Hong Kong: Manifestations suite au report des élections

Prétextant la pandémie du coronavirus, Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif de Hong Kong, nommée par Pékin, avait pris le 31 juillet dernier la décision de différer d’une année des élections du Conseil législatif hongkongais, le Legco, qui fait office de parlement, et qui devaient se tenir, au suffrage universel direct, ce dimanche 6 septembre.

Cette décision qui, de l’avis de la dirigeante hongkongaise a été «la décision la plus difficile» à prendre depuis la propagation de la pandémie du nouveau coronavirus, avait été immédiatement saluée par Pékin comme étant «nécessaire, raisonnable et légale». Mais ce n’est point là l’avis de Claudia Mo, une parlementaire de l’opposition, pour laquelle il s’agit d’une «décision politique sournoise et méprisable, dont le but est d’empêcher une victoire des démocrates». Aussi, ce report intervenu au terme d’un mois marqué par la disqualification de leurs candidats, les multiples arrestations d’étudiants et le départ en exil des principales figures de l’opposition n’avait pas été du goût de la mouvance pro-démocratie hongkongaise qui comptait sur le ressentiment anti-gouvernemental pour obtenir la majorité à l’assemblée.

C’est pour cette raison que ce dimanche 6 septembre – date initialement fixée pour la tenue de cette consultation – ce sont des milliers de hongkongais qui ont bravé pacifiquement, dans plusieurs quartiers de Mongkok, sur la péninsule de Kowloon, les centaines de policiers anti-émeute déployés pour l’occasion. Aussi, après avoir fouillé et arrêté quelques trois cents manifestants qui scandaient, à l’unisson, «Flics corrompus !» ou encore «Rendez-moi mon vote» ! Les forces de l’ordre ont ordonné aux manifestants de se disperser.

Parmi les personnes interpellées figurent une femme accusée d’avoir proféré des «menaces indépendantistes» en scandant des slogans «sécessionnistes» ainsi que Leung Kwok-hung, Figo Chan et Raphael Wong, trois figures de proue du mouvement pro-démocratie. Plus tôt, dans la matinée, c’est Tam Tak-chi, un animateur-radio qui avait été arrêté, par la police en charge de la sécurité nationale, au motif qu’il aurait tenu des propos «à caractère séditieux» alors même que la nature exacte des propos incriminés n’a pas été précisée.

Et si après avoir qualifié les manifestants de «sans-cœur», le porte-parole du Bureau de liaison chinois à Hong Kong a tenu à rappeler qu’«il n’y aura aucune tolérance envers tout acte qui viole la loi de sécurité nationale», le gouvernement de Hong Kong a condamné, dans un communiqué, «les actes illégaux et égoïstes» des manifestants» tout en précisant que «la priorité pour Hong Kong, actuellement, est de s’unir et de combattre ensemble le virus».

Pour rappel, après sept mois de manifestations, Pékin a lancé une vaste campagne de répression à l’encontre de la dissidence hongkongaise et promulgué, fin juin, sa loi sur la «sécurité nationale», jugée liberticide par les militants pro-démocratie. Or, bien que les autorités hongkongaises affirment que cette nouvelle législation n’affecte, en aucune manière, les libertés d’expression et de réunion qui restent garanties en vertu du principe «Un pays, deux systèmes» tel que fixé par l’acte portant rétrocession à la Chine de l’ancienne colonie britannique en Juillet 1997, au moins 22 personnes – dont le magnat de la presse Jimmy Lai et la célèbre militantes Agnes Chow – ont été arrêtées en application des dispositions de ladite loi qui, pour l’ONU constitue, néanmoins, un risque pour les libertés et le droit de manifester à Hong Kong.

Au vu de tout ce qui précède, est-il permis d’affirmer que la loi nationale sur la sécurité à Hong Kong promulguée par Pékin non seulement contrevient aux dispositions dûment fixées par l’acte portant rétrocession de ce territoire à la Chine mais qu’elle risquerait même, à terme, d’annihiler le fameux principe «un pays, deux systèmes» qui y est énoncé ?  Attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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