«Le film est touchant parce qu’il brise tous les clichés»

Latefa Ahrrare, réalisatrice du documentaire «Tharbat’N’Wadoo»

Doucement mais sûrement, l’actrice  et comédienne  Latefa Ahrrare a suivi son rêve d’enfance jusqu’au bout: devenir réalisatrice. Chose promise, chose due! En effet « Tharbat’N’Wadoo » (fille du vent) est l’intitulé de son nouveau documentaire retraçant l’histoire d’une adolescente de 12 ans issue de la ville de Oulmès rêvant devenir la « Maestra » d’une troupe d’Ahidous mixte. Ce rêve a accompagné et habité la réalisatrice. Il faut le dire, il y a un peu de Latefa dans ce film. En outre, « Tharbat’N’Wadoo » a décroché le  prix Idder Yehya du meilleur court-métrage du Festival international du film amazigh Issni’N’Ourg (FINIFA) à Agadir le 9 avril 2019.

Al bayane: « Tharbat’N’Wadoo » (fille du vent) est votre nouveau documentaire primé dernièrement  au  FINIFA. Comment êtes vous tombés sur cette histoire originelle?

Latefa Ahrrare: Le film est touchant parce qu’il brise tous les clichés. C’est un film que j’ai réalisé dans le cadre de mon Master Cinéma Documentaire à la Faculté des lettres et des Sciences Humaines de Tétouan. On  avait comme thématique la musique.  En effet pour parler de la musique, il fallait voir l’angle d’attaque. Pour Ahidous, il fait partie de mon identité. Alors j’ai découvert cette fille via face book, et  par la suite j’ai commencé à la suivre et la voir. J’ai cherché ses cordonnées, je les ai eu, je l’ai appelée, je suis allée chez elle à Oulmès. J’ai vécu un moment avec elle, avec sa famille et son maître. C’est comme ça que l’idée est née  du film  » fille du vent « . C’est moi d’ailleurs qui l’a nommé « Tharbat’N’Wadoo » parce que pour moi, c’est une fille qui bouge comme le vent.

Vous dites qu’à travers le chant, la danse et la musique vous rendez un vibrant hommage à la femme, à l’expression corporelle, mais aussi à l’égalité entre les femmes et hommes.

Effectivement. Je rends aussi hommage à  tout le mouvement féminin et féministe au Maroc parce qu’on essaie d’avoir beaucoup d’acquis, de réaliser beaucoup de droits pour les femmes. Je pense si on puise un peu dans notre culture, il y a des choses qui  sont innées dans notre culture et surtout dans la culture amazighe, car il y a beaucoup de droits pour la femme. La société  amazighe est matriarcale. Voyons par exemple cette fille rêvant d’une troupe mixte, l’homme à côté de la femme; une troupe de plusieurs personnes. C’était une manière de réaliser cette égalité à laquelle on aspire. Cette fille est jeune qui rêve aussi de devenir la « Maestra » et qui rêve  de cette égalité sans être dans le militantisme. Elle disait dans le film : «moi quand je danse, je me sens libre… je sens que mon corps est libre comme les fleurs dans les champs, comme le vent…». C’est vraiment magnifique!

Revenons un peu sur le titre « Tharbat’N’Wadoo » ou «la fille du vent». Ce titre est certes poétique, mais c’est aussi une ode  à la liberté. Et dans le film, il y a deux regards humains pour ne pas dire uniquement féminins celui  de  la réalisatrice et  de l’actrice. Quel regard portez-vous sur la question de la femme dans le cinéma marocain?

Je dirais surtout un regard humaniste parce que je ne cherche pas seulement à ce que la femme ait plus de place que l’homme ou le contraire. Or, moi j’opte pour cette égalité entre les deux.  Pourquoi le choix de l’adolescente ?  Car on a plusieurs points communs : elle est rebelle, elle est dynamique, elle est très libre dans son corps et dans son esprit, et puis elle excelle dans son domaine parce qu’elle veut devenir la « Maestra »… ce sont des choses qui m’ont inspiré quand j’étais adolescente. Je me  retrouvais dans cette fille. En outre, c’était très beau de voir cette fille dirigeait des hommes dans les troupes d’Ahidous surtout avec simplicité et beaucoup de respect.

Vous êtes comédienne, actrice, animatrice, enseignante. Parler nous un peu de ce passage à la réalisation?

Le public m’a découvert entant que metteur en scène, actrice, professeur d’expression corporelle et de théâtre à l’ISADAC. Et là, la casquette de la réalisation vient d’être dévoilée. C’était  mon rêve depuis mon enfance de devenir réalisatrice. J’ai pris le temps de faire les choses. Et j’essaie toujours d’apprendre. Pour ce faire, je suis partie à l’Université. Je me suis inscrite. Puis, j’ai passé le concours et les deux ans d’études entre Rabat et Tétouan. Je suis contente de réaliser ce tas de belles choses.

Propos recueillis par Mohamed Nait Youssef

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