Amina Rachid, La soldate des planches

Une femme exceptionnelle, originelle, spontanée et battante !  Amina Rachid, nom de scène qui lui a été donné par son époux, feu Abdellah Chekroun, est une pionnière du théâtre national. Son parcours artistique est long, mais inédit avec un répertoire colossal de plus de 60 pièces de théâtre jouées sur scène ou encore à la radio.

«La soldate des planches» a posé les premières pierres du théâtre marocain avec une poignée de femmes artistes braves et talentueuses qui ont défié les stéréotypes et les clichés de la société de l’époque. Elle est l’une des voix qui ont enrichi le répertoire de la RTM avec des œuvres écrites et orchestrées magistralement et soigneusement par son mari. Aux côtés d’Amina Rachid, il y avait Habiba Medkouri ou encore Fatima Benmeziane qui ont consacré toutes leurs vies à la création, au théâtre, à la télévision et au cinéma. C’était plus qu’une passion !  Très généreuse dans les rôles qu’elle incarnait et jouait avec beaucoup de professionnalisme, d’enthousiasme et d’énergie, la comédienne marquera à jamais l’imaginaire du public marocain par sa voix et son visage. Sa voix résonne dans l’esprit et habite l’oreille. Très posée, l’artiste fait son art par amour, engouement et engagement.

Le public a savouré sur les ondes de la radio la pièce théâtrale  «Seif Ibn di Yazan» où Amina avait joué l’un des rôles les plus importants. Elle a franchi le domaine du théâtre où les grands noms comme Naïma Lamcharki, Nabil Lahlou, Abdelmajed Rechiche et d’autres bouillonnaient la scène artistique  et mettaient du feu sur scène. La comédienne a pu se faire une place parmi les grands. Du théâtre, à la radio en passant par la télévision, puis le cinéma, Amina Rachid est l’exemple de l’artiste aux multiples talents et au parcours hors-norme.

Nombreux sont les œuvres et les travaux dans lesquels elle a travaillé notamment avec son mari, le dramaturge et écrivain, Abdellah Chakroun. Toutefois, il a fallu attendre 1975 pour que l’artiste s’aventure dans le domaine du 7e art, en jouant pour la première fois dans le long métrage du réalisateur Abdellah Mesbahi, «Demain, la Terre ne changera pas». D’autres rôles viendront des années plus tard. C’est en 1993 qu’elle incarne un beau rôle, très marquant d’ailleurs, «Lalla Hobbi» dans le film à succès  de Mohamed Abderrahman Tazi, «A la recherche du mari de ma femme». Une œuvre cinématographique ayant marqué le cinéma national dont le public ne se lasse pas de regarder.

Après 4 ans environ, elle joue dans la suite de ce film  «Lalla Hobbi»  du même réalisateur. La carrière cinématographique d’Amina Rachid est riche, dense et singulière… par le fait que l’artiste ne se répète pas dans son jeu et ses rôles interprétés dans les films précédents. Elle s’inscrit dans une logique de dépassement et de défi afin de présenter le meilleur à son grand public. Elle a joué surtout dans les films comme  «Brahim Yach» du réalisateur et comédien Nabil Lahlou,  «La vie d’une rose» d’Abdelamajed Rechiche «La rue du Caire» d’Abdelkader Derkaoui, «Ruses de femmes» de Farida Belyazid  et  «Voleurs de rêves», «Destin de femmes», «Elle est diabétique et hypertendue et refuse de crever » de Hakim Noury. Son jeu, son visage, son langage, son charisme, sa posture et esprit cultivé font d’elle une artiste complète et unique. Santé et longue vie à cette grande dame de l’art et de la culture marocains.

Mohamed Nait Youssef

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