Ethiopie: L’assassinat d’un chanteur met le feu aux poudres…

Lundi soir, la voix d’Hachalu Hundessa, une des plus écoutées de l’ethnie «Oromo» d’Ethiopie s’est éteinte à jamais. Pris pour cible par des tireurs, vers 21 h 30, dans une rue de la banlieue sud de la capitale, le chanteur qui s’était notamment distingué pendant les manifestations anti-gouvernementales qui, en 2018, avaient porté au pouvoir l’actuel Premier ministre et prix Nobel de la paix 2019, Abiy Ahmed, lui-même «oromo», est décédé des suites de ses blessures quelques instants plus tard.

Pour rappel, au plus fort des manifestations antigouvernementales, le défunt avait donné un important concert au Centre de conférences du Millenium Hall à Addis-Abeba, pendant lequel il avait dénoncé la marginalisation économique et politique de la communauté «Oromo».

Or, même si, en accédant au pouvoir, Abiy Ahmed a entrepris d’importantes réformes économiques politiques, les violences intercommunautaires ne se sont pas tues  et de nombreux nationalistes «oromo» reprochent encore au Premier ministre de ne pas défendre suffisamment sa communauté.

En exprimant immédiatement son «chagrin» face à la perte cruelle de «cette précieuse vie», le Premier ministre éthiopien qui déplore, par ailleurs, la mort d’un «jeune artiste rayonnant» a promis que «personne n’échappera à la justice». Aussi, quelques heures plus tard, le chef de la police a fait part à des médias locaux de l’arrestation de «suspects» même s’il a reconnu, néanmoins, que le mobile du meurtre n’était toujours pas connu.

Pour ses fans, Hachalu n’était pas seulement un chanteur puisqu’il disposait, également, d’une importante formation en Histoire qui lui permettait, tout en dénonçant les injustices dont est victime l’ethnie «Oromo» dont il fait partie, d’exercer une très forte influence sur la jeunesse du pays.

Aussi, le lendemain matin, des foules de manifestants, venus de la région voisine d’Oromia, ont convergé vers la capitale pour empêcher que la dépouille du chanteur, désormais, érigé au rang de «martyr de la cause patriotique»,  ne soit rapatriée dans son village d’Ambo et exigé que la disparition du chanteur fasse l’objet de funérailles nationales.

Au cours de la manifestation, les contestataires ne se sont pas contentés de scander des slogans de protestation puisqu’ils ont entonné des chansons d’Hachalu évoquant la répression politique. L’arrestation, le même jour, de Jawar Mohamed, une figure de l’opposition qui, selon la police, détenait, dans sa voiture, «cinq pistolets et neuf transmetteurs radio» et de 34 autres militants politiques n’a fait qu’ajouter de l’huile sur un brasier déjà brûlant.

Ainsi, outre la capitale, les villes de Chiro et d’Adama, dans le centre du pays, ont, également, été le théâtre d’importantes manifestations de colère et de tristesse qui ont donné lieu à de très violentes échauffourées avec les forces de l’ordre.

Selon un chirurgien de l’hôpital d’Adama trois patients auraient trouvé la mort, un quatrième serait dans un état très grave et dix personnes souffriraient de très fortes brûlures après que leurs maisons aient été incendiées par les manifestants.

Or, si pour l’heure, aucun bilan officiel n’est disponible, des sources médicales, citées par l’AFP, ont évoqué le fait que plusieurs personnes auraient été blessées par balles et l’ONG Amnesty International a affirmé, de son côté, disposer d’informations portant sur «la mort de plusieurs personnes lors des manifestations » même si elle ne pouvait confirmer ni leur nombre exact ni les circonstances de leur décès.

Dans un communiqué en date de mardi, l’ambassade américaine en Ethiopie, déplorant la situation «volatile» qui règne à  Addis Abeba et évoquant les «coups de feu» qui ont été entendus dans la capitale, a invité ses ressortissants à rester chez eux «jusqu’à nouvel ordre ». Quand ces violences intercommunautaires cesseront-elles ? Attendons pour voir….

Nabil El Bousaadi

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