Cepsa, l’espagnol d’Abu Dabi…

Par Soumayya Douieb

Depuis plusieurs années, l’opérateur espagnol tentait de pénétrer le marché marocain de la distribution de carburants à travers sa marque propre de station services. Aujourd’hui, c’est chose faite. À travers une joint-venture Derham Holding, 10 stations-services brandées Cepsa viennent de voir le jour.Un lancement qui intervient juste après la confirmation de l’acquisition de Carlyle de 37% de Cepsa, le reste étant détenu par le fonds souverain d’Abu Dhabi, Mubadala Investment Company.

Désormais aux côtés des stations Afriquia, Total, Winxo, Shell,Petromin, Ola Energy, Petrom, Ziz, …il y a un nouveau venu: CEPSA, entendez Compañía Española de Petróleos S.A.U. Il faut dire que ce n’est pas vraiment une surprise. Car depuis plus d’une année, l’opérateur ibérique avait clairement annoncé ses intentions à travers la presse, au détail près.En effet, comme cela avait été publié, Cepsa envisage d’atteindre les 100 points de ventes et 4% de part de marché dans les 5 années à venir. Le chiffre des 500 points de vente est même avancé à moyen terme avec 15 % de parts de marché de la distribution de produits pétroliers(30 stations-service d’ici à 2020 et les 70 restantes avant fin 2023).

L’investissement prévu est de 120 millions de d’euros, et un terminal de stockage devrait être construit dans le port de Jorf Lasfar avec un terrain dont le coût avait été estimé en 2018 à 32 millions de dirhams pour une capacité initiale de 95 000 m3 (qui serait portée à 120 000 m3). Ce psavise donc non seulement la vente au détail, mais aussi la vente aux clients industriels et l’entreposage.

Une pièce maitresse de la stratégie 2030

Avec cette JV, Cepsa n’en est pas à son premier coup d’essai. Déjà en 2017, l’opérateur espagnol était en négociation avancée avec Somap, dont les 25 stations devaient passées sous les couleurs de l’opérateur espagnol. Puis, les actionnaires de la Somap ont préféré garder la main.Il faut savoir aussi que Cepsa opère au Maroc depuis plus de 30 ans. Elle détient une participation de 35% dans Petro Sud, spécialisée dans la distribution d’hydrocarbures pour le secteur maritime dans le port d’Agadi, et disposant d’installations de stockage d’une capacité de 10.000 m3, ainsi que d’une licence pour l’exploitation de dix stations-service au Maroc, gérées par Afriquia.

Autrement dit, Cepsa n’est pas en terrain inconnu.Seulement sa volonté de développer son propre réseau de stations-services a quelque peu été contrariée. D’abord, par des négociations qui n’ont pas été évidentes, mais probablement aussi par une problématique de financement. Depuis quelques années déjà, l’opérateur espagnol cherchait à retrouver les chemins de la bourse pour lever les fonds nécessaires au financement de ses projets de développement. En 2018, alors que Cepsa était en passe de réaliser la plus grosse introduction en bourse de la décennie d’un groupe pétrolier à travers le monde (2 milliards d’euros, soit 25% du capital), le top management y avait renoncé face au manque d’appétits des investisseurs.

Aujourd’hui avec l’arrivée du fonds d’investissement américain Carlyle qui acquiert 37% de Cepsa (valorisée à 12 milliards de dollars vs 8 milliards en octobre en 2018) dans le tour de table, Cepsa met un coup d’accélérateur à ses projets de développement. Et ils sont nombreux.  «Les compagnies pétrolières doivent identifier les incertitudes, les menaces, mais aussi les opportunités qui peuvent impacter leur business ; anticiper les nouvelles tendances de consommation et leurs conséquences; et designer un plan stratégique qui les prépare au futur et qui leur permette de rester flexible face aux changements.

conjoncturels», annonce H.E. Suhail Al Mazrouei, chairman de Cepsa dans une étude publiée en 2017 et intitulée «Energy Outlook 2030» (disponible sur le site).Entre autres conclusions, il y est clairement fait allusion au développementde l’énergie électrique pour les véhicules, et la nécessité de s’y adapter. Sans doute en élargissant par ailleurs la base de clients pour ses stations-services et donc en s’implantant au Maroc. Mais ce n’est probablement pas la seule raison. L’effet libéralisation y est sans doute pour beaucoup vu les marges, objet de polémique d’ailleurs, que peuvent désormais s’attribuer les distributeurs. « Nous avons identifié le Maroc comme étant un marché d’expansion privilégié en raison de sa proximité avec nos raffineries situées sur la côte sud espagnole, la demande croissante de produits pétroliers dans le pays, ainsi que son déficit structurel en matière de produits pétroliers », indique le pétrolier espagnol dans son Prospectus 2018.

