Aïcha Lablak: «des surenchères politiciennes»

Un prétendu débat sur la retraite des députés

La question de la retraite des députés revient au Parlement où la Commission des Finances et du Développement économique à la Chambre des représentants l’a examinée, mardi, étant saisie  de propositions de lois relatives à cette question.

Et pourtant le sujet est vieux de trois années et, depuis le départ du gouvernement Benkirane, aucune approche sérieuse ne lui a été accordée. Et pour cause, à l’heure où le Parlement a du pain sur la planche, l’on ressort des tiroirs le fameux débat qui se situait entre deux visions inconciliables.

Celle des abolitionnistes du régime de pension et les défenseurs d’une réforme des pensions, sachant qu’une majorité tacite soutiendrait la poursuite de la situation actuelle. Même si d’aucuns estiment que les choses auraient évolué en défaveur de la poursuite de la rente parlementaire. Mais là n’est pas la question de l’heure.

C’est en tout cas ce que Aicha Lablak estime, fortement exaspéré par la démagogie et le populisme ambiant.

Car comment croire que depuis octobre 2017 rien n’a été fait pour aborder ce sujet qui crée une injustice (les députés cotisent sans percevoir de pension) tout en maintenant une situation de rente parlementaire (on est député pour un mandat et pensionnaire pour la vie avec des cotisations payées par l’Etat !).

C’est ce qui fait sortir de ses gongs la présidente du Groupement parlementaire du progrès et du socialisme (GPPS) à la Chambre des représentants. Très surprise, Aicha Lablak s’insurge contre le fait «que l’on ressort un sujet banal pour occulter le plus important, dans une conjoncture particulière, marquée par les grandes difficultés populaires, en ces temps de covid-19».

L’heure, pour elle, est de «mener une réflexion sérieuse et réelle  sur les conditions de vie des citoyennes et des citoyens». Car, il y a plus important que le fonds de gestion des pensions du Parlement, suspendu, au point que les pensions ne sont pas dépensées en raison du déficit de la caisse depuis 2017. Ce n’est pas la situation d’un peu plus d’un millier de parlementaires qui doit primer sur celle de millions de personnes.

La dirigeante du PPS s’interroge sur le but d’ouvrir «un tel débat sur ce sujet, et dans cette situation difficile».

Et de citer quelques actualités brûlantes «plus importantes et prioritaires que le gouvernement et le Parlement doivent aborder avant qu’il ne soit trop tard». Elle cite, entre autres, la réforme de la Caisse de retraite marocaine (CMR) qui est, officiellement, menacée de faillite, à partir de l’année 2023, comme l’a affirmé le ministre de l’Économie. Et le risque de voir la CMR ne pas disposer de fonds de réserves pour payer ses pensionnaires !

Et, il ne faut pas aujourd’hui s’occuper de la situation des députés et attendre pour trouver in extremis des solutions comme «l’augmentation des retenues salariales, ou à relever à nouveau l’âge de la retraite», avec le risque de provocation de tensions sociales aux conséquences imprévisibles.

Aussi la présidente du Groupement du parlementaire du Parti du progrès et du socialisme à la Chambre des représentants estime que cette opération représente plus «des surenchères politiciennes, et une perte de temps législatif, avec des répercussions négatives sur le travail de contrôle et sur la production législative et sur l’image des institutions en général».

Signalons que la réunion de la commission parlementaire, comme le rapportent plusieurs journaux, a connu des surenchères et des spéculations politiques et des tentatives de règlement de comptes au sein même de la majorité gouvernementale, hélas, en proie à des dissensions incompréhensibles et agissant loin de la sérénité voulue.

Apparemment, l’on s’acheminera à un report de ces travaux, dans l’attente d’y voir plus clair, en recourant à des consultations juridiques et financières sur la question, sur la base d’une bonne connaissance de la situation financière du Fonds, avant de décider des scénarii en place.

Mohamed Khalil

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