Des acteurs appellent à faire du Nouvel An amazigh un jour férié

Dans quelques semaines, les Amazighs du monde accueilleront une nouvelle année, 2968. Yennayer, nouvel an amazigh, fêté chaque 13 janvier, est une date importante dans le calendrier des Amazighs d’ici et d’ailleurs vue sa dimension symbolique, culturelle et historique. Comme à l’accoutumée, les associations et les acteurs amazighs ne ratent pas cette occasion pour faire le bilan et s’arrêter sur les grandes questions relatives à l’amazigh au Maroc. Plusieurs voix dans le tissu associatif et culturel s’élèvent ces dernières années pour reconnaitre ce jour comme fête nationale.

«Il y a un nouvel an qui arrive sans qu’il y ait une réaction du côté du gouvernement et de décideurs pour reconnaitre finalement cette fête comme fête nationale. Malheureusement, il y a des jours fériés au cours de l’année que les Marocains ne connaissent même pas, alors que cette fête est célébrée dans tout le territoire du Maroc par des centaines d’associations», nous indique Ahmed Assid, président de l’Observatoire amazigh pour les droits et libertés dans une déclaration au journal.

Selon lui, jusqu’à présent, il n’y a aucune réaction sachant que l’amazigh est officiel depuis 2011. «Il faut que la culture soit aussi reconnue comme culture officielle. En d’autres mots, la langue amazighe est liée à sa culture. Ceci dit, on ne peut pas séparer la langue de sa culture, car cette dernière est composée de littérature, d’art, d’histoire, de coutumes, de rites, de fêtes… tout ça doit être reconnu par l’Etat», a-t-il ajouté. D’après lui, jusqu’à présent, «il n y a rien… et le mouvement amazigh considère que la reconnaissance de cette fête est en effet un grand pas pour préserver l’identité amazighe».

L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, les sciences et la culture (UNESCO) avait classé le nouvel an amazigh au patrimoine immatériel universel, sans oublier bien entendu   l’alphabet tifinagh. Pour le président de l’Organisation Tamaynut, Abdellah Sabri, il est évident que les Amazighs appellent à la reconnaissance de ce jour férié et payé. «C’est une valeur ajoutée à notre culture. Une fête nationale avec tout ce qui l’accompagne dans les médias sera un grand ajout. C’est une recommandation fondamentale chez nous à Tamaynut», nous indique-t-il.

D’après lui, il y a un retard dans la mise en œuvre des lois organiques. «Ce retard est très marquant. Depuis 2011, la décision est prise. Nous avons déjà raté 6 ans d’expérience, 6 ans de justice culturelle, linguistique, mais aussi 6 ans de la souffrance des citoyens dans les administrations et les tribunaux parce qu’ils ne s’expriment qu’en arabe», a-t-il fait savoir.

Le président du Réseau Amazigh pour la Citoyenneté Azetta, Abdellah Badou n’y va pas par quatre chemins. «Dans le mouvement amazigh, nous considérons que la reconnaissance de l’année amazighe est un pas important pour reconnaitre l’aspect constitutionnel et officiel de l’amazighe. C’est l’une des recommandations historiques du mouvement amazigh vue sa portée symbolique ancrée dans l’Histoire du Maroc», a-t-il affirmé. Et d’ajouter : «sachons que toutes les fêtes nationales et internationales ont pour but la reconnaissance symbolique et la promotion d’une culture chez les générations à venir». D’où la défense du mouvement amazigh de cette revendication chaque 13 janvier, a-t-il ajouté.

Pour le président du Réseau Amazigh pour la Citoyenneté Azetta, Yennayer est une occasion de remettre en question certains sujets touchant à l’amazigh : ses acquis, aspirations et attentes.  Aujourd’hui, a-t-il souligné, ce retard au niveau de la reconnaissance de ce jour comme fête nationale pour tous les Marocains traduit ce retard au niveau de la mise en œuvre des lois organiques relatives à l’officialisation de l’amazighe.

Le Nouvel An amazigh est une fête très ancienne marquée et ponctuée par des festivités et des rituels millénaires. «Le Nouvel An amazigh correspond cette année à 2968 (2018 JC.) Il est célébré, chaque année, par les Amazighs aussi bien au Maroc que dans la diaspora. Appelé «Id n Innayer», «Id n usggwas» ou «Hagouza», c’était d’abord une fête traditionnelle collective essentiellement agraire. Il marque le passage à une nouvelle année par la préparation de mets rituels et par l’observance de certains interdits», nous explique Mohamed Moukhlis, chercheur à l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM).

Selon le chercheur, la célébration de cette fête est très ancienne. Imbriquée dans des pratiques sociales et culturelles des Amazighs, elle fait partie de l’ensemble des traditions qui s’inscrivent dans le processus de valorisation de l’identité culturelle amazighe. Sa datation, explique-t-il, correspond à l’accession au pouvoir, en Egypte, par le Roi Sheshonk en 950 Av. J.C.  D’une fête agraire, le Nouvel An s’est ainsi adapté au renouveau culturel amazigh pour revêtir une signification symbolique. «La célébration ne se limite plus aux seules activités rituelles», poursuit-il.

L’IRCAM, en tant qu’institution publique dédiée à la promotion de la culture amazighe, a intégré, explique-t-il, cette dynamique et célèbre cette fête qui participe à la valorisation de la mémoire collective et de l’histoire nationale.

Mohamed Nait Youssef

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