L’inédit et le non-dit

Ici et ailleurs, l’événement majeur reste la crise sanitaire provoquée par le coronavirus Sars-Cov-2. La circulation du virus et les atteintes, parfois mortelles, semblent s’accélérer alors que le perfide froid automnal commence à se faire sentir.

Inédite, cette épidémie déconcerte tout un chacun dans sa vie quotidienne car de nombreuse habitudes, devenues des reflexes dans le comportement des personnes, ne sont plus de mise. Un effort de vigilance est requis à tout moment. Cela s’ajoute aux difficultés rencontrées dans un modèle de développement qui se cherche encore…

Inédite aussi, cette manière de nos gouvernants d’aviser la population au dernier moment de leurs décisions imposant des mesures restrictives au vu de l’évolution de la situation épidémiologique. Si la décision ne se discute pas, son annonce tardive ne prend aucunement en considération le trouble de la population à qui elle est destinée.

Bousculée par la covid19, elle l’est encore plus faute de répit pour l’affronter plus efficacement. Tout est bouleversé dans «la petite cervelle» des gens car les «grands cerveaux» semblent avoir été pris au dépourvu ! Dans ce genre de situation, c’est l’humour qui fait vaincre l’inquiétude. Sur le dos du gouvernement.

Inédit aussi ce débat au sein du gotha sur la loyauté des uns, au moment où le voyage à l’étranger est restreint pour tous les autres. Le non-dit dans cette controverse est le pourquoi de cette soudaine «prise de conscience» alors que la chanson de Rolland, entre autres, n’est plus apprise sur les bancs de nos écoles et que les sarrasins d’aujourd’hui ont d’autres préoccupations pour se réconcilier avec leur mode de développement.

Inédite aussi, la préparation de la «rentrée scolaire» où la pratique de «la patate chaude» n’a pas pu maintenir la poussière accumulée sous le tapis du ministère au plus long acronyme. Que de tergiversations qui feront dire à un observateur averti «que c’est l’école qui prend jour après jour ses distances».

De l’inédit aussi dans les affirmations qui veulent dorés et déjà annoncer la couleur de l’après 2021, comme si les élections ne sont qu’une formalité.

Les uns, comptant sur le stock des voix acquis par le «laissez-nous faire pour vous» religieux, veulent rebeloter pour satisfaire leurs propres desseins. Considérant l’ensemble des marocains pour insensible aux ratages et échecs du présent, ils misent sur l’abstention et la faiblesse des autres. Ni justice, ni développement, ils n’ont aucune vision pour consolider le processus démocratique et la transformation sociale et s’adaptent confortablement pour eux à toute orientation socioéconomique dictée.

La misère et la stagnation politique sont les deux mamelles nourricières de leur stock électoral ; et ils s’y accrochent. Ils ne peuvent rétropédaler pour imposer leurs dogmes rétrogrades, mais se font dociles dans le discours et le comportement. Leurs cohortes électroniques sont mobilisées pour diffamer, insulter et enfoncer le clou sur l’inefficience des partis politiques et leur inutilité. Par cela, ils veulent parasiter l’audition de toute annonce progressiste, réaliste et démocratique.

D’autres croient déjà qu’ils sont dans une alternance qui se prépare. L’épreuve du covid19 et la mise à nu des insuffisances et dysfonctionnements relevés par l’affrontement de l’épidémie poussent à rénover le modèle de développement avec une politique sociale affirmée pour réduire les inégalités sociales et corriger les disparités spatiales. Une rupture avec le néolibéralisme débridé, et une relance dynamique où l’intervention de l’Etat est requise «pour réguler et corriger les dérives du marché» avec un zeste de considération pour «les facteurs non économiques du développement», ne peuvent que préparer l’émergence du pays et consolider le processus démocratique. Le centre gauche est déjà dans l’air.

Seulement de tout cela, rien ne se fera si les échéances électorales ne sont pas envisagées avec une participation de la population, une clarification politique et un renouvellement de l’élite où l’élégérocratie de la fin du siècle dernier est éloignée. On ne peut pas prendre les mêmes et dire que le changement est imminent…

Ainsi se déroule une «rentrée» sous la menace du covid19 et où l’inédit et le non-dit marquent une situation en devenir qui, lui-même, ne peut être qu’inédit alors que le non-dit à son propos sert à maitriser la conjecture.

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