La rue réclame la démission du président

«Le Chili entier va continuer à descendre dans la rue jusqu’à ce que le président démissionne… Tant qu’il ne quittera pas ses fonctions, le Chili va continuer à se mobiliser non seulement à Santiago mais partout dans le pays» a déclaré, à l’AFP, une jeune manifestante faisant partie des quelques 10.000 chiliens qui, ce vendredi, en réponse à un appel lancé sur les réseaux sociaux et en dépit d’un important déploiement des forces de l’ordre, ont battu le pavé des rues de Santiago avoisinant le siège du gouvernement pour réclamer la démission du président conservateur Sebastian Pinera.

Outre la libération des personnes arrêtées dans le cadre des manifestations de ces derniers mois, les chiliens exigent de pouvoir puiser dans leur épargne-retraite obligatoire pour faire face aux conséquences économiques désastreuses de la crise du nouveau coronavirus.

Désireux d’emprunter l’Avenue Alameda, la principale artère de la capitale chilienne, les protestataires en ont été empêchés, par la police qui, pour les disperser, a utilisé des canons à eau, des bombes lacrymogènes ainsi que des gaz asphyxiants qui, dans le meilleur des cas, les faisaient vomir et, dans le pire, les faisaient tomber par terre. «Ils ne nous laissent pas avancer et les gaz qu’ils utilisent sont très forts» se plaint une manifestante pendant que les protestataires jettent des pierres en direction des forces de l’ordre et mettent le feu à des abris-bus et à des barricades pour empêcher le passage des voitures de police.

Le rassemblement de ce vendredi – le plus important de la semaine –  est intervenu après plusieurs journées d’affrontement entre manifestants et forces de l’ordre et notamment après la marche des femmes qui avait eu lieu mercredi au titre de la commémoration de la Journée internationale pour l’élimination de la violence contre les femmes.

Cette vague de manifestations réclamant une société plus juste mais qui n’est encadrée par aucun groupe politique avait commencé le 18 Octobre 2019. Elle a été  interrompue d’abord par la pandémie du coronavirus qui a durement frappé le pays puis par le référendum du 25 Octobre dernier au terme duquel l’écrasante majorité de l’électorat chilien avait plébiscité la mise en place d’une nouvelle constitution qui liquiderait la dictature héritée de l’ère Pinochet (1973-1990).

Mais malgré cette victoire, les chiliens n’ont pas mis fin à leur mouvement de révolte contre les inégalités sociales commencé en Octobre 2019. Leur mobilisation semblerait même avoir pris un nouveau souffle la semaine dernière avec, en ligne de mire, la démission du président Sebastian Pinera. Est-ce à dire que, pour éviter un pourrissement de la situation et l’inévitable embrasement qui pointe à l’horizon,  ce dernier doit commencer à envisager son départ voire même à faire ses valises ? Attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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