Maladie d’Alzheimer: Quand le cerveau flanche

Nous avons tous été confrontés un jour ou l’autre de notre vie à un ou des trous de mémoires, ne sachant plus ou nous avons déposé nos clés ou ne se souvenant plus du numéro de téléphone de notre bureau, du code secret de notre carte bancaire. Cela peut arriver à tout le monde. Mais comment distinguer ces troubles normaux d’une possible maladie d’Alzheimer?

La maladie d’Alzheimer est une maladie neurodégénérative du tissu cérébral qui entraîne des troubles de la mémoire, des problèmes d’orientation, la perte de facultés cognitives, de jugement et de raisonnement jusqu’aux changements d’humeur et de comportement. C’est une maladie qui ne laisse pas insensible. Elle fait peur car elle s’accompagne d’une perte d’autonomie souvent inévitable.

C’est la principale cause de démence chez les personnes âgées, touchant environ 50 millions de personnes à travers le monde.

Une maladie redoutée

La maladie d’Alzheimer fait peur.  On ose à peine en parler par crainte du regard des autres. C’est une réalité qu’on ne peut occulter. C’est même un tabou, et si dans une famille, une personne est atteinte d’Alzheimer, c’est toute la vie de cette famille qui est sens dessus, sens dessous. On ne sait plus quoi faire, car à ce jour, il n’y a aucun traitement curatif de la maladie d’Alzheimer, et pour beaucoup de personnes, c’est une malédiction. On comprend dès lors pourquoi cette pathologie est redoutée.

La maladie d’Alzheimer, puisqu’elle touche le cerveau et plus précisément la zone responsable de la mémoire, semble impalpable et indomptable.

Quand le cerveau flanche, quand on n’a plus de mémoire, c’est synonyme de perte de l’identité de la personne, qui n’a plus de souvenirs, plus de  passé, de présent et bien entendu, aucun avenir.

Des chiffres à connaître

Actuellement, environ 50 millions de personnes sont victimes d’Alzheimer dans le monde, et selon les spécialistes et les experts au niveau mondial, le nombre de cas de démences pourrait atteindre 75,6 millions d’ici à 2030. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que ce nombre devrait doubler tous les vingt ans pour dépasser les 152 millions à l’horizon 2050, selon un rapport publié le 14 Mai 2019. Ce qui préoccupe et qui inquiète le plus, c’est que plus de cent ans après l’identification de la maladie d’Alzheimer, il n’existe toujours pas de traitement qui permette d’en guérir ou d’en modifier efficacement l’évolution.

Qu’en est – il au Maroc?

En l’absence d’un registre national Alzheimer, comme du reste pour d’autres maladies, qui ne font pas l’objet d’un suivi constant, de notifications systématiques, on doit se contenter des chiffres avancés par les associations qui sont actives dans le domaine de la maladie d’Alzheimer. C’est le cas de l’Association Maroc Alzheimer et de l’Association marocaine Alzheimer et maladies apparentées (AMAMA), qui font état de 100.000 personnes atteintes par la maladie.

Quant aux organismes internationaux, ils estiment la prévalence de la maladie d’Alzheimer à 8,76 %, en prenant en considération le fait que la prévalence de la maladie augmente avec l’âge (doublant pour chaque augmentation de 6,3 ans). Cette tendance au vieillissement chez la population marocaine se confirme.

Selon les projections du Centre d’études et de recherches démographiques du Maroc cla proportion des personnes âgées de 60 ans et plus passera à 11,1 % en 2020, à 20 % en 2040 et à 24 % en 2050.

Si on se réfère au dernier recensement général de la population et de l’habitat de 2014, on relève que 79 759 personnes âgées de plus de 60 ans ont une incapacité totale par rapport à la mémoire.

En 2050, ce chiffre triplera voir quadrillera et il y aura au Maroc des centaines de milliers de personnes âgées qui seront confrontées à cette terrible maladie.

Agir sur les facteurs de risques

Il n’existe pour le moment aucun traitement qui permettrait de se prémunir contre la démence. Mais, dans son rapport, l’OMS insiste sur certaines pistes qui permettraient de mieux se protéger de son apparition. Il s’agit d’adopter une bonne hygiène de vie, de pratiquer une activité physique, d’arrêter le tabac, veiller à avoir une alimentation équilibrée et une baisse de la consommation d’alcool, ont un impact positif sur le cerveau. A contrario, certaines pathologies liées à une mauvaise hygiène de vie, comme l’obésité, le diabète, l’hypertension ou l’excès de cholestérol sont associées à un risque de développer une maladie d’Alzheimer ou apparentée.

Quelle prise en charge?

C’est là toute la question. Autrement qu’avons-nous préparé pour ces personnes âgées qui souffrent de cette terrible maladie?

Il faut savoir que la maladie d’Alzheimer est un réel drame pour celui qui en est atteint, mais aussi pour sa famille, son entourage et partant pour la société.

La maladie d’Alzheimer altère profondément l’être humain. Elle s’attaque à sa mémoire et donc à l’histoire même du malade.

Les familles, les enfants qui vivent au quotidien avec un parent atteint d’Alzheimer, savent mieux que quiconque, ce que signifie cette affection. Alzheimer bouleverse totalement la vie de ces familles parfois dépassées par les événements et ne sachant plus à quel saint se vouer car il n’y a pas de structures spécialisées dans la prise en charge de ce genre de malades qui nécessitent des professionnels spécialisés, des services adaptés.

Ace jour, au Maroc, nous n’avons pas de structures dédiées aux pathologies de 3e âge, et plus particulièrement à la maladie d’Alzheimer et les affections apparentées. Notre pays n’est pas encore préparé pour assurer à cette population une prise en charge spécifique, adaptée à leur état de santé, à leurs besoins qui seront surtout marqués par des maladies chroniques, invalidantes…

Il s’agit d’hôpitaux spécialisés en gériatrie, qui est une branche de la médecine qui étudie la santé des personnes âgées. La prise en charge des patients atteints de la maladie d’Alzheimer nécessite des équipes multidisciplinaires. Espérons que le Maroc se dote de telles structures dans les années à venir.

Ouardirhi Abdelaziz

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