«Mettre en musique l’économique, le social et le politique»

Un des artisans du programme économique du PPS, Abdelouahed Souhail, qu’Al Bayane et Bayane Al Youame ont rencontré à quelques semaines du Xe Congrès National du parti du Livre, ôte le voile sur la philosophie économique du PPS et détaille sa vision économique et sociale.

Al Bayane : -Comment peut-on présenter aujourd’hui le programme économique du PPS? Et qu’est-ce qui le distingue des programmes des autres partis?

-Abdelouahed Souahil : A mon avis le diagnostic de l’économie est fait à plusieurs niveaux aussi bien par des instances nationales qu’internationales, notamment, le Haut commissariat au plan ou la Banque mondiale. Il y a une certaine littérature économique et il y a un certain nombre de choses sur lesquelles on ne peut pas diverger, en l’occurrence, le taux de croissance et autres indicateurs économiques. Maintenant, où se trouve la divergence ? Et qu’est-ce qui pourrait faire que les programmes peuvent se ressembler?

La ressemblance se manifeste dans la mesure où les gens qui produisent ce genre d’analyses apportent eux-mêmes un certains nombre d’idées dans l’objectif de répondre à la question : « Comment peut-on améliorer ? ».

On a entendu parler de la panne du modèle économique dans un discours royal. Le PPS en avait parlé lors de son sixième congrès national. La CGEM et d’autres acteurs politiques et économiques dans ce pays ont abordé cette question.

Dans les faits, cette panne consiste dans une croissance erratique, qui n’est ni soutenue, ni auto-entretenue. La croissance qu’a connue le pays dernièrement est tirée, essentiellement, par la demande intérieure à savoir la demande publique (investissement) et la demande de consommation soutenue par une certaine amélioration du pouvoir d’achat des populations sur les vingt dernières années. Ainsi, l’augmentation de la demande nationale a tiré la production engendrant par conséquent un taux d’investissement important, il est à peu près de 34%, mais quels sont les outputs ? Autrement dit, qu’est ce qui en sort ?

Il en sort, dans un premier lieu, que la croissance économique reste faible comparativement à l’effort fourni en matière d’investissement qui a essentiellement concerné les infrastructures avec un faible impact direct sur la production.

Dans un second lieu, l’actuel modèle de développement a élargi le gap entre, d’une part, une toute petite partie de la population qui s’est énormément enrichie, et une autre partie de la population qui a pu maintenir son niveau de vie avec des améliorations et, d’autre part,  des millions de Marocains qui sont hors circuit. Ceux-ci endurent soit la pauvreté soit la précarité. Ce qui a créé des disparités sociales et spatiales qui se manifestent aujourd’hui par une demande sociale très forte comme c’est le cas à titre d’exemple à Jerada ou à Al Hoceima et qui se manifeste de manière tout à fait légitime dans d’autres coins du Maroc.

A Jerada ou à Al Hoceima, il s’agit d’une problématique globale de développement  de région ou de ville. Dans d’autres endroits, cela se traduit par des failles au niveau de l’école, l’hôpital, le manque d’eau, l’isolement, les intempéries, l’absence des infrastructures. Ce sont, entre autres, des régions qui ont été ignorées par l’effort d’investissement fourni, pourtant, par le pays laissant pour compte une jeunesse sans perspectives.

Le problème de l’emploi est assez lourd à porter par cette jeunesse et par le pays. Les problématiques se situent aujourd’hui au niveau de l’école publique, de la qualité de l’enseignement public, des prestations de santé, de la gouvernance, des rapports entre les citoyens et l’administration, des interférences entre les différents pouvoirs. Toutes ces questions, qui font partie intégrante du développement économique et des besoins de la société, posent problème.

A la lecture des différents programmes des partis politiques, l’on s’aperçoit nettement des différences des approches. Même si plusieurs partis politiques tiennent le même discours, chacun a sa manière. Plus encore, il y a des partis politiques qui sous-traitent  leurs programmes à des experts et d’autres qui, comme le PPS est en train de le faire actuellement, les mettent à discussion publique avec l’éclairage des experts. Cet éclairage a pour vocation de répondre à la question : quel notre projet de société ?

 Nous pensons que nous avons un programme, qui se recoupe, sur certains aspects, avec ceux d’autres formations politiques. Or, pour nous la finalité sociale est le but de la croissance. L’objectif est de parvenir à rendre la vie plus digne, plus supportable et la moins malheureuse, pour ne pas dire la plus heureuse possible pour les citoyens.

