. Pour eux, écrire c’est exister. Politiquement s’entend.

Les générations actuelles, au PPS et ailleurs, gagneraient à connaître et à méditer le parcours de ces militants qui nous ont légué un patrimoine inépuisable et immortel. Il est grand temps de revenir aux fondamentaux et de suivre la voie des sages, la voie des Grands.On n’y insistera jamais assez par les temps qui courent…

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