«À la hauteur des difficultés de l’étape et de sa gravité»

Les désillusions de notre population envers les compétences de notre gouvernement donnent à ces jours de fête un goût d’eau de javel. On pensait que le pays allait prendre le chemin du redressement des dysfonctionnements apparus suite à l’épidémie de la covid-19 et que la sortie du confinement constituerait une occasion sans pareille pour cela. Que nenni! L’inconsidération de la réalité et de son contexte, l’incompétence manifeste dans la gestion des risques, le manque de communication aussi bien pédagogique qu’informative, la pratique de «monte manger les figues, descends qui t’as invité à le faire», vont plonger le Maroc dans une nuit effrayante.

Ainsi, l’apparition de foyers viraux dans certaines entreprises agricoles et industrielles et un certain relâchement dans l’observation des mesures préventives ont exacerbé la circulation virale. Le nombre des personnes atteintes par le coronavirus ne cessait d’augmenter conjointement à l’irresponsabilité des uns et au décrochage des autres. La situation qui était déclarée «sous contrôle» est devenue « inquiétante». C’est alors que sans crier gare, le dimanche 26 du mois courant, huit villes du pays sont déclarées fermées. Le voyage de ces agglomérations ou leur accès sont interdits. Il ne reste alors que quelques heures à l’application de cette disposition. Cela à quelquesjours d’une fête où le regroupement familial est une condition nécessaire. Un événement qui sollicite le transport après avoir solliciter l’épargne et qui constitue une occasion commerciale remarquable.

Alors que toutes les manifestations relatives à la fête du trône ont été annulées, «en considération des mesures préventives prises dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire», certaines voix ont souhaité dès lorsque la décision englobe la célébration de l’aïd. Elles n’ont pas été entendues. De ce fait, la population s’est engagée dans le processus des préparatifs de l’aïd qui intéresse non seulement les éleveurs, devant réaliser leur chiffre d’affaires en cette occasion, mais aussi entre autres, le transfert d’argent et le travail dans certains secteurs. La décision brutale de la fermeture de huit villes (Casablanca, Tanger, Tétouan, Fès, Meknès, Berrechid, Settat et Marrakech) a fait souffler un vent de panique et a provoqué «le chaos sur les routes» sans qu’un dispositif quelconque ne soit mis en place au préalable pour l’endiguer.

La colère de la population s’est exprimée de mille façons et les réseaux sociaux, se sont fait l’écho de son irritation et de sa désapprobation,plus et mieux que les médias officiels. Dans les gares, au niveau des péages, sur les autoroutes et les axes routiers et jusqu’au col du Tichka, la grogne s’est exprimée. Malheureusement on déplore des accidents et des pertes de vie qui auraient pu être éviter.

Ce comportement, que l’on voudrait expliquer par l’aggravation de la situation sanitaire, montre l’incapacité du gouvernement à être à «la hauteur des difficultés de l’étape et de sa gravité». Il porte préjudice à la consolidation du processus démocratique et fait dire à certaines personnes: «je ne crois pas à la politique». Le mal, c’est que ces personnes sont censées contribuer aux efforts de notre peuple pour vivre dans une «société solidaire où tous jouissent de la sécurité, de la liberté, de l’égalité des chances, du respect de leur dignité et de la justice sociale, dans le cadre du principe de corrélation entre les droits et les devoirs de la citoyenneté» comme le stipule notre constitution.

Comment laisser passer cette allégation qui semble se répandre dans notre société comme un feu dans les broussailles pendant la sécheresse?

Au fait, on ne peut demander à quelqu’un de croire à la politique. Cette dernière, art de gouverner et de gérer les affaires publiques, ne peut être une religion, une croyance. C’est une vision de la société, des relations humaines et des rapports entre les pouvoirs qui dirigent l’ensemble. Qu’on le veuille ou qu’on le refuse, la politique s’impose à toute personne, celle qui en fait et celle qui croit ne pas en faire. Elle a la caractéristique de se pratiquer aussi par abstention.

Dans ce cas, et en général, elle s’exerce selon les vœux des puissants contre les faibles, selon les désirs des riches contre les pauvres, selon les avisés de l’information contre les ignorants de cette information… La femme souffre dans cette approche plus que l’homme. Et c’est ainsi que la société stagne et renferme des poches de confinement où l’obscurantisme et l’extrémisme ainsi que leurs conséquences sévissent. Un air de renouveau s’impose!

Notre gouvernement veut maintenir le modèle inégalitaire qui sévit actuellement à tous les niveaux de la société, malgré qu’il soit déclaré obsolète. Profitant des conditions imposées par la crise sanitaire, il se comporte, par son autoritarisme déplacé, sa gestion décousue, son arrogance et par son mépris envers les masses populaires comme menant un combat d’arrière-garde pour retarder l’avènement d’un Maroc plus juste, plus prospère et plus démocratique.Vivement que nos fêtes raniment la mobilisation de notre peuple pour consolider ses acquis et réaliser, dans la stabilité et la participation démocratique, ses espoirs dans le bienêtre et la sérénité.

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