Une pensée vivante et une présence éternelle

Par : Abdeslam Seddiki

Il y a une vérité établie : les grands Hommes, et femmes nécessairement, ne meurent pas. Ils restent vivants dans l’esprit des différentes générations. Aziz Belal en fait bien partie. Il restera à jamais présent  parmi nous. Par son œuvre scientifique magistrale. Par son apport à la praxie  sociale. Par son rôle dans la formation de générations entières de jeunes marocains. Par ses valeurs humaines et sa modestie exemplaire. Par sa fidélité à la patrie et aux causes justes des peuples opprimés.

L’auteur de ces lignes, écrites en guise d’un modeste hommage  au savant et militant Si Aziz, a eu la chance de le côtoyer d’abord en tant que Professeur à l’Université, et quatre années plus tard en tant que collègue et camarade. Et c’est à ce titre que je compte aujourd’hui m’exprimer.

Le professeur Aziz Belal jouissait d’un respect et d’une notoriété rarement égalés aussi bien de la part de ses collègues que de ses étudiants. Cette notoriété est acquise d’une façon spontanée par ses qualités scientifiques et pédagogiques, sa présence sur le terrain des luttes sociales et sa capacité extraordinaire à l’écoute. Le cours de 3H hebdomadaires  qu’il nous a  dispensé en dernière année de licence intitulé «Problèmes structurels de développement» (PSD) était d’une grande  richesse. Il y avait de tout : les théories de développement, l’analyse du phénomène du sous-­développement  en rejetant toutes les approches européocentristes et linéaires dont notamment la thèse de Rostow sur les étapes de la croissance et sa théorie de décollage (ou take-off). Pour Aziz Belal, les pays sous -développés, au lieu de «décoller», comme le préconisait Rostow, ont au contraire «déconné»! Pour lui, le sous-développement n’est que le produit du développement. En d’autres termes, le développement des uns a produit le sous-développement des autres. Pour s’en débarrasser, il n’y a d’autre voie que celle de la libération nationale et de l’émancipation des peuples.

Mais là où on se régalait réellement avec notre Professeur, c’est lorsque il se libérait du contenu strict du cours pour aborder les grandes questions de l’heure et nous mettre au fait des enjeux majeurs de l’humanité.  Et c’est grâce à cette ouverture d’esprit sur des questions d’intérêt général, que des étudiants de sciences juridiques trouvaient du plaisir à suivre ses cours. A tel point qu’il fallait venir avant l’heure pour réserver une place dans un amphithéâtre archi-comble. La dernière séance du cours revêt une signification particulière. Elle se déroule selon un cérémonial mis en place au fil des années et qui se perpétue de lui-même.

Le Professeur consacre l’essentiel de sa conférence à faire un rappel général des grandes questions étudiées pour nous préparer à l’épreuve d’examen. La fin en apothéose : un mot de reconnaissance prononcé au nom des étudiants et un bouquet de fleurs en guise d’amour  est offert à ce Grand Professeur.

Il s’agit de l’année universitaire 1974-1975. Je retrouve de nouveau mon ancien Professeur Aziz Belal à la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de Casablanca après avoir passé avec succès mes entretiens pour accéder au poste de Maitre-assistant, cette fois-ci en tant que collègue et camarade.

En tant que collègue, j’ai eu la chance de travailler à ses côtés au sein du bureau du département des sciences économiques dont il assurait brillamment la présidence en faisant de cette instance un espace d’encadrement  pédagogique,  de débat  scientifique sur des thématiques d’intérêt national  et d’ouverture sur l’environnement socio-économique de l’université.

En tant que camarades, on se retrouvait régulièrement au sein des réunions de la Cellule PPS des Enseignants de la Faculté de Droit. L’une des cellules du parti les plus actives au niveau national. Le camarade Aziz, nonobstant ses multiples obligations et responsabilités tant au sein du parti qu’à l’université et à la commune, s’efforçait d’assister à toutes les réunions. Et qui plus est, elles se déroulaient généralement à son domicile avenue des FAR transformé, pour les besoins de la cause, en «bureau de travail».

Et c’est sur son initiative, que la cellule a pris la décision de publier un bulletin régulier pour animer le débat public. Un premier numéro fut effectivement publié avec la contribution de Si Aziz sur un sujet qui demeure d’actualité: «la bourgeoisie marocaine : est-elle ou n’est-elle pas»? C’était une réponse à une certaine thèse sur «la bourgeoisie non bourgeoise» (sic)

On se rencontrait  également au sein de la commission économique du Parti dont il assurait la coordination. C’est sous son autorité scientifique qu’un important colloque fut organisé sur la situation économique et dont les actes ont été publiés sous le titre : «la crise, l’alternative».

Aziz Belal était infatigable. Présent sur tous les fronts.  Il constitue, à lui seul,  une école et le parti doit absolument mettre en valeur tout ce qu’il a produit au bénéfice de notre jeunesse. L’université dont il a été l’un des fondateurs et pour laquelle Si Aziz a donné le meilleur de lui-même, lui doit également beaucoup de choses. N’est-il pas grand temps de penser à la constitution d’une chaire portant son nom?

Le Centre d’Etudes et de Recherches Aziz Belal (CERAB) créé par le Parti justement pour développer la  pensée du Regretté Professeur  doit absolument revenir à ses fondamentaux et rester fidèle à l’esprit qui a prévalu lors de sa  constitution. Un travail de restructuration du Centre s’impose pour  lui donner un nouveau souffle. Le CERAB doit redevenir un espace d’échange  entre les intellectuels progressistes porteurs de valeurs pour lesquelles Aziz Beal a consacrées sa vie.

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