Touria Jebrane, poète de scène…

Incontestablement, Touria Jebrane est l’une des comédiennes et metteurs en scène qui ont marqué le théâtre national. Une femme brave et battante dont la carrière n’a pris aucune ride. Après des décennies de travail sur les planches marocaines, arabes et internationales, la comédienne a laissé un grain de beauté indélébile sur le visage de la création nationale.

Depuis son jeune âge, Touria Jebrane s’intéressait à l’art, au cinéma et au théâtre. C’est à 12 ans qu’elle pose ses premiers pas sur la scène du théâtre municipal à Casablanca pour incarner un rôle dans la pièce d’Abdeladim Chennaoui, «Nouvelle vague». Par la suite, au fil des années, elle développe sa passion pour le père des arts lors des colonies de vacances ou encore à l’école. L’année 1967 sera décisive dans son parcours d’artiste, puisqu’elle prendra part au concours du théâtre amateur lancé  à l’époque par le ministère de la Jeunesse et des Sports.

Passionnée d’art, elle se lance dans une formation académique pour s’imposer dans un milieu dominé exclusivement par les hommes. Après avoir achevé une formation au sein du Conservatoire national d’art dramatique de Rabat, la «soldate des planches» intègre en 1972  l’une des troupes importantes de l’époque, la compagnie Mâamora sous la direction de Farid Ben Barek.

Après de longues années de travail rigoureux, de tournées dans différentes villes et scènes marocaines, la comédienne retourne en 1980 dans sa ville natale pour créer une nouvelle troupe  «le Théâtre Al Forja» avec  les inséparables  Saâd Allah Aziz et son épouse Khadija Assad qui ont cartonné avec des pièces de théâtre, entre autres Chraâ aâtana rabaâ» présentées notamment à la télévision marocaine. Un nouveau départ,  de nouveaux rêves naissent.

Au même moment, la comédienne fait d’autres rencontres artistiques fructueuses à l’époque avec les comédiens Mohamed Miftah, Souad Saber  et d’autres artistes qui enrichissent son parcours.  Elle fait par la même occasion, la rencontre avec le monstre sacré du théâtre marocain, Tayeb Seddiki. L’artiste se lance dans de belles collaborations, notamment dans des pièces inoubliables comme «Al Majdoub», «Le Livre des déclarations».

Un travail de longue haleine qui lui vaudra une belle consécration ! Après avoir quitté le Maroc pour s’installer en France et entamer une nouvelle expérience artistique au sein de la troupe des artistes arabes où elle avait représenté le Maroc, Touria décroche à Bagdad, en Irak, le prix de la meilleure comédienne en 1985. C’était sans doute l’un des moments forts de sa vie et de sa carrière.

Une autre consécration viendra par la suite du Caire où elle recevra un hommage spécial  pour l’ensemble de son œuvre lors du Festival international du théâtre expérimental. En 1987, Touria Jebrane et son époux, le dramaturge Abdelouahed Ouzri, se lancent de nouveau dans une nouvelle aventure théâtrale en créant la troupe Masrah Alyaoum (Théâtre d’Aujourd’hui). Ce projet entend insuffler un nouveau vent frais, réaliste et sincère sur les planches du théâtre national. Un théâtre bien évidemment porteur d’une nouvelle vision courageuse et audacieuse.

Dans cette optique, de nombreuses pièces de théâtre inspirées des œuvres de grands écrivains et dramaturges marocains  dont «Hikayat Bila Hodoud» puisée dans l’œuvre de l’écrivain syrien Mohamed Al Maghout, «Boughaba», inspirée de l’œuvre de Bertlod Brecht (1989), «Contes sans frontières» (1987), «Les Fous sont parmi nous» (1990), «Le Soleil se meurt» (1993), «Les Beaux jours» (1994), «L’Oiseau de nuit» (1997) et d’autres œuvres feront le tour des scènes et centres culturels du Royaume.

Amoureuse de la poésie et du verbe sincère, Touria Jebrane collabore et tisse des liens solides avec des poètes tels que Ahmed Lamsayeh, Mohamed Derham et d’autres.

Elle a été décorée par Feu le Roi Hassan II du Wissam du mérite national. Elle est aussi chevalier de l’Ordre des Arts et Lettres de la République française.

N. Youssef

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