Alors, il y a ceux qui croient qu’on peut le faire uniquement par le  jeu du marché et ceux qui disent que cela ne peut pas être fait uniquement de cette manière.

-Mais, avec quels leviers? Comment est-ce que l’Etat pourrait agir sur l’économie?

-Généralement, c’est un fait de culture. On est dans un mode de réflexion patriarcal. L’Etat est vu comme étant un chef de famille, un père à qui les enfants demandent de résoudre tous les problèmes. A la limite, il y a une idée selon laquelle l’Etat dispose de tous les moyens, mais en fait l’Etat c’est quoi ? L’Etat que nous voulons est un Etat démocratique, donc un Etat qui appartient aux Marocains, qui est-là pour les servir. Il a pour rôle de les défendre, de leur procurer le bien-être, de les éduquer, de les faire progresser, de gérer la solidarité en eux, de faire régner la justice, la justice tout court et la justice sociale. Il est redevable d’un certain nombre de politiques publiques qui lui sont demandées.

Alors, je suis perplexe devant cette attitude qui, d’une part, pense que l’Etat peut tout faire et, d’une autre part, d’un Etat qui dit ne pas vouloir interférer dans l’économie.

Bien sûr qu’on ne veut pas d’un Etat bolchevique, mais on veut un Etat qui réponde à ses missions suscitées.

Ainsi que développer l’économie en lui donnant plus de force, autant que faire se peut, de la faire rayonner, de la faire progresser, de créer de nouvelles activités, de la rendre diversifiée au lieu qu’elle soit redevable à une ou deux activités. Or, nous sommes face à un Etat qui ne veut plus planifier et qui, à un certain moment, a considéré que le plan ne rime à rien. Alors qu’aujourd’hui dans n’importe quelle entreprise on ne peut pas travailler sans planification.

Je pense que la planification n’est pas seulement un exercice technocratique ; c’est un exercice destiné à poser les problèmes dans un débat social au sein des institutions démocratiques avec le recours aux experts pour convenir de quel Maroc nous voulons en 2030 ? Quel est l’objectif industriel pour 2030 ? Qu’est-ce qu’on veut faire de l’agriculture en 2030 ? Que va devenir le tourisme en 2030 ? Combien d’ingénieurs nous allons sortir en 2030 ? Combien de médecins ? … Le taux de croissance visé à ce niveau-là ? etc.

Tout cela ne peut pas être induit. On décide des politiques et on pense que ces politiques vont donner certains résultats. Or, cela ne se passe pas de cette manière ! On a un taux d’investissement qui est de 34% et on a un taux de croissance de 2,9% ou 3% alors qu’on peut réaliser 6, 7 ou 8% à condition qu’une autre manière de faire l’économie soit mise en place.

Aujourd’hui, il y a un énorme problème au niveau du pilotage de l’économie nationale. Qui pilote celle-ci? Les institutions internationales ? Le gouvernement ? Est-ce que c’est le plan stratégique sectoriel qui a la commande ? Et quelles convergences entre toutes ces politiques publiques économiques et sociales ?

Ce sont de grandes questions liées à cette fameuse panne du modèle de développement. Il faut qu’on puisse travailler dans une certaine convergence et qu’il ait synergie et cohésion entre ces différentes politiques.

Malgré le fait qu’on a des élections tous les cinq ans, et par conséquent un changement constant de majorité, on peut parfaitement atteindre ces objectifs grâce à un pacte social résultant d’un consensus social fort. C’est-là où un système politique devient intéressant.

-Tout le monde s’accorde à dire que l’actuel modèle de développement s’est essoufflé. Or, les instituions économiques, statisticiens et conjoncturistes (publics et privés) comme le HCP, BAM ou encore le CMC, n’arrivent toujours pas à tracer le dessin de ce nouveau modèle avec lequel on va remplacer l’actuel basé sur la demande intérieure comme moteur de croissance?

-Les trois organismes que vous avez cités n’ont pas vocation à définir des politiques publiques. Le HCP relève de l’Etat, mais ce n’est pas à lui de définir des choix politiques. Des organismes comme Bank Al Maghrib, qui ont une vision concernant la gestion de la politique monétaire et, également, la politique budgétaire, doivent aider. Et, il ne faut surtout pas oublier les bailleurs internationaux. Eux aussi, ont leur mot à dire. Non seulement leur mot à dire, mais ils imposent parfois des conditions pour l’accord d’aides ou de prêts.

