«En 2017, nous concentrons nos efforts autour du développement d’ACACIA»

Dans un contexte où les entreprises ne maîtrisent pas toujours les technologies adéquates dans les domaines de l’énergie et de la sécurité, AVEO Energie, premier producteur marocain d’énergie à partir de biomasse, lance la société ACACIA. De droit marocain, cette société est spécialisée dans l’amélioration des pratiques de gestion de l’énergie et de la sécurité des entreprises dont les besoins en la matière ont connu une évolution rapide ces dernières années. Jean Baptiste Trémouille, Directeur Général d’AVEO Energie, nous apporte plus de détails sur l’activité de la nouvelle filiale. De même, il nous livre, entre autres, les ambitions d’AVEO Energie pour le marché africain ainsi que sa vision du secteur de la biomasse au Maroc.

Al Bayane : En partenariat avec le groupe espagnol EBE, vous venez de créer ACACIA Technology Services. Pouvez-vous nous parler de l’activité de cette société?

Jean Baptiste Trémouille : ACACIA Technology Services aide les entreprises à réduire leur consommation énergétique et à améliorer la sécurité de leur activité, notamment dans le milieu industriel. L’efficacité énergétique et la sécurité sont les deux premières cibles de la société, qui – d’une manière plus générale – souhaite apporter aux entreprises la maîtrise de technologies durables, au bénéfice de leurs activités. Pratiquement, il s’agit d’une solution d’audit énergétique qui met en œuvre des services sur-mesure exécutés par un professionnel reconnu et indépendant pour une impartialité totale des analyses. Pour une entreprise, c’est un préalable incontournable si elle souhaite s’inscrire dans un plan de progrès d’efficacité énergétique durable et pérenne.

Pourquoi les entreprises marocaines feront appel à l’expertise d’ACACIA ?

Les entreprises, qui font appel à un expert en gestion d’énergie et en sécurité, bénéficient de retombées extrêmement positives pour leurs activités et leur réputation. Elles se voient préconiser des actions simples à mettre en œuvre pour réduire efficacement leurs factures énergétiques. Elles valorisent leur patrimoine, respectent les réglementations, gagnent en confort pour leurs employés et améliorent leur image de marque par une démarche éco-responsable qui contribue à préserver l’environnement.

ACACIA Technology Services propose déjà des services en gestion de l’énergie (audit, travaux et suivi) et sécurité industrielle (audit, ATEX, travaux, suivi et veille) et compte de nombreuses références. L’entreprise a récemment audité à Marrakech un hôtel de 238 chambres pour lequel elle a proposé des solutions qui ont permis de réduire la consommation d’énergie de l’établissement de plus de 20% avec un retour sur investissement de trois ans et une maintenance et une garantie sur le matériel installé de huit ans.

Pourquoi avez-vous décidé de vous associer à EBE ?

EBE Group est un groupement de sociétés catalanes dédiées aux services aux entreprises et aux collectivités : efficacité énergétique, sécurité, télécommunication, smart-cities… Il possède un grand savoir-faire et bénéficie de solides références et d’une trajectoire exemplaire. L’intérêt pour AVEO est d’internaliser rapidement un savoir-faire complexe au sein d’une structure marocaine, en contrepartie de quoi, EBE développe son activité dans le Royaume. C’est un partenariat logique et équilibré.

 Y’a-t-il d’autres partenariats dans le pipe ?

En 2017, nous allons concentrer nos efforts autour du développement des activités énergie et sécurité d’ACACIA. Nous prévoyons d’intégrer dans deux ou trois ans d’autres expertises maîtrisées par EBE. Sans exclure de faire entrer à l’avenir un nouveau partenaire, apportant d’autres compétences. Il est encore aujourd’hui trop tôt pour s’en préoccuper.

Comment s’est comportée l’activité d’AVEO Energie en 2016 ?

L’activité d’AVEO s’est bien comportée en 2016 ; la société avait des objectifs clairs et simples : se développer, consolider ses processus et obtenir un résultat financier positif. Le développement, notamment à Marrakech, a très bien suivi et les processus d’exploitation ont tenu le coup, malgré une saison oléicole médiocre (les chaufferies biomasses dépendent en partie de la culture de l’olivier). Par ailleurs, la COP22 a permis de mettre un peu en avant la filière de la biomasse, qui est toujours dans l’ombre des champions de l’énergie renouvelable marocains, à savoir le solaire et l’éolien.

Concrètement, quel est votre chiffre d’affaires en 2016 ?

AVEO Energie termine l’année à 21 millions de DH de chiffre d’affaire, donc en progression de 250% par rapport à l’an dernier, et un résultat positif. Mais le plus important n’est pas vraiment le résultat financier. En effet, 2016 est avant tout une année charnière, où nous avons constaté une certaine démocratisation de la biomasse. Ce qui était vu hier comme un mouton à cinq pattes est maintenant tout à fait entré dans les mœurs. Les industriels, les patrons d’hôtel, les pouvoirs publics, même les particuliers comprennent que, quoi qu’on fasse, la biomasse est là, sous de nombreuses formes, et qu’il faut s’en servir. Ne rien faire de la biomasse, c’est dans le meilleur des cas très dommage économiquement et dans le pire, nocif pour l’environnement.

 Comment est articulé votre plan d’investissement sur les années à venir ?

Je ne peux pas vous donner de détails pour l’instant. Le schéma général est de continuer à investir dans des centrales de production d’énergie renouvelable, de nous développer sur des métiers connexes (c’est le cas d’ACACIA) et d’exporter les activités de la société.

Quelles sont les ambitions d’AVEO Energie en Afrique ?

La filière de l’énergie-biomasse en Afrique en est aux balbutiements. Certains pays, notamment en Afrique de l’Ouest, ont déjà des installations biomasse thermiques et électriques. Ce que l’on a constaté en étudiant la disponibilité des biomasses dans cette région, c’est que le potentiel est énorme, notamment en tenant compte de certains combustibles complexes peu utilisés dans le métier, comme les résidus d’anacarde par exemple. Le défi que l’on doit relever pour développer cette filière ressemble à un numéro d’équilibriste : il faut s’assurer de la disponibilité de la biomasse pendant au moins 10 ans (et qu’elle ne manquera à personne si on la brûle), trouver un support financier pour une activité nouvelle très capitalistique, former des compétences techniques, évaluer le risque d’une rechute des cours du pétrole et enfin, être sûr que le bénéficiaire de la chaleur en aura besoin encore pendant 10 ans.

Selon vous, quels sont les enjeux de la biomasse au Maroc ? 

Le Maroc est un producteur conséquent de biomasse. On ne parle bien entendu pas ici de la biomasse forestière, mais de tout le reste : déchets agricoles, déchets industriels (agroalimentaire, textile, cellulose…) et déchets urbains, principalement composés de biomasse humide. Cette biomasse existe : il faut s’en servir. Soit la recycler, soit la transformer en énergie, sinon elle se décompose et dégage des gaz à effets de serre. La chaleur issue de la biomasse-énergie est très compétitive et on arrive à des prix d’énergie bien plus bas que ceux issus du solaire ou de l’éolien. Enfin, l’énergie produite à partir de biomasse est à 90% marocaine : le poids des importations est très faible et les besoins en main d’œuvre locale sont importants. Les enjeux sont donc très clairement économiques, écologiques et sociaux.

Kaoutar Khennach

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