Sur le mutisme de l’U.E. face à la montée de l’extrême-droite en Autriche

Bien que l’extrême-droite ait fait, cette semaine, une entrée fracassante au sein du gouvernement autrichien du chancelier Sebastian Kurz en décrochant, outre la vice-chancellerie,  les portes-feuilles des Affaires étrangères, de l’Intérieur, le département de la Santé, des Affaires Sociales et des Transports et, enfin le Secrétariat d’Etat au ministère des Finances, l’Europe semble être subitement devenue muette. Rien à voir, en effet, avec la position adoptée, en 2000, par les 14 pays membres d’alors qui avaient décidé de suspendre leurs relations avec Vienne  lorsque l’extrême-droite avait participé au gouvernement du chancelier Wolfgang Schussel.

Les «sanctions» préconisées, en ce temps-là, par les pays-membres avaient également consisté en une limitation des rôles de leurs ambassadeurs en Autriche et en leur refus clairement affiché de soutenir les candidats présentés par Vienne pour exercer des fonctions au sein d’organisations internationales.

Cette fois-ci, il a fallu attendre deux jours pour finalement voir Paris arrondir les angles en affirmant, par la voix du porte-parole du Quai d’Orsay, son entière disposition à «engager le dialogue» avec le nouveau gouvernement du nouveau chancelier autrichien au motif qu’il aurait, «à de nombreuses reprises, affirmé son attachement aux valeurs européennes et au projet européen».

Cette réaction mitigée de la France au retour en force du Parti de la Liberté (FPÖ) au gouvernement de Vienne illustre bien le changement survenu en Europe en près de deux décennies. Ainsi, avant la constitution de ce nouveau gouvernement autrichien, l’Union Européenne n’était pas parvenue à sanctionner la Pologne en la dépouillant de son droit de vote lorsque cette dernière avait sérieusement écorné «l’indépendance de la justice et la liberté des médias»; ce qui démontre la très faible «marge de manœuvre» de l’Union Européenne lorsqu’elle est appelée à faire face à des partis non-démocratiques ayant accédé au pouvoir par le biais d’élections transparentes.

Mais les difficultés auxquelles se trouve confrontée l’Union Européenne d’aujourd’hui ne sont pas inhérentes à la seule montée des formations d’extrême-droite. Elles  tiennent, en effet, au fait que les idées de cette droite dite radicale sont, désormais, reprises au grand jour par des partis supposés appartenir à la droite «modérée».

C’est dans ce cadre d’ailleurs, que l’actuel chancelier autrichien a inclus dans son programme les idées anti-immigration et anti-islam défendues par son nouvel allié et vice-chancelier Heinz-Christian Strache, le leader du Parti de la Liberté (FPÖ).

Il en va de même aux Pays-Bas où, pour soi-disant «barrer la route au populiste Geert Wilders», la droite a repris un grand nombre de ses thèmes de prédilection et en France où, avec Sarkozy puis plus récemment avec Laurent Wauquiez, la droite continue à chasser des voix sur des terrains jadis réservés au Front National.

Enfin, dans le cas de l’Autriche, le mutisme européen tiendrait aussi au fait que cette dernière sera appelée, au second trimestre 2018, à prendre la présidence tournante de l’Union Européenne.

Nabil El Bousaadi

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