Plan national de l’eau: la spoliation du siècle

Najib Amrani

Malgré tout ce qu’on peut lui reprocher, le chef du gouvernement Monsieur Saadeddine El Otmani, est réputé être un homme intègre et honnête. Sauf que parfois, il perd son sang-froid et se fourvoie dans des contradictions pour le moins spectaculaires.

Lors de sa réponse à une question centrale à la Chambre des représentants sur «la politique de l’eau» lors de la séance mensuelle consacrée, la semaine dernière, à la politique générale du gouvernement, M. El Otmani a commis, en guise d’argumentaire pour justifier les errements de son cabinet sur un sujet aussi prioritaire que le stress hydrique, deux déclarations qui dénotent de la confusion qui règne au sein l’équipe gouvernementale.

Ainsi, le chef de l’Exécutif reconnaît que le plan stratégique qui constitue un projet de feuille de route pour affronter les défis de l’eau au cours des années à venir, est un prolongement du programme prioritaire de l’eau approuvé par S.M. le Roi Mohammed VI et dans le même temps, il avance que ce projet a accusé un retard de 18 ans.

Lequel programme a été élaboré, tout le monde en convient,  excepté le chef du gouvernement, sous le mandat de l’ex-ministre d’Etat et ex-secrétaire d’Etat auprès du ministère de l’Equipement, du transport, de la logistique et de l’eau, chargée de l’eau. Cette dernière avait réussi, avant son départ jamais expliqué du gouvernement, au terme de plusieurs visites sur le terrain, qui ont concerné presque l’ensemble du territoire nationale, de rencontre avec les autorités locales et régionales, de discussions avec les populations concernées, avant de mettre à contribution des équipes chevronnées et expérimentées, à concocter et affiner un Plan national de l’eau élaboré en concertation avec l’ensemble des acteurs.

L’objectif de ce plan est de répondre aux besoins de la population en matière de l’eau et d’accompagner les grands chantiers lancés par le Maroc en vue d’éviter un déséquilibre entre la demande et l’offre de cette matière vitale d’ici 2030. Le rendu final, réalisé avec un professionnalisme et un savoir-faire imparables,  a valu  à Mme Afailal les applaudissements de tous les partenaires y compris ses collègues et les cadres de son département.

Hélas, ce plan a été soumis  à Sa Majesté le Roi Mohammed VI par le gouvernement après le départ de son initiatrice. On n’y a changé que la date, de 2018-2025 il devint le plan national de l’Eau 2020-2027. Un service minimum d’actualisation mais une énorme opération de récupération, voire de  spoliation politique.

Pas un mot, ni une seule virgule n’ont été déplacées. Le comble dans cette affaire, est que le chef de gouvernement a utilisé dans sa prestation devant les députés, quasiment le même discours et le même argumentaire prononcé par Madame Charafat Afailal en 2017 sous la même Hémicycle.

Force est de reconnaître que la rapidité avec laquelle ce plan a été présenté au Souverain par le gouvernement laisse pantois et  soulève d’innombrables questions. A peine dix mois, période qui sépare la date de la directive de Sa Majesté au gouvernement d’achever ce plan et sa présentation devant le Souverain. Période infiniment insuffisante pour l’élaboration d’un plan de cette envergure.

D’ailleurs, à la lecture du contenu de ce plan, présenté devant Sa Majesté, le 13 janvier 2020, nous remarquons qu’il s’agit d’une copie fidèle du projet de Plan National de l’Eau, précédemment élaboré par Charafat Afailal.

Mieux encore, le chef de gouvernement qui a remercié ceux qui ont « reconnu » que le « plan national de l’eau avait enregistré 18 ans de retard », a omis de remercier celle qui a veillé à son élaboration et recueillit les éloges de tous les partenaires, y compris les gouverneurs et les ministres. Par inadvertance peut-être, ou par précipitation, El Otmani, dupé par son ministre l’Équipement, du transport, de la logistique et de l’eau, Abdelkader Amara, qui avait mis les mains et les pieds pour empêcher, par jalousie peut-être,  la présentation de ce plan par son conceptrice initiale Charafat Afailal, au point de manigancer sa sortie du gouvernement, n’a peut-être pas remarqué que cette dernière, en femme politique chevronnée, formée dans une école politique authentique, avait fait un grand effort de communication lors de la préparation de ce plan et a conduit  de vastes consultations sur le terrain impliquant toutes les parties concernées dans le but d’élaborer un plan qui assure aux Marocains une sécurité hydrique durable pour les années à venir.

Mieux encore, Charafat Afailal réussissait à chaque exercice à déployer le budget de son département dans les délais impartis en vue d’accélérer la cadence des projets initiés, et ce en dépit des obstacles et embûches que certaines parties s’ingéniaient à lui créer. Ces ingrats, qui n’ont rien apporté de nouveau à ce secteur vital, se pavanent aujourd’hui de s’approprier tous les projets initiés par Charafat Afailal et dont le lancement date d’avant 2018.

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