A Bangkok, les jeunes défient le pouvoir…

Dimanche matin, quelque 10.000 jeunes Thaïlandais se sont retrouvés au parc Rot Fai, à la périphérie de la capitale Bangkok, pour la plus importante manifestation depuis 2014 et ce, en portant, dans leur grande majorité, des t-shirts sur lesquels sont imprimées des figurines moustachues et sur lesquels on pouvait lire «Courir pour chasser Tonton» ; «Tonton» étant le surnom donné au Premier ministre Prayuth Chan-ocha, arrivé au pouvoir en 2014 à la faveur d’un coup d’Etat avant d’être «légitimé» par un scrutin controversé.

A noter, toutefois, qu’à l’origine cette manifestation avait pour but de défendre la nouvelle formation politique «Nouvel Avenir» qui, après avoir effectué une ascension fulgurante et remporté plus de 80 sièges au Parlement, s’est  trouvé, depuis quelques semaines, menacée de dissolution par la Cour Constitutionnelle thaïlandaise au moment où son jeune leader Thanatorn Juangroongruangkit fait face à de multiples procédures judiciaires visant sa disqualification en tant que député.

Voulant un changement démocratique et culturel, les jeunes manifestants déclarent qu’ils sont «venus pour exiger plus de démocratie (…) Toutes les institutions sont au service du pouvoir en place (…) Il y a trop d’impunité pour les puissants, c’est çà le véritable problème» déclare une jeune étudiante. Aussi, parmi les revendications de ces jeunes manifestants trouve-t-on une limitation du budget de l’armée dont relève le Premier ministre ainsi qu’une refonte du système judiciaire.

Au même moment, une contre-manifestation se tenait au parc Lumpini au centre de la capitale à l’appel de «protestataires» plus âgés venus soutenir le Premier ministre. Reprochant aux jeunes supporters de «Nouvel avenir» leur méconnaissance des réalités du pays, un manifestant quinquagénaire dira même: «l’Oncle Tu a déjà fait beaucoup pour le pays mais nos jeunes frères et sœurs ne s’en rendent pas compte parce qu’ils ne connaissent pas le monde du travail. Il a mis en place une taxe foncière, par exemple, ce que personne n’avait jamais osé faire avant lui».

Or, ces propos sont à l’opposé de la réalité quand on sait que la gestion du Premier ministre n’est pas aussi reluisante que certains veulent le laisser entendre puisque le favoritisme continue de gangréner le monde des affaires et que le pays est particulièrement affecté par le ralentissement économique de la Chine dont il reste fortement dépendant.

Mais il n’y a pas que çà puisque le rapport à la «sacro-sainte» monarchie est lui aussi à l’origine du malaise vécu par les jeunes thaïlandais qui en ont assez d’être assimilés à de «la poussière sous les pieds» de n’importe quel membre de la famille royale. Alors que l’une des filles du roi Rama IX était en voyage dans les îles du sud et que, comme à l’accoutumée, les bateaux de pêcheurs et de touristes n’avaient pas le droit de mouiller dans la zone, la situation a été dénoncée, cette fois-ci, avec fureur sur les réseaux sociaux.

Force est de reconnaître, enfin, que les deux manifestations de ce dimanche ne signifient pas que nous sommes en présence d’une logique d’affrontement mais plutôt face à un «clash des générations» dès lors que la jeunesse thaïlandaise actuelle dénonce ouvertement cette donnée culturelle propre à l’Asie du Sud-Est et qui constitue même le fondement de l’identité thaïe ; à savoir, ce système du «patronage» qui interdit toute remise en question d’une décision prise par une personne plus âgée ou plus riche et obligerait même à baisser la tête lorsqu’on la croise.

Qui aura le dernier mot dans ce bras-de-fer entre la jeunesse thaïlandaise et l’actuel monarque encore plus puissant que son défunt père et qui est même parvenu à modifier la Constitution de manière à promulguer des ordres sans avoir besoin de l’accord du Parlement? Attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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