La rue algérienne a-t-elle «bouté» le président?

C’est fini, après trois semaines de fronde, la rue algérienne a gagné parce qu’elle aura «bouté Flika» disent les plaisantins. Mais qu’en est-il au juste ? Bouteflika est-il vraiment hors jeu comme certains se plaisent à le dire ou, au contraire, tiendrait-il encore les rênes du pays ? Et pour combien de temps encore au vu de son déplorable état de santé?

Quoiqu’il en soit, si par le message qui lui a été attribué ce lundi, le président Abdelaziz Bouteflika, dont les heures ou, tout au plus, les jours sont comptés, consent, enfin, à renoncer à briguer ce cinquième mandat tant contesté alors même que – s’il est encore vivant – il se trouve dans un état physique qui ne lui permettrait même pas de prononcer une phrase complète et, encore moins, d’écrire trois lignes, c’est qu’on voudrait, le présenter, après son retour au pays, ce dimanche, à l’issue de deux semaines d’hospitalisation en Suisse pour des «examens médicaux», comme étant encore le maître incontesté du jeu.

«Il n’y aura pas de cinquième mandat et il n’en a jamais été question pour moi, mon état de santé et mon âge ne m’assignant, comme ultime devoir envers le peuple algérien, que la contribution à l’assise des fondations d’une nouvelle république. Cette nouvelle république et ce nouveau système seront entre les mains des nouvelles générations d’Algériennes et d’Algériens » aurait dit le Président algérien dans le message adressé ce lundi à la Nation.

Le chef de l’Etat algérien aurait décidé, également, de reporter à une date ultérieure, les élections présidentielles initialement prévues pour le 18 Avril prochain. Celles-ci auront lieu « dans le prolongement d’une conférence nationale inclusive et indépendante » qui sera présidée par « une personnalité nationale, indépendante, consensuelle et expérimentée » et qui aura pour mission de réformer  le système politique, d’élaborer, avant la fin de l’année, un projet de Constitution et de fixer la date de l’élection présidentielle à laquelle l’actuel président ne sera pas candidat. Ce scrutin « sera organisé sous l’autorité exclusive d’une commission électorale, nationale, indépendante dont le mandat, la composition et le mode de fonctionnement seront codifiés dans un texte législatif spécifique».

Un nouveau Gouvernement qui sera formé «de compétences nationales bénéficiant du soutien des composantes de la Conférence nationale assumera la supervision des missions de l’administration publique et des services de sécurité et  apportera sa pleine collaboration à la Commission électorale indépendante». Enfin, le Conseil Constitutionnel accomplira en toute indépendance la mission qui lui est dévolue par la Constitution «en matière d’élections présidentielles».

A noter, que dès la publication du message présidentiel, le premier ministre algérien Ahmed Ouyahya a démissionné et laissé sa place à Noureddine Bedoui, ancien ministre de l’Intérieur, chargé, désormais, de former un nouveau gouvernement.

Que dire, donc, du message «présidentiel» sinon qu’il ouvre la voie à un très beau programme qui, avant de pouvoir être mis en place, semblerait, plutôt, laisser suffisamment de temps, à ceux qui ont dévalisé l’Algérie sans vergogne durant plus de cinquante ans, pour boucler leurs valises, faire disparaître tous les documents compromettants et prendre le chemin d’une «retraite dorée» bien loin du pays de leurs aïeux où ils savent que leur heure est venue et qu’ils vont finir par être appelés à rendre des comptes ? Mais il n’est pas dit, par ailleurs, que la jeunesse algérienne qui vit un moment important de son Histoire, « celui de la libération de tout un peuple et des structures de son Etat » si l’on en croit Kader Abderrahim, chercheur à l’IRIS, leur laissera autant de temps que celui qu’a bien voulu leur accorder le vieux Président avant sa mort.

Quoiqu’il en soit, la rue algérienne a démontré, durant ces trois dernières semaines, de manière pacifique, qu’une Algérie moderne exempte des fossiles corrompus du FLN et des vieux galonnés véreux et refusant la division « pour se réapproprier une forme de cohésion sociale » comme le pense l’historien Benjamin Stora,  est en train de pointer le bout de son nez. Espérons que cette unité prévaudra et attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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