Washington-Téhéran: levée de boucliers ou simple partie de Poker?

L’assassinat, dans la nuit de jeudi à vendredi dernier, du général iranien Qassem Soleimani lors d’un raid aérien américain sur Baghdad va, sans nul doute, donner le coup de grâce au fameux JCPoA signé à Vienne en Juillet 2015 par Téhéran, les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations-Unies et l’Allemagne au titre de l’encadrement du programme nucléaire iranien duquel Donald Trump avait annoncé son retrait dès 2018 mais qui, jusqu’à ce jour, servait encore de cadre à un dialogue avec l’Europe.

Mais alors que très récemment, l’Iran se disait entièrement disposé à continuer à se soumettre aux inspections de l’AIEA et à se conformer aux décisions arrêtées par l’accord de Vienne, voilà que, dans un communiqué diffusé le 5 janvier dernier par la télévision d’Etat après l’assassinat de celui qui dirigeait la force «Al Qods» des gardiens de la Révolution en charge des opérations extérieures de la République islamique, Téhéran a déclaré n’être plus tenue de respecter les limites à ses activités nucléaires telles que fixées par ledit accord; que celles-ci aient trait au nombre de centrifugeuses, au degré d’enrichissement de l’uranium ou encore aux activités de recherche et de développement du pays qui, se trouveront, désormais, liées à ses besoins techniques à moins, toutefois, que Washington ne consente à lever immédiatement ses sanctions à son encontre.

Or, en prévision de représailles de la part de Téhéran, Donald Trump a annoncé, dès samedi, avoir sélectionné 52 sites en Iran que les forces armées américaines frapperont « très rapidement et très durement » si Téhéran venait à s’attaquer à des citoyens ou à des sites américains. En réponse à ces intimidations, un haut responsable iranien a promis que la République islamique s’en prendra directement à Israël et réduira «en poussière» Tel Aviv et Haifa si Washington venait à mettre ses menaces à exécution et, dans la soirée de dimanche, deux roquettes sont tombées dans la zone verte de Baghdad non loin de l’ambassade américaine.

Pour rappel si les 14 attaques à la roquette qui, depuis octobre dernier, avaient visé des intérêts américains en Irak n’ont jamais été revendiquées, elles avaient, tout de même, été attribuées par Washington à ces brigades pro-iraniennes du Hezbollah qui, dès l’annonce de la mort du général Qassem Soleimani, ont appelé les forces de sécurité irakiennes à s’éloigner des endroits où sont stationnées les troupes US.

Le lendemain et après avoir réitéré sa menace de détruire des sites culturels iraniens, le chef de la Maison Blanche s’en est également pris à l’Irak qu’il a menacé de «très fortes sanctions» après que le Parlement irakien, ait voté en faveur d’un texte réclamant l’expulsion des forces américaines du pays. Il ajoutera même : «s’ils nous demandent effectivement de partir, nous partirons mais si nous ne le faisons pas sur une base très amicale, nous leur imposerons des sanctions comme ils n’en ont jamais vus auparavant (…) elles feront apparaître les sanctions contre l’Iran comme presque faibles».

Mais ce lundi, il y a eu un nouveau son de cloche du côté de Washington quand, par respect à «la décision souveraine» qui ordonne son départ du pays, l’armée américaine a informé, par courrier, le commandement militaire irakien du « repositionnement» des forces de la coalition anti-jihadiste dans le but d’un «retrait de l’Irak de manière sécurisée et efficace».

L’armée américaine qui vient juste d’appeler en renfort quelques 3.000 nouveaux soldats va-t-elle finalement se retirer d’Irak et rentrer au bercail sans rien exiger, en échange ? Ou alors ne s’agirait-il que de l’un de ces volte-face si chers à un Donald Trump imprévisible adorant souffler le chaud et le froid pour «tromper l’ennemi» ?

Et qu’en sera-t-il du côté de Téhéran qui en promettant, d’un côté, de riposter et, de l’autre, de respecter l’accord de Vienne si Washington renonce à ses sanctions s’acharne à vouloir jouer «deux partitions distinctes» pour ne point s’isoler totalement alors que celles-ci risquent, à terme, de sonner faux ?  La République islamique va-t-elle se résoudre à enterrer la hache de guerre dans le même tombeau que le général Qassem Soleimani ou, au contraire, allons-nous assister, plus vite qu’on le croit, à un embrasement de la région qui risquerait même de s’étendre bien au-delà ? Attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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