Mohamed Achaâri
Une mine rare à revisiter
Dans son intervention, Mohamed Achaâri, écrivain, poète, romancier, homme politique, leader de l’USFP, ancien ministre et membre de l’académie du Royaume du Maroc, a indiqué que l’actuel ouvrage a le mérite de revenir sur la vie pleine et riche en évènements et en péripéties de Moulay Ismail Alaoui, ce grand militant progressiste, et cet intellectuel de grand calibre convaincu des questions de son peuple et de sa nation.

« Après avoir lu cet ouvrage en deux jours, je me suis aperçu qu’il constitue en fait une mine rare qui doit être revisitée pour y découvrir tous les secrets », a-t-il confié.
Il s’agit aussi d’un document très rare dans une société qui gère ses affaires en catimini, a-t-il noté, tout en exprimant ses regrets que les grands hommes de ce pays refusent dans leur majorité de léguer des écrits sur leurs expériences.
En général, la vie culturelle du pays connait un grand manque en matière d’autobiographies, de biographies, de mémoires et de contre-mémoires et de sonneries téléphoniques.
En lisant l’actuel ouvrage, l’on s’aperçoit que l’on a perdu de nombreuses figures et d’expériences rarissimes dans l’histoire nationale et culturelle du pays, sans possibilité de les connaitre à l’avenir.
Il s’agit probablement de l’un des défauts de la démocratie marocaine, a-t-il dit, expliquant que les langues se délient et les gens s’expriment en fonction de l’espace de libertés et de l’exercice de la démocratie dont ils disposent.
L’actuel ouvrage est destiné aux historiens et aux chercheurs en politique et en sociologie en ce qui concerne notamment le dialogue national sur la société civile, l’expérience de la Koutla démocratique, les politiques gouvernementales sous le gouvernement de l’alternance, les empreintes de Moulay Ismail Alaoui lors de son passage aux ministères de l’enseignement et de l’agriculture. Des parties de ce travail peuvent aussi constituer le point de départ d’un projet plus grand pour se pencher sur l’histoire politique contemporaine du pays, a-t-il estimé, citant le témoignage de Moulay Ismail sur l’expérience de l’alternance ou la Koutla.
Il s’agit donc d’un grand gisement à la disposition des historiens et des politologues, a-t-il dit, tout en indiquant avoir été impressionné par le contenu personnel et familial mis à la disposition du lecteur. Une telle matière brute a besoin peut être d’un écrivain comme Balzac pour en décrire tous les contours et en ressortir tous les détails, les rebondissements et les aboutissements humains, a affirmé Achaâri, le romancier et l’artiste de la plume.
Moulay Ismail fait savoir dans ce ce livre qu’il est issu de la famille Alaouite et de la famille El Khatib. La lignée Alaouite remonte à l’un des fils de Moulay Ismail, à savoir Moulay Al Mortaji. Quant à la lignée El Khatib, elle remonte à l’ancêtre El Haj Omar El Khatib.
La présence aujourd’hui parmi nous de Moulay Ismail est liée en partie à l’histoire des négociations avec la France, qui occupait l’Algérie, à propos de la délimitation des frontières dans la région de ZoujBghal. Là c’étaient rencontrés son ancêtre de sa mère El Haj Omar El Khatib et Si Mohamed El Guebbass, chargé par le Sultan de mener ces négociations. Cette rencontre politique délicate a débouché sur le mariage par El Guebbass de sa fille ainée Lalla Meriem à El Haj Omar El Khatib, né en Algérie où il avait grandi et fait ses études, avant de venir vivre et finir sa vie au Maroc.
Et c’est donc à ces deux pôles qu’appartiennent le père Abdelhamid Alaoui et la mère Malika El Khatib, les parents de Moulay Ismail Alaoui.
La grand-mère Meriem El Guebbass, épouse d’Omar El Khatib avait donné naissance à Hiba, tante de Moulay Ismail, épouse de Driss Benslimane et mère du général HousniBenslimane. Elle avait donné naissance aussi à Salima, épouse d’Abdeslam Hassar et mère de JoudiaHassar, épouse du général HousniBenslimane. Alors que Niâmate Allah Naima, épouse d’Abdelkrim Boujibar, gendre de Mohamed Ben Abdelkrim El KHattabi.
