L’Algérie vit sur la «planche à billets»

Après la pétition adressée par des personnalités de l’opposition au Président Abdelaziz Bouteflika, lui demandant de renoncer à un cinquième mandat pour permettre au pays un changement pacifique, c’est au tour des organismes internationaux (la FMI), de la société civile et des médias de dénoncer la dérive autoritariste du régime algérien. Une journaliste algérienne, Lila Haddad, qui travaillait au Parlement européen à Bruxelles pour le compte de la chaîne publique algérienne «ENTV», se soulève et récuse une prise d’otage du pays par les «barons du régime» alors que le FMI énumère les points noirs de l’économie algérienne et appelle le pouvoir à intervenir rapidement pour redresse la barre.

Et si pour les signataires de la pétition, un cinquième mandat de Bouteflika est une «erreur dramatique» pour le pays et «un calvaire» pour le président lui-même, et appellent à une transition politique afin d’obtenir «un état de droit», la journaliste n’y va pas de main molle.

Selon l’AFP, Lila Haddad, qui avait été licenciée pour «incivisme» et «comportement bipolaire», récuse une prise d’otage du pays par les «barons du régime». Elle dénonce «les dérives du régime» et appelle à «un renouveau politique en Algérie». Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, Lila Haddad estime que «La dignité de tout un peuple est bafouée. Les Algériens sont devenus l’objet de risée du monde. Leur dignité a succombé à leur propre humanité pour ne former qu’une montagne de honte».

La réponse des porte-voix du régime ne s’est pas fait attendre. Agression et virulence fusent de tous parts contre l’institution européenne, coupable, selon eux, de permettre d’»attenter à l’honneur et à la dignité des institutions» algériennes» et de laisser agir une journaliste opposée au pouvoir en place à Alger.

Et comme si de rien n’était … le communiqué de l’ambassade d’Algérie à Bruxelles évoque, comme à chaque critique, «la théorie du complot», et parle d’un acte «au service de puissances étrangères hostiles à l’Algérie».

La journaliste a «simplement dit tout haut ce que tous les Algériens, emmurés dans le silence et plongés dans l’incertitude, pensent tout bas».

En effet, l’Algérie de Bouteflika est aujourd’hui en crise. Elle est dans l’impasse totale. Rien ne va plus, de l’avis général des observateurs politiques et économiques. Car, depuis la chute des produits pétroliers, il y a quatre années, le ^pouvoir ne sait plus où en donner de la tête.

Les institutions financières internationales multiplient les alertes et les signaux pour que les décideurs algériens reprennent les choses en mains et remettre le pays sur la voie de la croissance et du progrès.

C’est ainsi que le Fonds Monétaire International estime que « l’Algérie reste confrontée à des problèmes importants», en plus des problèmes liés aux prix des hydrocarbures. Selon le FMI «La croissance du PIB réel a fortement ralenti, en raison principalement d’une contraction de la production d’hydrocarbures, même si la croissance du secteur hors hydrocarbures est restée stable».

Dans une note de conjoncture publiée vendredi dernier, le FMI affirme que «le chômage s’est hissé à 11,7% en septembre 2017, contre 10,5% un an plus tôt, et reste particulièrement élevé chez les jeunes (28,3%) et chez les femmes (20,7%)». De même «le taux d’inflation moyen s’est établi à 5,6%, contre 6,4% en 2016».

Pour le FMI, les principales mesures pour financer les déficits (planche à billets) et enrayer la baisse des réserves de change (restrictions aux importations) «pourraient faire peser des risques considérables sur les perspectives économiques de l’Algérie». Le FMI met en garde contre cette approche qui « aura comme conséquence probable d’exacerber les déséquilibres budgétaires et extérieurs, d’alimenter l’inflation, d’accélérer la diminution des réserves de change, d’aggraver les risques pour la stabilité financière et, en fin de compte, de ralentir la croissance».

Par ailleurs, affirmé le journaliste et écrivain Mohamed Benchicou estime, dans un entretien à «Le Point Afrique», que « l’Algérie est un pays sans État qui est livré à la prédation et à la corruption», affirmant que ce «pays a été mis à genoux durant ces deux dernières décennies, faisant observer que la monnaie nationale ne cesse de se dévaloriser jusqu’à devenir une monnaie de singe».

Selon lui, «le pays importe tout ce qu’il consomme et ne produit quasiment rien, hormis les hydrocarbures», rappelant que l’Algérie vit sur la «planche à billets». «Il n’y a pas de projet économique.

Et «tôt ou tard ces artifices vont disparaître et laisser place à la réalité qui est celle-ci : «nous ne sommes pas maîtres de notre avenir ni sur le plan économique, ni social, ni politique. Tout est fait pour laisser pourrir les choses et laisser s’aggraver les retards».

Tout semble acquis pour que les choses se poursuivent et s’aggravent au risque de provoquer une insoumission de larges couches sociales.

M.K. avec AFP

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