Qui est derrière le géant WorldRemit, le nouveau partenaire de Wafacash?

Créé il y a à peine 8 ans par le Somalien Ismail Ahmed, WorldRemit est aujourd’hui le leader mondiale du transfert d’argent en ligne : 41 millions de livres sterling de chiffre d’affaires en 2016, 53% de croissance par rapport à 2015 et 750 000 transactions chaque mois, effectuées depuis une cinquantaine de pays vers plus de 140 destinations!

Worldremit vient d’étendre le partenariat signé en mai dernier avec Wafacash à six nouveaux pays africains en plus du Maroc et du Sénégal, à savoir au Cameroun, au Bénin, au Burkina Fasso, au Niger, et en Côte d’Ivoire, et ce, à partir de la fin de l’année en cours. De quoi s’agit-il au juste ? Les deux entreprises proposent un transfert d’argent instantané via les plateformes Worldremit, aussi rapide que l’envoi d’un sms, ciblant principalement la diaspora africaine. Et c’est entre autres dans le réseau wafacash au Maroc, au Sénégal, au Cameroun,… que les destinataires pourront aller récupérer les sommes envoyées.

« Nous élargissons notre partenariat avec WorldRemit dans le but de contribuer à l’amélioration de l’inclusion financière dans notre pays et (pour)  la diversification des canaux financiers légaux», explique pour sa part Samira Khamlichi, directrice générale de Wafacash. D’ailleurs, la filiale de transfert d’argent d’Attijariwafa Bank compte élargir davantage son partenariat avec le leader du transfert en ligne afin de couvrir beaucoup plus de pays et de développer son offre. Et pour cause, le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Car derrière ce rapprochement qui paraît somme toute presque banal, se cache une belle success story somalienne.Lancée en 2010, l’entreprise a pu lever, fin 2015, 45 millions de dollars ! Une somme qui lui a permis de tisser un important réseau : avec Wafacash au Maroc, avec MTN en Côte d’Ivoire, Wari au Sénégal, et même avec Google.

Résultat des courses, WorldRemit revendique désormais 750 000 transactions chaque mois, vers plus de 140 destinations. Le groupe d’Ismail Ahmed enregistre un chiffre d’affaires annuel de plus de 900 millions de dirhams pour un capital de 500 millions de dollars américains. En 2016, l’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de 41 millions de livres sterling, soit une croissance de 53% par rapport à 2015. Présente dans 50 pays, un nombre qu’elle compte doubler pour élargir ainsi son réseau de réception, WorldRemit emploie aujourd’hui 394 personnes dans des bureaux au Royaume-Uni, États-Unis, Canada, Afrique du Sud, Singapour, Philippines, Japon, Nouvelle-Zélande et en Australie ! Une réussite qui interpelle.

Quid du business model WorldRemit?

«Nous sommes l’un des plus grands réseaux mobiles de transfert d’argent en ligne dans le monde et aujourd’hui, nous transférons des fonds à partir d’une cinquantaine de pays vers une centaine de pays. Ayant pour principale mission de transformer la façon dont les gens envoient de l’argent à l’étranger, nous rendons cela aussi simple qu’envoyer un SMS», explique le fondateur et CEO de WorldRemit. Mais pour être à même de le faire, le groupe a besoin de licences dans les pays émetteurs et de passer par toutes les procédures y afférentes. Ismael Ahmad a réussi à en décrocher aux Etats-Unis où il a déjà obtenu des licences de différents Etats, au Canada, en Europe, en Nouvelle-Zélande, au Japon, à Singapour, etc. Ce sont des marchés à partir desquels les envois de fonds sont importants.

Pour les marchés de réception, via compte bancaire, cash collection ou transfert vers les téléphones mobiles cependant, la stratégie est toute autre justement. Worldremit noue des partenariats avec les banques locales, les compagnies télécoms et parfois même avec certains réseaux de retail à même d’offrir des e-services. Ces partenariats lui permettent de briser les barrières commerciales. C’est pourquoi au Maroc par exemple, Wordlremit a conclu un accord avec Wafacash, parce qu’il a un réseau étendu et dispose d’un grand nombre de bénéficiaires de transfert de fonds qui reçoivent leur argent localement.

Dans le cas de MTN, le partenariat entre dans le cadre de son service de mobile money. La Côte d’Ivoire est le premier marché sur lequel Wordremit s’est lancé avec le groupe panafricain de télécoms. C’est d’ailleurs son plus grand partenaire en Afrique, car MTN dispose de leur propre service de mobile money bien implanté localement avec une excellente base client. De plus, de nombreux bénéficiaires de transfert d’argent ont un compte mobile chez MTN. Ce qui évite à Worldremit de dupliquer ce dont un partenaire dispose déjà.