Quant à Mohamed El Guebbass, né à Fès dont la famille s’est installée en provenance de Zerhoune, il était ministre de la guerre, (El ÂLLAF AL KABIR) sous le règne des Sultans Moulay Abdelaziz, Moulay Hafid et Moulay Youssef avant d’être nommé au poste de SADR AL AÂDAM. Alors Abdelkrim Benslimane, ministre des affaires étrangères et ancêtre du général HousniBenslimanede son père, était l’oncle de Mohamed El Guebbass, ancêtre de Moulay Ismail Alaoui. Pour ce qui est de Lalla Meriem El Guebbass, grand-mère de Moulay Ismail, elle était une personnalité balzacienne exceptionnelle. Elle recevait tous les ans en été quelque 30 enfants parmi ses petits-filsdont faisaient partie Moulay Ismail et les petits-fils des amis de la famille, chez elle à El Jadida pour les vacances d’été.
Parmi les oncles de Moulay Ismail on trouve Abdelkrim El Khatib, le médecin, le résistant et l’homme politique connu de tous. Mais la personnalité la plus forte dans ce panorama familial reste à mon avis, a-t-il dit, Lalla Meriem El Guebbas, grand-mère de Moulay Ismail, qui était une femme d’une grande culture, faisait partie des femmes qui avaient pris par cœur le Saint Coran, avait bénéficié d’une éducation raffinée, jouissait de bonnes relations avec son époux, son père et avec tous les membres de la famille royale en particulier avec LallaAbla, mère de feu Hassan II. Les princes et les princesses y compris le prince Moulay Hassan lui rendaient visite en été. Elle se rendait aussi de manière spontanée au Palais Royal. Cette grande famille comprenait à l’époque des représentants de toutes les sensibilités et tendances possibles : des intellectuelles, des militaires, des soufis, des médecins, des avocats, des rebelles, des conformistes issus des AHL ALAOUYINE, AHL EL KHATIB et AHL BENSLIMANE.
A côté de la personnalité de Lalla Meriem, décédée à l’âge d’environ 95 ans et enterrée au mausolée Moulay Hassan 1ersur instruction de Sa Majesté Hassan II, l’on trouve le père de Moulay Ismail Alaoui, Moulay Abdelhamid Alaoui, que Moulay Ismail a nommé Pacha hors catégorie.Il était ainsi le Pacha ferme et intègre, à qui le Roi rendait visite sans protocole aucun.
Il a été invité pour une visite officielle aux Etats Unis, au cours de laquelle il a été reçu par le Président Dwight D. Eisenhower à la Maison Blanche qui l’avait décoré de la médaille d’honneur, première classe. A sa mort, feu Hassan II avait ordonné de l’enterrer au mausolée Hassan 1er. Il avait pris part aussi à ses funérailles et présenté son oraison funèbre.
Ce sont là les éléments constitutifs de cette fresque familiale qui s’apparente beaucoup plus au domaine de l’artqu’à l’Histoire, a indiqué Mohamed Achaâri, ajoutant que l’élection de Moulay Ismail Alaoui au poste de Secrétaire Général du PCM a de quoi parfaire ce tableau ou le perturber.
Tout jeune, Moulay Ismail raconte n’avoir pas adhéré au Parti de l’Istiqlal, car il était choqué par la tuerie commise par ce parti dans la région du Gharb, au cours de laquelle plusieurs personnes ont été tuées dont des enfants et des Slaouis.
Selon Moulay Ismail Alaoui, c’est le cinéaste Hamid Bennani avec son film Wechma (traces), qui avait contribué à la consolidation de ses convictions communistes, tout en rappelant que sa famille avait l’habitude de cohabiter avec les contradictions. C’est ainsi que son choix communiste, lui qui est issue d’une famille chérifienne, n’a pas trop choqué, étant donné que les contradictions ont de tout temps marqué la vie au sein de cette famille.