Il y a quand même quelque chose de paradoxal. On a privatisé des secteurs d’activité. On a vendu des banques, je me demande pourquoi on vend une banque ? Parce qu’elle gagnait de l’argent ! En plus de jouer son rôle, je ne vois pas qu’est-ce qui a changé après la privatisation de la Banque populaire ou qu’est-ce qui a changé avec la privatisation de la BMCE ?

Une partie de Maroc Télécom, qui était dans une activité concurrentielle porteuse, a été cédée au privé. Qu’est-ce qu’on a fait avec cet argent ? On a construit des autoroutes et des ports… Ainsi, on a effectivement équipé le pays. Mais, la rentabilité des autoroutes et des ports ne tient que si on grève sur eux une activité porteuse de sens, qui produit des biens et des services, qui industrialise le pays et qui développe des activités de service et de commerce.

L’on retrouve ce constat dans la thèse de Aziz Bélal, qui est vieille puisqu’elle traite de la politique du protectorat, mais reste d’actualité car depuis les années 2000 on met en œuvre, pas à la même échelle, la même politique.

Les gouvernements qui se sont succédé avaient investi dans l’infrastructure et très peu dans l’activité directe. On interdit, au nom peut-être d’une croyance idéologique, à l’Etat d’être présent.

A titre d’exemple, il y a eu création de sucreries. On avait développé quelque chose qui n’existait pas, une industrie agroalimentaire liée au sucre qui est un bien fondamental dans la consommation des Marocains.

Aujourd’hui, les sucreries sont privatisées, alors qu’ils avaient pu créer un rapport avec les paysans, avec les cultures…Il aurait peut-être fallu investir cet argent dans d’autres activités industrielles productrices étant donné que le privé est frileux. Ce qui n’a pas été fait. Et aujourd’hui, si on prend tout l’argent du Fonds Hassan II et qu’on le met dans les autoroutes ou dans les hôtels, on mettra beaucoup de temps pour qu’il y ait un retour sur investissement.

On va vendre les autoroutes après, et les aéroports…Et on va les vendre pour faire quoi ? Pour payer les fonctionnaires ? Est-ce cela le modèle de développement ?

-Est-ce qu’on peut comprendre de ce que vous dites qu’il est temps de marquer une rupture avec la libéralisation sans discernement ? Est-ce qu’il est temps pour l’avènement d’un Etat développeur?

-C’est clair. Je pense qu’on a eu tort de soustraire à l’Etat sa mission de développeur, d’investisseur. Il continue d’avoir, heureusement, encore le phosphate. Et certaines personnes ne veulent pas que l’Etat ait le monopole du phosphate. Demain, qui sait, peut-être que certains exigeraient, également, la privatisation de ce secteur névralgique.

La Samir bon sang ! Comment un investissement pareil, un monopole, puisse sombrer de cette manière en quelques années ? Et sans filet. Sans qu’il y ait la moindre possibilité de recours de l’Etat. Un problème qu’on veut, aujourd’hui, régler par un syndic et un tribunal. Résultat : on paie le prix de l’essence, aujourd’hui, à la pompe.

-Certains économistes estiment  qu’il ne peut y avoir émergence d’un nouveau modèle de développement sans industrialisation de l’économie nationale. Dans ce sillage, quel bilan peut-on dresser du Plan d’accélération industrielle qui souffle durant ce mois d’avril sa quatrième bougie? Etant donné, comme l’a bien dit François Pérou, que «l’industrie vaut plus parce qu’elle promeut que parce qu’elle produit», est ce que ce plan sectoriel a réussi  à densifier le tissu économique?

-Vous posez un certain nombre de questions, on va les cerner. D’abord, pour ce qui est de l’industrialisation du pays. Les choix ont porté sur l’automobile et l’aéronautique, comme le textile qui a joué par le passé un rôle important dans l’industrialisation du pays, et on ne sait pas dans quel état il se trouve aujourd’hui d’autant plus que le ministre n’en parle jamais.

Maintenant, laissons de côté l’aspect communication. Récemment, on a parlé d’une usine de pneumatique à Tanger, que les Coréens devaient installer, alors qu’on a déjà fermé deux usines marocaines de pneumatique à Casablanca.

