Tanger version 2017: La méditerranée côté court

Dans une atmosphère automnale qui règne sur la ville du détroit et dans une ambiance sereine, très cinéphile, la 15ème édition du festival du court métrage méditerranéen déroule son programme à la fois riche et varié. Un large panorama de la production méditerranéenne est ainsi offert au public. Demain samedi c’est le baisser de rideau avec deux moments forts, la leçon de cinéma portant cette année sur le marché du court en Europe et la cérémonie de clôture avec la remise des prix.

La cérémonie d’ouverture, lundi dernier avait donné le ton avec un brassage original entre les formes, les cloueurs, les sons et les générations. Avec les prestations fort sympathiques des jeunes artistes tangérois conviés à l’occasion sur la scène du Roxy et le film du vétéran Ayouch (oui le père des deux cinéastes Nabil et Hicham) le message fut on ne peut plus clair :: le court métrage n’est pas une affaire de générations ; ce n’est pas une étape inaugurale dans un plan de carrière. Le spécialiste de la communication, Noureddine Ayouch l’a bien exprimé dans une allocution émouvante lors de la présentation de son film Yto «ce sont mes enfants qui m’ont ouvert la voie». la transmission peut se faire aussi dans l’autre sens.

Et ma foi, c’est le destin du court de dessiner (esquisser serait plus juste) aussi la voie d’un cinéma méditerranéen prometteur. Dans le film Yto, proposé d’une manière inédite en ouverture de ce festival on assiste à une autre forme de transmission qui nous est proposée : à savoir qu’on ne peut élaborer des projets pour demain (le protagoniste masculin prépare des élections donc un programme pour le futur) sans solder les comptes du passé; Yto c’est une jeune fille qui vient ouvrir les dossiers du passé en affrontant Haj Britel accusé d’avoir tué sa mère. Si l’enjeu est ouvert sur un large faisceau de lectures, la mise en scène est restée tributaire du jeu; comme si le cast important (de grands comédiens) avait imposé  un dispositif narratif (on suit les personnages jamais rompu par des pauses esthétiques qui ouvre sur d’autres horizons d’interprétation. Lamia Chraibi (la production) et Hicham Lasri (le scénario) ont laissé leur empreinte (positive). On attend le long.

Transmission toujours avec la belle programmation du panorama du court métrage marocain qui a précédé la compétition officielle. Avec des films des années 2000, les jeunes cinéastes d’aujourd’hui découvrent leurs jeunes ainés et apprennent surtout que le court métrage a bel et bien une mémoire.  Il y a la mémoire historique celle des pionniers autour de la figure incontournable de feu Bouanani mais il y aussi celle de la génération qui a accompagné la naissance du festival du court métrage de Tanger : Yassin Fennane, Leila Triki, Abdessalma Kelai, Hicham Lasri, Mohamed Mouftakir. Première remarque : des courts qui ont résisté à l’épreuve du temps ; certains sont d’une éloquente actualité esthétique et thématique. Deuxième remarque: la sélection du panorama a montré brillamment deux grandes tendances au sein du cout du début des années 2000 : les cinéastes  qui donnent forme à une idée (Triki et kelai) et ceux qui dégagent une idée à partir d’une forme (Lasri, Mouftakir, Fennane). Androïde de Hicham Lasri et La danse du fœtus de Mohamed Mouftakir relèvent de film manifeste. A voir et revoir.

Côté compétition officielle, et à mi-parcours d’une programmation qui compte plus de 50 films, s’il n’y a pas eu jusqu’à mercredi soir de coup de cœur absolu, je peux dire que les films venus des Balkans, notamment le Kosovo et la Macédoine ont  fait preuve d’une grande vitalité créative. Quel que soit la configuration  du palmarès, je peux affirmer que les cinq films marocains de la compétition officielle sont grosso modo d’une bonne facture et confirme qu’une nouvelle génération est en passe de prendre le pouvoir ; à elle d’assumer.

Ali Benali

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