Trump et la réimposition des sanctions contre l’Iran

Ce lundi 5 novembre 2018, et comme l’avait promis le Président Donald Trump en Mai dernier lorsqu’il avait décidé de faire sortir les Etats-Unis de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, Washington a rétabli ses sanctions contre l’Iran afin de le contraindre, d’abord, à cesser toute ingérence dans les conflits qui secouent le Moyen-Orient puis à engager de nouvelles négociations sur l’arrêt de ses programmes nucléaire et balistique.

Pour rappel, les sanctions initialement imposées à l’Iran du fait de la poursuite de son programme nucléaire avaient été levées après la signature, par ce dernier à Vienne en Juillet  2015, d’un accord avec les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité et l’Allemagne aux termes duquel Téhéran avait consenti à revoir à la baisse son programme d’enrichissement d’uranium.

Or, en considérant comme étant «irresponsable» le comportement de l’administration américaine, l’Iran a adressé au Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guterres, une lettre dans laquelle il demande qu’une «réponse collective» soit donnée par «la communauté internationale aux sanctions imposées par les Etats-Unis» du moment que les rapports de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) ont reconnu le strict respect par l’Iran des termes de l’accord de Vienne. Par ailleurs, lors d’un discours télévisé, le président iranien Hassan Rohani s’en est violemment pris à son homologue américain l’accusant de contrevenir «aux conventions internationales» comme nul autre président des Etats-Unis ne l’avait jamais fait avant lui.

Et si Benjamin Netanyahou a qualifié d’«historique» la mesure prise par Washington pour «combattre la menace iranienne», force est de reconnaître qu’Israël reste bien isolé dès lors que la France, la Grande-Bretagne et  l’Allemagne «regrettent les méthodes américaines», que la Russie dénonce le caractère  illégitime» de décision prise par les Etats-Unis et que la Chine se tait parce qu’elle s’est vu accorder une «dérogation» de la part de l’administration américaine. En effet, à l’instar de l’Inde, la Turquie, le Japon, la Corée du Sud, Taiwan, l’Italie et la Grèce, Pékin pourra continuer, pendant les six prochains mois, à importer «librement» du pétrole iranien. Ainsi, hormis les huit pays précités, des sanctions seront appliquées par les Etats-Unis à l’encontre de tout autre Etat qui continuera à importer du pétrole iranien et de toute entreprise qui signera des contrats avec des entités iraniennes figurant sur la «liste noire» dressée par Washington.

Elizabeth Rosenberg, qui avait supervisé les sanctions contre l’Iran pour le compte du Département américain du Trésor entre 2009 et 2013, estime qu’aujourd’hui Washington est beaucoup plus isolé qu’entre 2012 et 2015 quand la pression internationale sur l’Iran était très forte. Aussi, doute-t-elle de la capacité des Etats-Unis à faire respecter cette nouvelle série de sanctions car «aucun des Etats partie au JCPOA («Joint Compréhensive Plan of Action» : Accord sur le nucléaire), aucun allié traditionnel des Etats-Unis, aucune puissance  économique majeure» ne s’est rangé du côté de  Washington.

Il semble donc que, cette fois-ci, les Etats-Unis auront bien du mal à faire respecter cette réimposition des sanctions qu’ils ont décidé unilatéralement et ce, d’autant plus que les douze conditions qu’ils exigent de Téhéran préalablement à la signature d’un nouvel accord et qui vont du retrait de Syrie, à l’arrêt de toute menace contre Israël et l’Arabie Saoudite en passant par l’arrêt de tout soutien au Hizbollah libanais et aux autres «groupes terroristes» selon la terminologie de Washington sont loin de faire l’unanimité car aussi irréalistes qu’irréalisables mais attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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