Vraisemblablement, aujourd’hui, les investisseurs marocains n’ont ni l’envergure ni l’envie d’entrer dans des domaines très compétitifs, comme ceux de l’automobile ou de l’aéronautique. Ils le feront uniquement s’ils sont accompagnés par des groupes. Par contre, ce qu’ils savent faire ce sont les finances, les assurances qui sont des secteurs totalement rentiers. Comme l’immobilier, d’ailleurs, et la distribution de l’essence qui est une pure rente. La rente c’est le fait de ne pas avoir beaucoup de difficulté à écouler sa marchandise et de profiter d’une aubaine. C’est une aubaine. On a une population en croissance, un parc automobile suivant le même trend et les facilités de crédit qui suivent…

-Est-ce que vous êtes en train de pointer du doigt un certain capitalisme de connivence de plus en plus influent sur le pouvoir politique et qui développe une certaine économie parasitaire qui ne fait que de l’importation détruisant par conséquent le tissu économique national?

-La question que j’ai posée au début : on a un état démocratique, on a des partis élus, mais est-ce que cet Etat aujourd’hui a les moyens d’agir sur la régulation ? Je reste convaincu que même si l’Etat le veut, demain on va prendre toutes les décisions possibles et imaginables, certaines problématiques persisteront. Je pense que la société a créé une économie qui échappe au contrôle de l’Etat. Plusieurs questions sont à poser, du genre : est-ce que vous n’avez pas cette crainte ? Est-ce que l’informel n’est pas tellement implanté au Maroc aujourd’hui jusqu’au point qu’il est devenu très difficile à éradiquer ?

Il faut dire que la problématique de l’informel, qui n’est pas propre au Maroc, concerne tous les pays qui sont au même stade de développement. Le développement chasse une partie de la population rurale essentiellement de son activité essentielle. Aujourd’hui, on a 40% des personnes qui vivent dans le monde rural contre 1% en France.

Aujourd’hui, on a des pays qui roulent à 10-15%. C’est un problème qui se pose aux Chinois, aux Indiens, aux Brésiliens, à nous…l’Egypte n’en parlons pas. Donc, ces gens chassés de leur gagne-pain, cela a commencé déjà depuis la colonisation quand la population rurale était de plus de 70% et de 65% au lendemain de l’indépendance.

Puis, aujourd’hui, on est à 40%. Nous ne créons pas d’activités qui peuvent absorber le monde informel. Ce qui conduit des pans de la société à venir créer leur propre activité. Il s’agit des «farachate» (vendeurs à la sauvette), les gens qui se débrouillent jusqu’à des usines carrément clandestines. Même dans des boites structurées, il y a de l’informel.

C’est pour cela que le fisc les attrape de temps à autre et il fait réintégrer les choses.  L’informel ressemble un peu au concept de «Blad Siba». Autrement dit, c’est une situation qui est née et qui s’est développée à la faveur de contingences politiques et sociales durant tout le règne de Hassan II. On ne va pas tirer sur les «farachate», mais évidemment on ne peut pas régler leur problème en 3 ou 6 mois.

De même que les habitations insalubres, on ne pouvait pas résoudre ce problème d’un seul coup. Il fallait une vision, une planification et une mise en œuvre pour essayer d’intégrer tous ces gens-là.

On a déjà un problème avec les PME qui aspirent à rentrer dans l’Etat de droit économique et social. Donc, cela fait partie d’un processus, mais ne doit pas être sans fin. Si on ne fait rien, les problèmes vont se développer encore plus.

Vous pouvez régler cette problématique si vous avez une vision et un plan d’action, si vous avez un Etat de droit où il n’y a pas de corruption, où la régulation est bonne, où l’Etat est respecté parce qu’il est respectable et parce qu’il impose la norme de par la loi, si vous avez un système démocratique et vous n’avez pas des clients à qui on fait refiler des passes droit etc.

Vous voyez bien qu’à chaque fois qu’on parle d’économie, l’on interfère sur le social et sur le politique et sur les aspects de gouvernance. Tout est lié. Et tout cela doit être mis en musique d’ensemble. C’est pour cela que nous parlons de ce souffle démocratique nouveau.

-Qui doit être l’instigateur de ce nouveau souffle ? Qui peut donner le LA?

-Je pense que c’est la responsabilité de tout le monde. La monarchie a un rôle important, c’est une institution centrale. Je crois que les discours royaux ne sont pas exempts d’une certaine note critique, et même d’une certaine indignation devant cette situation.

Il faudrait qu’on puisse travailler ensemble. Tous les acteurs politiques. Il ne suffit pas de constater, il suffit de coopérer pour essayer de sortir dans une vision, dans une planification, dans une coopération, dans le respect des institutions et de la Constitution.