Attentat du 11 septembre et corruption…

L’histoire de WorldRemit commence au Somaliland, avec évidemment Ismail Ahmed. Ce dernier, fondateur de ce qui est aujourd’hui la fintech britannique la plus prometteuse, recevait de l’argent envoyé par son frère installé en Arabie Saoudite. Il réalise alors peu à peu l’importance de ces transferts, surtout dans un pays en guerre.

Une fois en Angleterre, après avoir obtenu une bourse pour y étudier alors que la guerre éclatait en Somalie, son pays natal, le jeune homme a découvert une autre facette du transfert d’argent. Justement ce dernier enchaine les petits boulots pour subvenir aux besoins de sa famille en Ethiopie.

Marqué par cette époque, Ismail Ahmed oriente ses études vers ce secteur et soutient sa thèse de doctorat en 2000, puis rejoint un programme de recherche et s’intéresse à l’étude de la reconstruction après la guerre. De retour au bercail, il découvre l’ampleur des transferts de fonds vers le Somaliland estimé à 5 milliards de dollars par les Nations unies. « Mais quand on a effectué nos recherches, on a découvert que ce montant était largement sous-estimé », explique Ismail Ahmed. Plus de 500 milliards de dollars étaient envoyés au pays, sans prendre en compte les transferts à travers les réseaux informels.

Jusqu’aux événements du 11 septembre 2001, les sociétés de transfert d’argent de la Somalie parvenaient à répondre à la demande. Sauf qu’à partir des attentats du World Trade Center, la donne a changé. Ces sociétés ont fait l’objet d’un examen international croissant suite à des soupçons de liens entretenus avec les groupes terroristes. En décembre 2001, le réseau internet est fermé dans tout le pays par l’administration Bush. Pour remédier au problème de la non-conformité aux normes internationales et identifier les transactions suspectes de blanchiment d’argent, le programme des Nations Unies lance un projet pour légitimer les services de transfert d’argent offerts par les sociétés somaliennes.

Ismail Ahmed est donc approché par les équipes du PNUD afin de rejoindre le programme à Nairobi au Kenya. « Mon travail consistait à aider les équipes pour comprendre la réglementation en place, mais également pour l’installation d’une plateforme commune pour ce genre de transferts », explique le spécialiste.

Une fois sur place, Ismail Ahmed découvre un problème auquel il ne s’attendait pas : « j’ai été témoin de beaucoup d’irrégularités et de pratiques frauduleuses, notamment chez les officiels qui géraient le projet et les consultants privés qui les accompagnaient ». Ce dernier décide alors de contacter les Nations Unies. Tout de suite après des investigateurs de New York débarque pour enquêter sur l’affaire, mais tout le monde dissimule alors les éléments compromettants et cherche à découvrir qui est la «taupe». Il a même été demandé à Ismail Ahmed de les aider à trouver le suspect, il a donc eu accès à tout le système où il a pu dénicher une centaine de milliers de mails qui confirment ses croyances et il en a fait un dossier -en plus de ce qu’il a vu à la base- et le dépose de manière officielle à la direction du PNUD en Somalie.

Sauf que voilà. Ismail Ahmed se retrouve alors soudainement transféré à Dubai. Le dossier n’a pas été transmis à la direction du PNUD à New York et toutes les traces compromettantes ont été supprimées des dossiers du bureau de Somalie. Aucune enquête ne sera ouverte. Il ne perd pas espoir et tente une nouvelle fois de transmettre le dossier en 2007, puis se retrouve mis à la porte avec en sus une enquête lancée contre lui par le PNUD.

Le Dr Ahmed prend alors contact avec un journaliste de l’agence Reuters qui dévoile l’affaire. L’impact de la révélation est tel qu’une députée américaine se saisit du problème et qu’une enquête est finalement ouverte.

Ismail Ahmed se retrouve sans emploi et décide alors de reprendre ses études à Londres pour un MBA à la London Business School. En 2010, il gagne l’affaire et reçoit des dédommagements du comité éthique du PNUD qu’il emploie pour lancer sa compagnie. WorldRemit voit alors le jour, et son fondateur installe le premier corridor de transfert d’argent au Somaliland ! Aujourd’hui, WorlRemit souhaite s’attaquer aux transferts inter africains, une autre poule aux œufs d’or qui ne manquera pas de bousculer un peu plus les majors du secteur tels que Western Union ou Money Gram.

Soumayya Douieb

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