Cepsa compte aujourd’hui plus de 10.000 collaborateurs, dispose d’un réseau de 1.824 stations-service dont 1.544 en Espagne, 259 au Portugal, 15 dans la Principauté d’Andorre et 6 à Gibraltar. Le groupe exploite également des champs pétrolifères en Amérique latine, en Afrique du Nord, en Asie du Sud-Ouest et en Espagne. Il compte ainsi parmi les principaux raffineurs européens.

Quid d’Atlas Sahara ?

Du côté de Derhem Holding, Cepsa est a priori une opportunité en or. Avec la création d’Atlas Nord Hydrocarbures, la JV détenue 50/50 aux côtés de l’espagnol, et après l’obtention d’une licence de la part du Ministère de l’Énergie, le voilà prêt à tutoyer le leader du marché Afriquia, qui est aujourd’hui numéro1 avec plus de 21 % de parts de marché , soit 543 stations-service(Rapport mission parlementaire2018). Car l’ambition de Cepsa, comme mentionné plus haut, n’est rien de moins que d’atteindre les 500 stations-services à moyen terme.

La mission sera ardue, même si l’on suppose que toutes les stations-services d’Atlas Sahara seront converties en Cepsa, puisqu’ au total Les carburants de l’Atlas ne détient que 45 stations Atlas Sahara (source site web Atlas Sahara), entre Laâyoune, Smara, Tarfaya, Akhefenir, Dakhla, Boujdour. Avec l’annonce du lancement des 10 premières stations du réseau le 21 octobre dernier, sans que leur localisation n’ait été précisée, ANH (Atlas Nord Hydrocarbures) décroche ainsi sa licence provisoire. Car pour obtenir une licence définitive d’exploitant d’hydrocarbures au Maroc, la réglementation marocaine impose à une entité d’exploiter au moins 30 points de vente pendant une période de trois ans.

L’arrivée de ce nouvel opérateur sur le marché va probablement faire bouger la concurrence, d’autant plus que plusieurs nouveaux entrants se bousculent au portillon… et que le marché est des plus tendus en raison du dossier sur l’entente autour des prix carburants.

En tous cas pour Cepsa, l’opportunité semble certaine et peut-être même que l’expérience marocaine pourrait être dupliquée sous d’autres cieux…pourquoi pas en Algérie (bien que probablement ce soit pas pour tout de suite).

Comme au Maroc, Cepsay opère depuis plus de 30 ans à travers entre autres l’exploitation, en partenariat avec Sonatrach, de trois champs produisant au total plus de 137 000 barils par jour. La firme possède en outre 11,25% des parts du champ gazier de Timimoun, exploité avec Sonatrach (51%) et le français Total (37,75%), et détient aussi une participation dans Medgaz, le gazoduc qui relie l’Algérie à l’Espagne…

Chiffre : 12 milliards

C’est la valorisation actuelle de Cepsa

Cepsa, l’espagnol d’Abu Dabi…

Bien que l’information soit publique et qu’elle date de près d’une décennie, on a souvent tendance à oublier par ici qu’un des grands plus opérateurs pétroliers européens est au main d’un fonds d’investissement émirati. Jusqu’à il y a quelques semaines, il y était seul maître à bord. Depuis le 15 octobre dernier, il doit composer avec le fonds d’investissement Carlyle mais reste majoritaire ( 63%).

«Mubadala est une société internationale d’investissement qui a pour mission de créer des rendements financiers durables pour le Gouvernement d’Abou Dabi.

Son portefeuille de sociétés est constitué de leaders internationaux de diverses industries (aérospatiale, agroalimentaire, TIC, semi-conducteurs, métaux et mines, technologie pharmaceutique et médicale, énergies renouvelables et services publics) et il gère également diverses entreprises de participation financière.

Le mode opératoire de Mubadala est basé sur la mise en place de partenariats de classe mondiale avec des sociétés de pointe telles qu’Airbus, Boeing, Le Groupe Carlyle, Engie, Rolls Royce, Solvay, ADRIAN et Total.

Mubadala détient 229 milliards de dollars de total actifs à travers 50 pays dans le monde.

CEPSA en 5 dates clés

1929>Création de la première compagnie pétrolière espagnole privée, dont le siège est situé à Madrid

1930> Création de la première raffinerie pétrolière espagnole aux Canaries

2006> Cespa est détenue à 48,83% par le Français Total,  à 30,55% par Banco Santander Central Hispano (BSCH), à 9,54% par International Petroleum Investment Companyet à 5% par Union Fenosa.

2011>IPIC (devenu plus tard  Mubadala suite à une fusion) lance une OPA sur Cespa et rachète les 48 % de Total pour plus de 3 milliards d’euros.

2019>Cepsa se lance au Maroc (21 Octobre).

>Carlyle fait l’acquisition de 37% de participation de Mubadala (15 octobre).

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