On ne cesse d’évoquer le développement inclusif comme une réponse aux problématiques que vous venez de soulever. Comment le PPS voit ce développement inclusif qui doit répondre à deux problématiques, à savoir, celle  de la concentration des richesses et celle des creusements de disparités territoriales et spatiales?

-Sur le papier, on a les outils. On a une superbe belle Constitution, une administration qui recèle des problèmes, mais qui recèle également de compétences.

Nous avons une vie démocratique qui, comparativement à d’autres pays ayant  le même niveau de développement, reste absolument tout à fait honorable. Et ce, malgré toutes les imperfections que nous constatons. Nous avons des régions qu’il faudra doter de compétences. Nous avons également une société civile.

Mais, est-ce que tout ceci, tout ce que nous avons, a été correctement conçu ? Quel est le rôle, extrêmement important, de l’Etat, pas l’Etat qui se trouve à Rabat, mais l’Etat qui se trouve dans le territoire, les walis, les gouverneurs, les caïds… Tous ces gens-là qui sont au point de jonction de la vie des citoyens, politique, économique, sociale et culturelle. Quel est leur rapport aux élus ? Quelle est la place des élus ? Leurs compétences ? Quelles sont les déviations au niveau de la vie politique ? Quand vous achetez des voix, quand les élections sont une foire à l’achat de voix, quand les élus pensent qu’ils ne doivent rien aux électeurs, c’est un sacré problème…

Je ne dis pas qu’il faut que tout le monde soit beau, soit gentil pour qu’on se développe. Il faut en même temps travailler ensemble et corriger.

Le développement inclusif ne peut pas se faire sans une solidarité à l’échelle nationale. La richesse est cantonnée dans une zone géographique donnée, qui, elle, a connu un développement. Mais, il faudra étendre au maximum ces zones.

-En ce qui concerne les disparités spatiales entre le rural et l’urbain, l’on assiste à une évolution à deux vitesses. Quelle approche propose le PPS ou quel modèle de développement rural à moyen et à long termes?

Le PPS a avancé un certain nombre de mesures et de stratégies. Nous pensons qu’il y a des zones, notamment les zones montagneuses et oasiennes (désertiques ou pré-désertiques) qui devront être dressées en priorités. Le HCP a fait du bon boulot en réalisant une cartographie des inégalités. Donc, il y a des urgences sur lesquelles il va falloir travailler. Et il faudrait qu’il y ait de la solidarité. Comment  réaliser cette solidarité? On peut l’atteindre via l’affectation de ressources aux zones qui en ont le plus besoin. Elle peut se faire par des politiques de lutte contre la pauvreté. L’INDH a fait ce qu’elle a pu faire, il y a eu de bonnes choses et de mauvaises choses. Mais, il y a toujours un travail à faire. Il y a des ressorts dans la société qu’il faut sortir. Je n’imagine pas le Maroc se développer si les gens qui gagnent de l’argent ne paient pas leurs impôts ou que les salariés et les retraités soient les plus frappés par la pression fiscale. Avec une TVA de 20% c’est la porte ouverte à tous les abus.

Vous payez votre quittance d’électricité qui est déjà à 300 dirhams et il faut payer 60 dirhams d’impôt (TVA), en sus de payer les droits à la télévision. Le montant, lui, est stupide, mais quand même ! Donc, il y a des choses à faire au niveau de la fiscalité, au niveau de l’Etat de droit, de la lutte contre la corruption. Les politiques publiques doivent permettre une bonne redistribution. Une bonne école pour les classes pauvres et moyennes constituerait une forme de redistribution. Cela empêcherait les gens qui n’ont pas les moyens de mettre leurs enfants dans le privé. Un système de santé qui s’étend est une forme de redistribution.

Il y a un certain nombre de leviers à faire avancer, impérativement. Mais, cela ne peut pas se faire sans une vision d’ensemble et cohérente. On ne peut pas développer le pays avec des plans sectoriels. Il faut développer le pays avec des plans globaux. Des plans de développement économique et social. Il faudrait, aussi, que toutes ces institutions créées par la Constitution puissent interférer et être parties prenantes.

Et cela, c’est une réelle mise en processus de la Constitution de 2011. Il faut qu’elle vive dans sa lettre et dans son esprit. Dans son esprit, elle parle de participation, de souveraineté nationale, de reddition des comptes. Il faut qu’on puisse retrouver tout cela dans la gestion de l’économie et de la société.

Propos recueillis par Mohammed Taleb

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