Littérature et cinéma quelle relation?

Dans le cadre du programme culturel du Siel dans sa 25e édition, le cinéma avait aussi sa place de choix. Un débat s’y est déroulé autour d’une relation à plusieurs dimensions.

Vaste débat, la relation entre cinéma et littérature revêt plusieurs aspect tantôt antagonistes tantôt complémentaires dans aller retour constant pour deux formes de créativité dont les outils et les technique sont très  différents.

La conférence animée par le critique de cinéma Mohamed Chouika, lors de ce Siel 2018, était riche en approches eu égard à la qualité des intervenants. Noureddine Afaya, éminent intellectuel du royaume, et proche des médias et du monde de l’image, a mis l’accent dans son intervention sur les divergences entre les deux monde, celui du roman et celui de l’image. Selon lui «la grande différence entre les deux monde se trouve au niveau des formes de narration. Le cinéma se base sur l’image, sur la succession d’images réelles agencées pour créer une réalité alternative soit la vision du réalisateur.

Le roman par contre, prend la langue en tant que véhicule d’images. Cette différence va jusque dans la perception même du lecteur ou du spectateur. Le cinéma montre, la littérature fait appel à la capacité du lecteur à imaginer par le biais du langage». Afaya met l’accent sur la relation complexe entre les deux champs de créativité posant la question de la fidélité au texte dans les adaptations cinématographiques. Pour illustrer son propos, il donne en exemple le roman philosophique d’Umberto Eco «Le nom de la rose». «Un roman de 600 pages, condensé, complexe et riche en détails, adapté au cinéma par Jean-Jacques Annaud, n’a gardé du texte d’origine que l’aspect de l’enquête ‘policière’. Les exigences de l’image, et du temps cinématographique ne permettent pas d’atteindre ce concept de fidélité au texte» explique-t-il.

Pour sa part, Amir Alamry, grand critique égyptien de cinéma, a mis en exergue le fait que «le cinéma s’est dans une grande proportion sur les œuvres littéraires, et sur le roman en particulier. Plus de 40% de ce qui a été fait en cinéma depuis sa création tiens sa source dans la littérature. Cette relation incontournable a enrichi le cinéma, et la littérature dans ce sens que celle-ci a emprunté au 7e art, les techniques de montage, le rythme rapide et syncopé de narration. Le cinéma a également emprunté des techniques littéraires telles la métaphore, la digression comme outil de narration. A titre d’exemple, Personae de Bergman est un film qui a crée une littérature du cinéma. Le réalisateur suédois  y a concentré toute sa vision philosophique de la vie, de la mort et de la condition humaine par le langage cinématographique. C’est dire toute la complexité de ce lien entre les deux mondes. La question de la fidélité au texte se pose au cinéaste comme un challenge dans le cas de l’adaptation. Mais celui-ci n’est tenu d’être fidèle qu’a sa propre vision du texte écrit».

De son côté, Hamid Bennani, un des fondateurs du cinéma marocain, est venu relater son expérience personnelle de passage de l’image à l’écrit et vice-versa. Pour lui, «l’adaptation de roman est un travail qui nécessite la traduction de l’écrit en langage cinématographique. J’ai toujours écrit les scénarii de mes films. Mais n’est pas scénariste qui veut. Il faut connaître un minimum de cinéma pour pouvoir écrire un script. Selon mon expérience de l’adaptation, je peux affirmer que le cinéaste n’est pas au service du roman. Il doit rester fidèle à son interprétation de ce roman au point que celui-ci devient un prétexte pour la création de quelque chose de nouveau, un film». Cette conférence était une immersion dans une relation complexe et complémentaire entre de expression artistique dont les outils enrichissent l’un et l’autre.

Mustapha Bourkkadi

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